LOGINAurélia
Les premiers messages arrivèrent le lendemain.
Adriano : « Je suis désolé. Je n'aurais pas dû. Pardonne-moi. »
Je lus la notification, le cœur serré. Mon premier réflexe fut de ne pas répondre. D'effacer. D'oublier.
Mais mes doigts tapèrent la réponse avant que ma raison ne puisse les arrêter.
Moi : « Ce n'est pas ta faute. Ce n'est la fau
AuréliaLes jours qui suivirent l'attaque du convoi furent un long brouillard, une traversée sans boussole dans un océan de doutes et de silences. Matteo était partout et nulle part à la fois – présent physiquement dans l'appartement, ses costumes sombres, ses pas lourds sur le parquet, mais son esprit ailleurs, bien ailleurs, à traquer Viktor, à organiser la riposte, à pleurer ses hommes morts. Je le voyais s'éloigner chaque jour un peu plus, comme un navire qui prend le large sans regarder derrière lui.Moi, je dérivais entre les murs de l'appartement, hantée par deux visages. Celui d'Adriano, d'abord – ses yeux verts, ses mains sales de terre, sa voix douce qui disait mon prénom comme s'il le découvrait pour la première fois. Et celui de la femme aux yeux clairs, cette inconnue qui souriait dans les visions, qui donnait les ordres
AuréliaLes premiers messages arrivèrent le lendemain.Adriano : « Je suis désolé. Je n'aurais pas dû. Pardonne-moi. »Je lus la notification, le cœur serré. Mon premier réflexe fut de ne pas répondre. D'effacer. D'oublier.Mais mes doigts tapèrent la réponse avant que ma raison ne puisse les arrêter.Moi : « Ce n'est pas ta faute. Ce n'est la faute de personne. »Sa réponse vint presque immédiatement.Adriano : « Tu vas bien ? »Moi : « Je ne sais pas. Et toi ? »Adriano : « Je pense à toi. Tout le temps. »Je regardai l'écran, les mots qui dansaient. Matteo était dans son bureau, au téléphone. Il ne me verrait pas. Il ne saurait pas.Adriano : « Je veux te voir. »Moi : « Ce n'est
Il leva une main, effleura ma joue. Sa peau contre la mienne était comme une décharge , pas électrique, pas surnaturelle, mais réelle, profonde, humaine.— Je peux t'embrasser ? demanda-t-il.— Je…— Juste une fois. Juste pour savoir.Je ne répondis pas. Je ne pus pas.Il s'approcha, lentement, me laissant le temps de reculer, de dire non. Je ne fis rien. Ses lèvres effleurèrent les miennes, doucement, à peine un contact.Un baiser. Un seul. Léger comme une promesse.Et je ne le repoussai pas.Je ne le repoussai pas tout de suite. Je restai là, figée, ses lèvres contre les miennes, son souffle mêlé au mien. Pendant une seconde. Pendant une éternité.Puis je reculai.— Pardon, murmura-t-il.— Non. C'est moi.— Tu regrettes ?&mda
AuréliaLes jours suivants furent étranges, suspendus. Nous vivions sous le même toit, partagions les mêmes repas, dormions dans le même lit – car Matteo était revenu le lendemain, silencieux, mais présent. Pourtant, quelque chose avait changé. Une distance, un retrait, une douleur qu'il ne montrait pas mais que je sentais.Il partait tôt, rentrait tard. Ses réunions s'allongeaient, ses absences se multipliaient. Quand il était là, il était là tout entier, mais je sentais qu'il retenait quelque chose. Comme s'il avait peur de me toucher, de me parler, de me perdre.Moi, je pensais à Adriano. À ses mains sales de terre. À ses yeux verts. À ce qu'il avait dit : « Je te désire. »Un matin, Matteo m'annonça qu'il serait en réunion toute la journée. Une affaire importante, avec des
Je ne le revis pas de l'après-midi. Il s'était enfermé dans son bureau, prenait des appels, donnait des ordres. La forteresse se refermait.Vers cinq heures, je n'en pouvais plus. Je pris mon manteau, mes clés, et je sortis.L'ascenseur, le parking, la voiture que Matteo avait mise à ma disposition. Personne ne m'arrêta , les gardes hésitèrent, mais je passai.Je ne savais pas où j'allais. Pas vraiment. Mais mes mains me conduisirent là où je voulais être.Montmartre. L'atelier d'Adriano.Je frappai à la porte, le cœur battant. Il ouvrit, les mains couvertes de terre, un tablier de cuir sur un vieux t-shirt. Quand il me vit, ses yeux s'illuminèrent.— Aurélia. Je ne t'attendais pas.— Je suis désolée, je débarque sans prévenir.— Tu es la bienvenue. Toujours.
Il hésita, joua avec son verre.— Matteo et moi, nous avons grandi ensemble. Il était le frère que je n'avais pas. Et puis… j'ai aimé quelqu'un qu'il aimait. Pas la même personne, non. Mais j'ai compris que nos chemins s'éloignaient. Qu'il choisissait l'ombre, et moi la lumière.— Qui a choisi ?— Nous deux. Chacun de notre côté.— Et maintenant ?— Maintenant, je le vois avec toi. Et je vois qu'il a changé. Toi, tu es sa lumière.— Je ne suis la lumière de personne.— Si. Tu es la sienne. Et c'est pour ça qu'il a peur. Parce que la lumière, ça s'éteint. Parce que la lumière, ça attire.Il se tut, but une gorgée de vin.— Toi, tu attires, Aurélia. Tu attires tout le monde. Même moi.La phrase tomba, simpl
Il me retourne, m'embrasse dans le cou, fait glisser la fermeture éclair. Ses mains trouvent ma peau, ma chaleur. Le miroir reflète nos corps, nos mouvements, cette danse ancienne qui nous unit.— Matteo… nous sommes dans un magasin…&
AuréliaLes heures qui suivent sont un tourbillon.Un médecin arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué et aux mains sûres. Il examine Matteo, change ses pansements, lui fait une piqûre d'antibiotiques. Il m'examine aussi, prend ma tension, me fait boire un cocktail de vitamine
AuréliaLa salle de conférence est un aquarium.Trois murs de verre donnent sur la ville, le quatrième supporte un écran géant éteint. La lumière de midi inonde l'espace, crue, sans pitié. Les ombres n'existent pas ici. Rien à cacher. C'est le message implicite. Nous sommes transparents. Nous n'avo
AuréliaLe rapport s'étale sur la table basse, vingt-trois pages de données, de connexions, de noms. Matteo est en face de moi, dos à la fenêtre. La nuit est tombée sans que je m'en aperçoive.— Il a des ramifications jusqu'en Asie du Sud-Est, dit-il en poussant une photo vers moi. Triades, trafic







