ログインCélian
La nouvelle tombe comme une pierre dans l'eau noire d'un puits. Pas d'éclaboussures. Juste un bruit sourd, profond, qui annonce que le fond est plus loin qu'on ne le croyait.
Léna est revenue seule. Trempée. Les pieds en sang. Elle n'a pas parlé pendant une heure. Ell
Iris frissonne. L'air autour d'elle devient plus froid. Je le sens sur ma peau. La température baisse de plusieurs degrés.— Il parle, dit Iris. Mais sa voix est différente maintenant. Plus grave. Plus lente. C'est la voix de Kane.Elle prend une inspiration, et quand elle parle à nouveau, ce n'est plus sa voix à elle. C'est une voix d'homme, rocailleuse, teintée d'un écho comme si elle venait du fond d'un tunnel.— Elara. Tu es toujours vivante. Quelle déception.Elara ne cille pas.— Kane. Dis-moi où est le Puits.
Célian encaisse. Il ne se défend pas. Il attend.Lucien s'avance.— Moi, je reste. J'ai lu dans l'esprit de cet homme avant qu'il meure. Marc me l'a montré. Ce type aimait sa femme. Pas sa fille. Il la voyait comme une erreur, un défaut de fabrication. Il espérait que le Programme la "répare". C'était un monstre ordinaire. Je ne pleurerai pas sa mort.— Moi non plus, dit Noé. Il dessinait des cages pour sa fille dans sa tête. Je l'ai vu.— Je reste, dit Marc. Évidemment.&m
LénaOn roule depuis quatre heures. L'aube est encore loin. Le van est un tombeau roulant. Personne ne parle. Suzie s'est endormie contre Marc. Lui, il regarde droit devant, le visage vide, sa main bandée posée sur la tête de la petite fille comme pour la protéger. Ironique. Le monstre qui console sa victime.Célian conduit. Les jointures de ses doigts sont blanches sur le volant. Il n'a pas dit un mot depuis qu'on a quitté la maison. Elara regarde par la fenêtre, mais je sais qu'elle surveille son reflet. Quelque chose s'est passé dans ces toilettes. Elle est plus là. Moins floue.Moi, je suis assise à l'arrière, les genoux repliés. La douleur de C&eacut
Je fais un pas vers elle. La douleur de Suzie est une boule de feu dans ma poitrine. Je l'ajoute à la mienne. À celle de Léna. À celle de Marc. À celle des quinze autres que je n'ai pas encore sauvés. Je laisse cette souffrance brute, non filtrée, irradier de mon corps.Le tablier à fleurs se froisse. La femme recule contre l'évier. Son visage se décompose. La peur arrive enfin. Trop tard.— Qu'est-ce que vous faites ? murmure-t-elle.— Je vous montre ce que votre fille ressent. Tous les jours. Depuis qu'elle est née.Elle ouvre la bouche pour crier.
CélianL'adresse mène à une maison de banlieue. La pelouse est tondue. Le portail est blanc. Il y a un vélo d'enfant couché sur le flanc dans l'allée, une roue qui tourne encore lentement. C'est trop calme. C'est trop propre. C'est le décor parfait pour un cauchemar qui ne dit pas son nom.On est garés deux rues plus loin. Le van sent la sueur, la peur et le sang séché de Marc. Il n'a pas gémi une seule fois. Il a juste donné l'information d'une voix blanche. La fille s'appelle Suzie. Huit ans. Elle fait fondre le verre. Les agents viennent la chercher la nuit du mardi. Toutes les deux semaines. Pour les tests. Ce soir, c'est mardi.Elara est à cô
Et cette peur, elle est en train de me remplir.Je croyais que le vide ne pouvait pas être comblé. C'est ce que Kane disait. Tu es un puits sans fond, Elara. Tu absorberas tout et tu ne seras jamais rassasiée. Mais il avait tort. La peur pour les autres, ça remplit. Ça pèse. Ça donne une consistance.Je ne suis plus un vide pur. Je suis un vide avec un but. Protéger.Est-ce que c'est mieux ?Le reflet dans le miroir a l'air triste. C'est étrange. Moi, je ne sens pas la tristesse. Je ne sens que le froid et l'urgence. Mais lui, il a les coins des lèvres qui tombent.
Sa voix était calme. Pas de vantardise. Pas d'hésitation. Pas d'enfance non plus. Juste une certitude. Une enfant qui sait ce qu'elle peut faire parce qu'elle l'a déjà fait. Parce qu'elle l'a fait dans le noir. Parce qu'elle l'a fait seule. Parce qu'elle
Ils étaient nombreux. Je n'ai pas compté. Leurs bottes claquaient sur le sol en béton. Leurs respirations étaient courtes, rapides. Ils avaient couru. Ils savaient qu'on était là. Ils nous attendaient peut-être.— Posez l'
CélianL'attaque du laboratoire était censée être simple.C'est ce qu'Hélène avait dit. Ce qu'elle avait calculé. Ses chiffres, ses probabilités, ses marges d'erreur. Elle nous avait montré les plans, les ch
Je prends les mains de la fille. Ses mains sont froides, trop fines, marquées d'innombrables piqûres. Je les serre entre les miennes.— Écoute-moi, dis-je. Je ne sais pas qui tu es. Je ne sais pas ce que tu as vécu. Mais je sais une chose : El