เข้าสู่ระบบAlessandroLes quarante-huit heures de répit sont un calvaire. Chaque minute qui s'égrène est une éternité d'attente viciée. Le repaire, déjà sinistre, devient une chambre de torture mentale. Nous nous surprenons à sursauter au moindre bruit, à scruter les fenêtres avec une paranoïa maladive. Le fantôme du Corbeau plane sur nous, bien que Matteo ait promis sa mise en veille. Peut-on croire la parole d'un homme dont le seul credo est la vengeance ?Je passe des heures à étudier les vieux dossiers financiers de mon père, ces archives papier moisies que nous n'avions jamais complètement numérisées par méfiance envers le cloud. Je cherche des failles, des dettes oubliées, des secrets que Matteo ignorerait. Quelque chose qui pourrait servir de contre-feu à notre mensonge.Clara s'occupe de Gia, lui enseignant les rudiments de la discrétion, de la création d'une nouvelle identité. Comment marcher, parler, payer sans laisser de trace. Les leçons sont empreintes d'une gravité poignante. Nous
AlessandroMatteo Cavalli se tient sous un réverbère au néon clignotant, vêtu d’un long manteau sombre. À ses côtés, un homme plus petit, encapuchonné, une longue boîte à ses pieds. Un étui à fusil de précision. Le Corbeau.Nous nous arrêtons à quelques mètres. Les regards se croisent, chargés de toute la haine et de la méfiance du monde.— Tu as tenu parole, dit Matteo avec un sourire mince. Pour le corbeau aussi.— Montre-moi son visage, dis-je.L’homme à la capuche lève lentement les mains et repousse son capuchon. Le visage qui apparaît est quelconque, d’une banalité déconcertante. Un homme d’une quarantaine d’années, des traits fatigués, des yeux d’un gris terne. Rien du tueur d’élite mythique. C’est encore plus effrayant.— Satisfait ? demande Matteo.— Pour l’instant. Parlons.— Les garanties d’abord, dit-il. Je veux quelque chose de concret. Un premier gage de ta… collaboration.Je fais un signe à Clara. Elle sort une clé USB de sa poche et la lance à Matteo. Il la rattrape au
AlessandroLa pièce sent le vieux café, la sueur froide et la poussière. Une odeur de défaite lente. Je fixe le téléphone jeté sur la table, cet objet inerte qui va devenir notre corde de pendu et notre fil d’espoir. Clara, Riccardo, Lorenzo et Gia me font face. Leurs visages sont des masques de fatigue, mais dans leurs yeux, une détermination nouvelle a remplacé la peur panique. Nous avons un plan. Un plan fragile, glissant, construit sur un équilibre de mensonges.— Il faut l’appeler maintenant, dit Clara. Plus on attend, plus il soupçonnera une contre-attaque. Il faut montrer… de la résignation. Une colère rentrée.Je hoche la tête. Elle a raison. Matteo s’attend à ce que je lutte, à ce que je tempête. Il faut lui donner autre chose. Quelque chose de plus subtil, de plus crédible.Je compose le numéro qu’il m’a donné. La sonnerie retentit, une fois, deux fois. Chaque drinn résonne dans le silence tendu de la pièce.— Romano. Je ne m’attendais pas à un appel si rapide. Le désespoir
AlessandroCe n'est qu'une fois hors des grilles, à l'abri relatif d'une ruelle sombre, que je m'effondre contre un mur, le corps parcouru de tremblements incontrôlables. Pas de peur. De rage. Une rage impuissante, sourde, qui bout dans mes veines.Le retour au repaire est une marche d'automate. Clara, Riccardo et Lorenzo me guettent, leurs visages tendus par l'attente.— Alors ? rugit Lorenzo. Qui c'était ? Qu'est-ce qu'il voulait ?Je les regarde tous, un à un. Ma famille. La vraie. Pas celle du sang volé, mais celle du choix et de l'épreuve.— Il s'appelle Matteo Cavalli. Le fils de Salvatore, l'associé de mon père. Mon père a fait tuer sa famille. Il est revenu se venger.Je leur résume tout, d'une voix monocorde, épuisée : la vérité sur mon père, le plan de Matteo, son offre. Le choix. Je ne leur cache rien. Pas même ma propre hésitation.Le silence qui suit est lourd de stupeur.— Ton père… murmure Clara, choquée. Je ne… je ne peux pas y croire.— Moi non plus, dis-je. Mais les
AlessandroLe silence après sa question est un gouffre. Le temps semble se distendre dans l'air froid du cimetière, chaque seconde une goutte d'eau glacée sur la nuque. Je vois mon propre souffle former de petits nuages blancs entre nous. Je vois ses yeux, ces miroirs maudits de mon propre visage, scruter le mien, cherchant la fissure, la peur, l'indécision.Ma réponse. Elle devrait être immédiate. Un rugissement de défi. Un refus catégorique de plier le genou devant ce fantôme vengeur. Romano ne se rend pas. C'est ce que mon père aurait dit. C'est ce que l'ancien moi aurait hurlé.Mais je ne suis plus cet homme. Je porte les cendres de Marco. Le poids de la confiance de Riccardo. La lueur d'espoir dans les yeux de Clara. Je porte la responsabilité de leur vie, maintenant. Ce n'est plus seulement mon héritage, ma fierté. C'est leur avenir.Le mot « oui » pourrait les sauver. Un « non » les condamne presque à coup sûr.Mais accepter, c'est trahir. C'est valider le massacre de son enfan
AlessandroLa nuit tombe, froide et claire. La lune, presque pleine, est un œil pâle dans le ciel de suie. Le cimetière Saint-Michel est un champ de pierres blanches et d’ombres noires, silencieux comme seul un lieu des morts peut l’être.Je passe les grilles, mes pas résonnant sur le gravier. L’air sent le cyprès et la terre humide. Je trouve la tombe sans difficulté. Une pierre simple, plus ancienne, à l’écart des allées principales. « Salvatore Cavalli. 1949 – 1998. Repose en paix. » Une paix volée.Je m’arrête à quelques mètres, les mains visibles, loin de mon arme.Minuit sonne au clocher lointain de la ville. Les douze coups tombent dans le silence, chacun un battement de cœur amplifié.Il émerge de l’ombre derrière la tombe comme s’il naissait de la pierre elle-même. Plus grand que je ne m’en souvenais. Vêtu d’un manteau sombre. Son visage est effectivement plus âgé, ciselé par le temps et, sans doute, par la haine. Mais les yeux… ces yeux gris-vert des Romano. Les miens.— Ale







