تسجيل الدخولAva
Le silence n’avait jamais été vraiment vide. À l’hôpital, il possédait une fréquence particulière, un bourdonnement électrique et stérile qui s’insinuait sous ma peau comme un parasite. C’était un silence peuplé de mes propres fantômes, rythmé par le frottement feutré des sabots sur le linoléum et le sifflement pneumatique des machines qui me maintenaient, de force, à la surface du monde. Pour moi, ce silence avait le goût métallique du sang séché et l'odeur rance de la trahison.
Je flottais dans un entre-deux cotonneux, une dimension où le temps s’étirait comme du taffetas brûlé. Mes paupières pesaient des tonnes, scellées par une fatigue qui ne venait pas du sommeil, mais de l'épuisement de l'âme. Chaque fois que je tentais de les soulever, une vague de nausée me rejetait dans l’obscurité protectrice.
Dans cet abîme, je revoyais la scène en boucle, un film muet et saturé de rouge. Je revoyais le visage de Giovanni, déformé pa
VincenzoLe silence de la villa De Luca n’était plus celui, majestueux et craint, d’un palais souverain. C’était le silence d’une cathédrale profanée après le massacre, où chaque écho semblait murmurer le nom de ce que nous avions perdu. Depuis notre retour de la clinique, l'air lui-même semblait s'être figé, saturé d'une humidité froide qui s'insinuait sous ma peau, malgré les feux que je faisais brûler dans chaque cheminée jusqu'à l'étouffement. La chaleur ne parvenait pas à mordre le givre qui s'était installé dans mon sang.Je me tenais dans le grand hall, les mains enfoncées dans les poches de mon pantalon de costume sur mesure, observant les ombres s'allonger sur le marbre de Carrare comme des doigts de spectres. J'attendais. J'attendais Ava comme un condamné attend que la lame tombe, ou qu'une grâce impossible soit prononcée par un ciel qui nous avait oubliés.Elle apparut enfin du coin de mon regard. Une silhouette frêle, u
AvaLe silence n’avait jamais été vraiment vide. À l’hôpital, il possédait une fréquence particulière, un bourdonnement électrique et stérile qui s’insinuait sous ma peau comme un parasite. C’était un silence peuplé de mes propres fantômes, rythmé par le frottement feutré des sabots sur le linoléum et le sifflement pneumatique des machines qui me maintenaient, de force, à la surface du monde. Pour moi, ce silence avait le goût métallique du sang séché et l'odeur rance de la trahison.Je flottais dans un entre-deux cotonneux, une dimension où le temps s’étirait comme du taffetas brûlé. Mes paupières pesaient des tonnes, scellées par une fatigue qui ne venait pas du sommeil, mais de l'épuisement de l'âme. Chaque fois que je tentais de les soulever, une vague de nausée me rejetait dans l’obscurité protectrice.Dans cet abîme, je revoyais la scène en boucle, un film muet et saturé de rouge. Je revoyais le visage de Giovanni, déformé pa
VincenzoLa route qui serpentait vers les hauteurs de Posillipo n’était plus qu’un ruban de goudron noir s’enfonçant dans la gorge de Naples, un nœud coulant qui se resserrait à chaque tour de roue. Derrière le volant de la Maserati, mes phalanges blanchissaient, broyant le cuir du volant dans un silence de mort qui n’était troublé que par le sifflement rageur du turbo. Chaque virage révélait une nouvelle perspective sur la baie, mais la splendeur du crépuscule — ce mélange de rose blessé et de violet funèbre qui baignait l’horizon — m’apparaissait comme une insulte insupportable. Le ciel saignait, et j'avais la certitude viscérale que la terre en ferait autant avant que la lune n'atteigne son zénith.Dans l’habitacle, l’air était saturé d’une électricité statique, celle qui précède les ouragans ou les exécutions. Cora m’avait donné l’adresse quelques heures plus tôt. Elle l’avait arrachée à la chair de Marco, centimètre par centimètre. J
AvaLe sous-sol sentait la décomposition lente. Non pas le moisi des caves à vin, mais l’odeur âpre de l’humidité stagnante, du ciment brut et, par-dessus tout, le relent métallique et poisseux du sang séché. Le froid s’infiltrait par le sol de ciment, une lame aiguisée sous mes fesses, remontant le long de ma colonne vertébrale jusqu’à la nuque. Ma cheville, nue sous la menotte, était prise dans un étau de fer, la chaîne crissant faiblement à chaque mouvement, marquant mon statut d'objet.Mais cette douleur physique n’était plus qu’un bruit de fond. Mon corps, lourd et épuisé après des heures — l’horloge du monde extérieur avait cessé d’exister — était une machine ralentie, mais mon esprit, lui, était d’une clarté de cristal, concentré sur la seule chose qui comptait. Je posai ma main, instinctivement protectrice, sur le léger renflement de mon ventre. Notre enfant. La chair de Vincenzo.Dans cette obscurité sale, brûlait une rage froide. Une fureur Bellini, celle des survivantes, que
VincenzoL’écran s’était figé, un instantané macabre et parfait : le sourire carnassier de Giovanni, éclatant sur le fond sombre, le masque d’un prédateur satisfait. La seconde suivante, un rugissement sourd s’échappa de ma gorge, un son plus animal qu’humain, et je projetai l’objet maudit contre le tarmac glacé.Le fracas fut une explosion satisfaisante dans le silence russe. Le verre vola en éclats, le plastique craqua en fragments irréguliers. Le silence retomba sur la piste d’atterrissage comme un linceul de neige et de désespoir. J’entendis le son de la destruction, et j’eu l’impression fugace que c’était mon propre crâne qui se fendait, ma propre raison qui se brisait sous la pression insoutenable.Je fermai les yeux, et l’obscurité derrière mes paupières devint son seul et unique royaume. Ava.Elle était là, projetée par la lumière crue d’une cellule inconnue. Pâle, oui, mais plus encore : éteinte. Ses yeux, d’habitude des océans indomptables, étaient noyés de larmes et d’une d
AvaLa conscience revint non pas comme une lumière, mais comme une lente et nauséeuse remontée d'une eau poisseuse et glacée. Mon corps, engourdi, était l’hôte d’une douleur sourde et lancinante qui tambourinait dans mes tempes. Le goût dans ma bouche était chimique, amer, le sillage nauséabond du chiffon imbibé qui avait volé ma volonté. La drogue. Une agression furtive, un poison qui avait transformé ma détermination en une faiblesse de chair.Je clignais des yeux, luttant contre les ombres. Mon estomac se tordait, menaçant de rejeter le peu que j'avais mangé. Je mis de longues secondes à reconstituer les fragments de la violence : l’étroitesse de la réserve de ma galerie, l’odeur âcre, la main brutale sur ma bouche, et la silhouette de Paul, son regard figé, m’indiquant qu'il se battait déjà. Puis, le noir.J’ai inspiré. L’air ici était saturé d’une humidité malsaine, de moisissure, de poussière de ciment et d’une pointe de dies







