เข้าสู่ระบบSes lèvres articulèrent une vérité que je n’avais jamais voulu entendre, une vérité si brutale qu’elle brisa en un instant l’équilibre fragile de mon monde.
— Je te rejette. Le silence de la clairière se déchira aussitôt, remplacé par un tumulte de voix et de rires cruels. Malgré le choc qui me pétrifiait, je distinguais les exclamations moqueuses, les soupirs méprisants et les éclats de voix qui validaient implicitement ce verdict. Même ceux qui ne parlaient pas affichaient sur leurs visages des expressions de dédain, comme si mon humiliation n’était qu’un spectacle inévitable. — Rejetée ! — Honte à elle ! — Une oméga ne peut pas être l’âme sœur de l’Alpha ! Je vacillai sous ces paroles qui s’abattaient sur moi comme des pierres lancées par une foule en délire. Mon souffle se bloqua dans ma poitrine, et le lien invisible qui me reliait à lui, ce fil fragile qui m’avait donné l’illusion d’un avenir, se tordit avant de se rompre définitivement, ne laissant derrière lui que l’écho douloureux d’un rêve perdu. Mon cœur se brisa en mille fragments acérés, mes jambes tremblaient sous le poids de la honte et mes yeux, noyés de larmes, ne distinguaient plus qu’un brouillard de visages hostiles. Rejetée. Non seulement par mon âme sœur, mais par mon Alpha. Je voulus crier, lui demander pourquoi, comprendre ce qui pouvait justifier une telle condamnation. Mais ma gorge était serrée, ma voix prisonnière d’un nœud de douleur, et dans le vacarme de la meute en liesse, aucun son ne parvint à franchir mes lèvres. Tout ce que je voyais, c’était son regard sombre, fermé, ses yeux noirs où se lisait non pas le regret, mais la conviction glaciale que j’étais une erreur à effacer. Pourtant, alors même que mon cœur sombrait, un frisson étrange parcourut mes mains. La lumière de la Lune sembla s’y condenser, argentée, brûlante, comme si la déesse elle-même posait son sceau sur ma chair. Mes paumes s’illuminèrent d’une douce clarté vibrante, et un halètement m’échappa tandis que je reculais, effrayée de cette lueur qui me trahissait. — Qu’est-ce que… ? murmura un ancien, la stupeur brisant un instant le vacarme. Le regard de la meute changea aussitôt. Aux moqueries succédèrent la peur, la méfiance, les soupçons. Caius, lui, me fixait toujours, mais dans la dureté de ses yeux noirs, une ombre de trouble passa fugitivement. — Voilà pourquoi, dit-il d’une voix aussi glaciale que le tranchant d’une lame. Voilà pourquoi je t’ai rejetée. La Lune, dans sa cruauté, brillait plus fort, éclairant ma honte comme pour la graver dans la mémoire de tous. Dans cette clarté impitoyable, je compris que je venais de perdre non seulement mon statut d’oméga, mais toute ma place au sein de la meute. Et pire encore, que j’avais peut-être éveillé une puissance dont je ne mesurais ni la portée ni le danger. Les cris redoublèrent, emplissant la clairière d’un vacarme insoutenable. Certains reculaient, terrifiés, comme si ma lumière était contagieuse, tandis que d’autres ricanaient à gorge déployée, se repaissant de ma chute comme d’un spectacle grotesque. Les plus jeunes se pressaient, excités, pour mieux voir l’abomination que j’étais devenue. — C’est une sorcière ! — La Lune nous punit ! — Écartez-vous d’elle ! Chaque mot s’imprimait dans ma chair comme un fouet, lacérant ce qu’il me restait de dignité. J’avais cru être invisible, insignifiante, et peut-être, un court instant, j’avais osé espérer être plus en sentant le lien sacré avec l’Alpha. Pourtant, ce soir, je devenais pire encore : une menace, une anomalie, une hérésie vivante. Je tentai de cacher mes mains, mais la lumière refusait de s’éteindre. Elle pulsait obstinément, douce et implacable, comme si la Lune me refusait la fuite et exigeait que je sois exposée aux yeux de tous. Mes doigts tremblaient, mes genoux ployaient, et je crus que j’allais m’effondrer là, sous leurs cris. — Mira… balbutiai-je, cherchant dans le tumulte une seule alliée. Elle était là, son visage crispé par la peur, mais ce n’était pas moi qu’elle redoutait. Ses poings serrés témoignaient de sa colère et de son courage. — Laissez-la ! s’écria-t-elle, sa voix éraillée mais farouche bravant le silence hostile. Ce n’est pas elle qui a choisi ! Un silence brutal retomba, troublé par les grognements des dominants prêts à la faire taire. Mais moi, je restai figée, incapable de bouger, écrasée par la honte et la douleur. Je cherchai Caius du regard, désespérée, espérant un signe, un mot qui pourrait tout renverser. Mais il demeurait droit, impassible, le clair-obscur lunaire soulignant la dureté de ses traits. Ses mots résonnaient encore en moi, implacables : Voilà pourquoi je t’ai rejetée. Comme si ce don, cette lumière qui m’envahissait, justifiait ma condamnation. — Tu savais… depuis le début ? parvins-je à murmurer, la voix brisée. Il ne répondit pas. Sa mâchoire crispée, son silence pesant, me blessèrent bien plus que ses paroles. Les Anciens s’avancèrent alors, drapés de leurs manteaux sombres, silhouettes imposantes qui semblaient porter sur leurs épaules le poids des traditions. Le plus âgé leva la main, et sa voix rugueuse coupa net le tumulte. — La Lune a parlé. Cette enfant porte une marque interdite. Nous devons décider de son sort avant l’aube. Un frisson glacial me traversa. Décider de mon sort… Comme si ma vie n’était plus qu’un fardeau dont on pouvait se débarrasser. Theron, le Bêta, ricana avec mépris. — Il n’y a rien à décider. Elle n’a pas sa place parmi nous. L’Alpha a eu raison. Des acclamations jaillirent, galvanisant la meute qui resserra le cercle autour de moi, prête à expulser la bête qu’elle croyait voir. Mon cœur battait à tout rompre, mes yeux s’emplissaient de larmes que je refusai de laisser tomber. — Pitié… laissez-moi expliquer… tentai-je, mais ma voix se brisa dans le vacarme. Mira s’écria plus fort, ses mots vibrants d’un courage désespéré : — Elle n’a rien fait de mal ! Vous avez vu la lumière ? La Lune l’a choisie ! Un murmure parcourut la foule, moins moqueur, mais plus empreint de crainte. Certains reculaient, d’autres s’avançaient, fascinés. Était-ce une bénédiction ou une malédiction ? Je reculai, chaque pas m’éloignant davantage de la meute à laquelle j’avais toujours appartenu. La lumière dans mes mains s’éteignit enfin, mais il était trop tard. Tous l’avaient vue. Tous savaient désormais que je n’étais pas seulement une oméga. Un ancien cracha à mes pieds, sa voix tranchante comme une sentence. — Une anomalie. Voilà ce qu’elle est. Leurs regards m’étranglaient, et au milieu de ce chaos, Caius détourna enfin les yeux, comme si je n’existais déjà plus. Rejetée par mon mate. Rejetée par ma meute. Et quand le tumulte retomba, une seule phrase résonna, glaçant mon sang : — Qu’on l’emmène.Je sentis Caius avant même qu’il n’entre. Ce n’était pas une présence physique. C’était cette traction sourde, profonde, comme si quelque chose en moi s’était aligné brutalement avec quelque chose en lui. Une certitude sans image. Sans voix. Il savait. La porte s’ouvrit lentement. Caius entra, seul. Son regard balaya immédiatement la cabane. Les chaînes brisées au sol. L’air encore chargé de cette pression invisible. Et moi, debout, droite, tremblante mais intacte. Son regard s’arrêta sur moi. Un long silence s’installa. — Ils ont essayé de te contenir, dit-il enfin. Ce n’était pas une question. Je hochai la tête. — Theron. Par ordre du Conseil. Sa mâchoire se crispa imperceptiblement. Il s’approcha, ramassa l’un des liens rituels, le fit tourner lentement entre ses doigts. Le métal était froid. Mort. — Ces chaînes n’étaient pas censées céder, murmura-t-il. — Moi non plus, répondis-je. Il releva les yeux vers moi. Pour la première fois depuis longtemps, i
Je sentis le danger avant même de comprendre ce qu’il était. Ce n’était pas une vision. Pas un avertissement du Voile. Pas même une intuition claire. Juste cette crispation primitive au creux de la nuque. Cette certitude animale que quelque chose avançait vers moi sans chercher à se cacher. Je me redressai brusquement sur la paillasse. La cabane était plongée dans l’obscurité, mais l’air vibrait. Des pas résonnaient à l’extérieur. Trop réguliers. Trop nombreux. Pas ceux d’une ronde nocturne. Pas ceux d’un garde distrait. Ceux d’une décision. Mon cœur s’emballa. — Non… soufflai-je. Je n’eus pas le temps de me lever. La porte s’ouvrit sans frapper, heurtant le mur avec une violence contrôlée. Trois silhouettes entrèrent, découpées par la faible lueur des torches. Deux guerriers. Et derrière eux… Theron. Il ne souriait pas. Et cette absence de sourire était plus inquiétante que toutes ses moqueries passées. — Lyra de Silverpine, déclara-t-il d’une voix calme, presque ne
Point de vue de Lyra Je ne l’ai pas vu tomber. Je l’ai ressenti. C’est arrivé au milieu de la nuit, sans cri, sans vision, sans lumière. Une simple pression, sourde et brutale, comme si quelque chose s’était déplacé dans l’air même que je respirais. Je me redressai d’un coup sur la paillasse. Mon cœur battait trop vite. Pas de panique. Pas de douleur. Juste cette impression étrange que l’équilibre venait de se rompre ailleurs… et que j’en étais l’axe invisible. Je portai une main à ma poitrine. Le Voile murmura. Cette fois-ci ce n'était pas des mots mais plutôt une sorte d'absence. — Caius… soufflai-je sans réfléchir. Je ne savais pas ce qui se passait. Je ne savais même pas comment je le savais. Mais quelque chose en lui venait de céder. Et de ce que je comprenais cette chose n'était ni une faiblesse physique ni une une blessure.Il s'agissait de quelque chose de bien plus effrayant : son autorité. Je me levai lentement, les pieds nus sur le sol froid. La
Ils ne m’attendirent pas. Je le sentis avant même que les gardes ne viennent me chercher. Silverpine avait cette manière particulière de se crisper quand l’équilibre se fissurait : les patrouilles devenaient plus nombreuses, les regards plus directs, les silences plus lourds que les paroles. La contestation n’était plus souterraine. Elle marchait à visage découvert. Le Conseil fut convoqué à la tombée de la nuit, sans cérémonie, sans tambours. Un signe clair. Quand je franchis l’entrée de la salle de pierre, l’air était déjà saturé de tension. Eldric était là, droit comme un pieu planté dans le sol. Theron aussi, appuyé contre la table, les bras croisés, prêt à mordre. Trois anciens supplémentaires occupaient les sièges du fond, des loups que je n’avais pas convoqués depuis des lunes. Ils avaient cessé d’attendre mon autorisation. — Tu as suspendu un Rite sacré, déclara Eldric sans préambule, sa voix tranchante comme une lame. Sans vote. Sans consensus. Je ne pris même pas
Je me réveillai sans savoir combien de temps s’était écoulé. La cabane était plongée dans une pénombre douce, presque irréelle, comme si le monde avait décidé de marcher sur la pointe des pieds autour de moi. La lumière de la lune filtrait à peine par la petite fenêtre, tamisée, voilée, un peu hésitante. Elle ne me regardait pas vraiment. Elle me contournait. Mon corps était lourd. Pas douloureux ou brisé mais plutôt étranger Chaque respiration me demandait un effort conscient, comme si l’air avait changé de densité. Je bougeai légèrement les doigts, puis les bras, testant mes limites. Rien ne protesta. Rien ne répondit non plus. Je portai lentement une main à ma poitrine. Rien. Pas de chaleur familière. Pas de frémissement. Pas de pulsation argentée prête à surgir à la moindre émotion. Le silence à l’intérieur de moi était assourdissant. — Non… murmurai-je. Le mot sortit sans colère, sans panique. Comme une constatation trop calme pour être honnête. Je me redressai ave
Le silence ne dura pas. Il explosa. — La Lune s’est obscurcie ! — Ce n’est pas possible ! — C’est un présage ! Les voix jaillirent de toutes parts, se chevauchant, affolées. Certains reculaient comme si j’étais devenue contagieuse. D’autres s’agenouillaient, pris d’une ferveur soudaine. La meute ne regardait plus les anciens. Elle me regardait moi. Je restai à genoux au centre du cercle, le souffle court, la tête bourdonnante. Mon corps tremblait, non de faiblesse, mais d’un déséquilibre nouveau. Comme si quelque chose en moi cherchait encore sa place. La lumière avait disparu. Ou plutôt… elle s’était tue. — Reprenez-vous ! tonna Eldric. Sa voix claqua, mais elle n’avait plus la même autorité. Les regards hésitaient avant de revenir vers lui. Certains ne le regardaient même plus. — Ce n’est qu’une réaction temporaire ! poursuivit-il. Le Voile n’est pas achevé. La Lune— — La Lune s’est couverte, coupa une voix dans la foule. Ça n’est jamais arrivé. Un ancien plus jeune, l







