تسجيل الدخولJe trouve Youssef Al-Fassi sans difficulté, le détective m'a donné son adresse, ses horaires, ses habitudes, ses faiblesses. Il vit toujours dans le petit appartement qu'il partageait avec Leïla, celui où elle l'a quitté, celui où elle ne reviendra pas, celui qui sent encore son parfum, qui garde encore ses traces, qui pleure encore son absence.
Je sonne à sa porte un soir de novembre, la pluie tombe sur la ville en ri
Hicham Leïla. Mon amour. Ma lumière dans la nuit. Je n'ai pas préparé de discours. J'ai essayé, crois-moi. J'ai noirci des pages et des pages, j'ai déchiré, recommencé, raturé. Les mots me semblaient toujours trop petits, trop pauvres, trop usés. Comment enfermer dans des phrases ce que je ressens, ce que tu représentes, ce que nous avons traversé ? Alors j'ai renoncé aux discours. Je vais te parler simplement, avec mon cœur, même si ça tremble, même si c'est maladroit. La vérité n'a pas besoin d'éloquence. Je te regarde, là, devant moi, dans cette robe qui te va comme la lumière va au soleil, et je mesure l'homme que j'étais avant toi. Un homme de pouvoir, d'argent, d'apparences. Un homme qui confondait possession et amour, contrôle et protection. Un homme qui croyait que tout s'achetait, que tout se négociait, même les sentiments. Un homme perdu, Leïla. Profondément perdu, sans même le savoir. Et puis tu es entrée dans m
Leïla Le jour se lève sur la campagne. Un jour parfait, comme si le ciel lui-même avait décidé de se mettre sur son trente-et-un. Un bleu intense, profond, sans un nuage. Le soleil est encore doux à cette heure matinale, il caresse les collines, fait scintiller la rosée sur les herbes hautes, transforme chaque olivier en un arbre d'argent. Je me réveille lentement, et ma première pensée est : c'est aujourd'hui. Mon cœur s'emballe aussitôt. Pas d'angoisse. De l'excitation pure, un bonheur qui gonfle ma poitrine et menace de me faire éclater. Samira frappe à ma porte avec le petit déjeuner. Café fumant, tartines de confiture de figues, un bol de fruits frais cueillis dans le jardin de l'auberge. Elle me regarde, et ses yeux s'embuent déjà. — Ma chérie. Ma toute belle. Tu es prête ? — Je suis prête, ma tante. Plus prête que je ne l'ai jamais été pour quoi que ce soit dans ma vie. La matinée passe
La veille du départ pour la campagne, je reçois un appel. Le nom qui s'affiche me glace. Ma mère. Cela fait des mois que nous ne nous sommes pas parlé. Depuis ce coup de fil terrible où elle m'a traitée de fille de mauvaise vie. Je décroche, la main tremblante. — Maman ? Silence. Puis sa voix, fatiguée, vieillie. — Leïla. J'ai appris que tu te mariais. — Oui, maman. Samedi prochain. — Avec cet homme. Celui qui a brisé ton premier mariage. — Avec Hicham. L'homme que j'aime. Qui a divorcé pour moi, qui m'a choisie, qui m'a attendue. Un autre silence, plus long. Je l'entends respirer, je devine qu'elle lutte contre des années d'éducation, de principes, de peur du qu'en-dira-t-on. — Je ne viendrai pas, Leïla. Je ne peux pas. Je ne sais pas comment faire. Les larmes me montent aux yeux, mais je les ravale. Je m'y attendais. Je l'espérais un peu
Leïla Le printemps s'est installé pour de bon. Chaque matin, j'ouvre les fenêtres de l'appartement et je laisse entrer l'air tiède, chargé de pollens et de promesses. Il y a des fleurs sur le rebord, des géraniums rouges que j'ai plantés moi-même dans des pots en terre cuite, les mains dans la terre, le sourire aux lèvres. Un geste simple, banal pour tant de gens, mais pour moi, c'est une révolution. Planter des fleurs, c'est croire en demain. C'est parier sur la vie. Aujourd'hui, je prépare mon mariage. Mon mariage. Ces deux mots ont encore un goût étrange dans ma bouche, un goût de liberté et de recommencement. La première fois, c'était ma mère qui avait tout organisé. La salle, le traiteur, le choix des nappes, la liste des invités interminable avec des cousins éloignés dont j'ignorais jusqu'à l'existence. J'avais dit oui à tout, docilement, parce que c'était comme ça, parce qu'une mariée ne discute pas, parce que le mariage n'était p
Leïla C'est une petite fête. Loin, très loin du clinquant et des mondanités auxquelles Hicham était habitué, de ces galas ennuyeux où le champagne coulait à flots pour des gens qui se haïssaient en souriant. Je n'en voulais pas. Je ne voulais pas de projecteurs, de journalistes, de discours hypocrites. Je voulais juste la sincérité des visages, la chaleur des cœurs, les quelques âmes qui ont survécu à la tempête avec nous. Hicham a compris. Il a organisé la réception dans un jardin, un simple jardin derrière une auberge de campagne, loin de la ville, loin des regards. Une tonnelle de glycines centenaires, aux grappes mauves qui pendent et embaument l'air sucré. Quelques tables rondes habillées de nappes blanches, des chaises en bois brut, des bouquets champêtres dans des vases dépareillés. Des guirlandes lumineuses accrochées aux branches, qui s'allumeront quand le soir tombera. Rien de grandiose, rien de luxueux. Du vrai, du simple, du
Leïla Je le regarde. Agenouillé là, devant moi, dans ce salon baigné de soleil qui fut le théâtre de nos pires mensonges et qui devient soudain l'écrin de notre vérité. Cet homme. Cet homme incroyable, insupportable, magnifique. Cet homme qui m'a fait vivre l'enfer et le paradis dans la même journée, parfois dans la même heure. Cet homme complexe, orgueilleux, brisé et tellement tendre. Cet homme que j'ai haï et adoré, fui et cherché, maudit et béni. Je le regarde, et je vois tout. Je vois le jeune ambitieux qui a construit un empire à la force du poignet, cachant ses fêlures sous des costumes de prix. Je vois le mari infidèle qui trompait sa femme sans même y penser, comme on respire, comme on boit, par habitude, par vide. Je vois le manipulateur qui a monté ce stratagème odieux pour m'acheter, avec l'argent, avec la villa, avec le poste. Et puis je vois l'homme qui a pleuré dans mes bras. L'homme qui a affronté son ami, ses associés, s
LeïlaJe marche vers le marché, les pieds lourds, l’échange avec Karim encore vibrant dans ma poitrine comme une onde de choc. L’air frais ne parvient plus à me laver. Je porte l’entretien avec moi, une chape humide et chaude sur les épaules.Le marché du quartier grouille déjà de vie. Les étals co
LeïlaJe rentre, les bras alourdis par les sacs de courses, mais c’est mon cœur qui pèse le plus. Les rires enjôleurs et les regards aiguisés des femmes du marché tournent en boucle dans ma tête, une bande-son cruelle qui amplifie chaque silence de l’appartement. L’air est immobile, chargé de l’att
LeïlaLe jour s’impose, brutal et gris, derrière les vitres. Je me suis préparée comme un automate. Douche trop chaude qui brûle la peau, habits choisis sans voir : un pantalon beige, un pull sobre. Une armure de coton. Dans le miroir de la salle de bains, une étrangère me regarde, les yeux cernés
Leïla Il a bondi, instinctif, et ses bras se sont refermés autour de moi avant que je ne m’écroule sur le sol froid.Ce ne fut pas un geste calculé, pas une séduction. Ce fut un sauvetage. Un réflexe humain devant une détresse évidente. Et moi, dans ce naufrage, je me suis accrochée à lui comme à







