LOGINJe retire ma main de la sienne. Lentement. Doigt après doigt. Je sens sa résistance, cette force avec laquelle il veut me retenir. Je sens son désespoir dans cette poigne qui se resserre une seconde, puis qui se relâche. Comme s'il savait que me forcer serait pire. Comme s'il commençait à comprendre.
Je retire ma main. Je la pose sur mes genoux. Mes doigts tremblent. Je les regarde trembler, fascinée par cette vibration que
LuckJe ne dors plus.La nuit, je reste éveillé dans mon lit, les yeux fixés sur le plafond, à écouter les bruits de la ville, à guetter le moindre craquement, la moindre ombre, le moindre signe que quelque chose ne va pas. Mon téléphone est posé sur la table de chevet, l'écran allumé, prêt à vibrer. Je l'ai réglé pour qu'il sonne même en mode silencieux quand c'est elle. Alessandra. Son nom est une prière, une obsession, une raison de vivre.Cormac est toujours là.Je le sais. Je le sens. Je le traque. Mes hommes le cherchent jour et nuit, mais il est comme un fantôme, insaisissable, partout et nulle part à la fois. Il connaît la ville mieux que nous. Il connaît les angles morts, les passages secrets, les endroits où personne ne regarde. Il a grandi dans ces rues, dans ces
Jamais. Tu m'entends ? Jamais. Je ne te laisserai pas tranquille. Tu es à moi. Tu as toujours été à moi. Depuis le premier jour où je t'ai vue. Depuis cette photo, quand tu étais petite, quand tu souriais en ouvrant mes lettres. Tu es à moi, Alessandra. Tu le sais. Au fond de toi, tu le sais.Je bloque. Il revient.Et Leo ? Comment va-t-il ? Les traitements sont durs, non ? Il tousse encore ? Il crache du sang ? J'ai des contacts. Les meilleurs médecins. Les meilleurs hôpitaux. Ce que tu veux. Je peux l'aider. Je peux le sauver. Je peux lui donner une chance que personne d'autre ne peut lui donner.Mon cœur s'arrête.Leo.Toujours Leo.Je regarde l'écran. Mes doigts hésitent au-dessus du clavier. Je pense à mon frère. À ses joues creuses. À ses yeux trop brillants. À ses mains trop fines sur l
Elle relève la tête.Ses yeux sont rouges, gonflés, mais ils me regardent. Vraiment. Pour la première fois depuis des jours, depuis des semaines, depuis des années peut-être, elle me regarde. Pas à travers la peur, pas à travers la colère, pas à travers le mensonge. Elle me regarde, moi.— Et Leo ? demande-t-elle.— On ira le voir ensemble. Si tu veux.— Ensemble ?— Si tu veux. Si tu es prête. Si tu as envie. Si tu as besoin. On y va quand tu veux. Maintenant, demain, dans une semaine. On y va ensemble. Comme une famille.Elle hoche la tête. Lentement. Comme si elle sortait d'un rêve, comme si elle se réveillait d'un long sommeil, comme si elle voyait la lumière pour la première fois.— Ensemble, répète-t-elle.Je souris. Le premier vrai sourire depui
Elle ferme les yeux. Ses mains sont plaquées contre la porte, de chaque côté de son corps, comme si elle s'y accrochait pour ne pas tomber.— Je ne voulais pas qu'il te le dise.— Je sais. Mais je suis content qu'il l'ait fait.— Content ? Tu es content ?— Oui. Parce que maintenant je comprends. Maintenant je sais pourquoi tu étais comme ça. Pourquoi tu encaissais tout. Pourquoi tu revenais toujours. Pourquoi tu ne disais rien. Pourquoi tu ne criais pas. Pourquoi tu ne te défendais jamais.— Et ça change quoi ?— Ça change que je ne te vois plus comme une victime. Je te vois comme une survivante. Comme quelqu'un qui a traversé l'enfer et qui en est sortie vivante. Comme quelqu'un qui a été brisée mille fois et qui s'est relevée mille fois.— Je ne suis pas sortie vivante, Luck. Je suis mort
Cher Luck,Je t'ai écrit une lettre, mais je ne te l'ai pas donnée. J'ai eu peur...Je lis toutes les lettres. Toutes celles que j'ai écrites. Toutes celles que ma mère a lues. Toutes celles qui ont servi de preuves, de condamnations, de chaînes. Je lis les mots de la petite fille qui croyait à l'amour. De l'adolescente qui espérait encore. De la jeune femme qui a renoncé.Quand j'ai fini, mes joues sont trempées. Mes mains tremblent. Mon cœur est trop lourd. Trop lourd pour ma poitrine. Trop lourd pour mes épaules. Trop lourd pour moi toute seule.— Je t'aimais, Luck, murmure-je dans le vide. Je t'aimais et tu m'as détruite.Personne ne répond.La nuit est silencieuse. La ville est silencieuse. Le monde est silencieux.Je suis seule.Comme toujours.Comme depuis toujours.Luck
Je le frappe.Ma main s'abat sur sa joue. Le bruit claque dans le salon, sec, violent. Ma paume brûle. Sa joue rougit immédiatement, la marque de mes doigts s'imprime dans sa chair.Il ne bouge pas.Je le frappe encore. Sur l'autre joue. Plus fort. La douleur remonte le long de mon bras, de mon poignet, de mes doigts. Je le frappe encore. Sur la poitrine. Sur l'épaule. Partout où je peux.— Tu n'avais pas le droit ! Tu n'avais pas le droit !Il encaisse. Il ne bronche pas. Il ne lève pas les mains pour se protéger. Il ne recule pas. Il reste là, immobile, à prendre chaque coup, chaque insulte, chaque larme. Ses yeux ne me quittent pas. Ils sont rouges, gonflés, mais ils ne clignent pas.— Tu n'avais pas le droit de lire ces lettres ! Tu n'avais pas le droit de savoir ! Tu n'avais pas le droit de venir ici, de forcer ma porte, de me faire ça !
Luck4h du matin.Je ne dors toujours pas. Je regarde le plafond de cette chambre d'hôtel minable, les taches d'humidité qui dessinent des cartes imaginaires. Des pays où je ne suis jamais allé. Des océans que je ne trave
AlessandraL’eau de la douche est brûlante, presque douloureuse. Je la laisse couler sur ma peau, espérant qu’elle lave plus que la sueur et le résidu de son corps. J’y frotte, je me savonne avec une vigueur qui laisse des marques roses. Mais certaines choses ne partent pas au savon. La sensation d
AlessandraLa réunion dure deux heures trente-quatre minutes.Je le sais parce que je compte. Chaque minute. Chaque seconde. Chaque battement de mon cœur qui refuse de ralentir.Les investisseurs japonais sont impeccables, précis, presque translucides dans leur politesse. Leur traductrice, une femm
Luck AdlerSon regard est un lac gelé, mais au plus profond, je vois passer quelque chose. De la terreur, oui. Mais autre chose. Une lueur noire, un écho à ma propre folie. C’est cette lueur que je veux saisir, éteindre ou enflammer, peu importe.— Il veut t’inviter à dîner ? reprends-je, la voix d







