Mag-log inKaï regarde la blessure. Les points serrés, réguliers, presque beaux dans leur précision chirurgicale. La peau refermée. Le sang qui ne coule plus.
— Trente points, dit-il.
— Trente-deux. J'ai compté.
Il me regarde. Dans ses yeux, je vois quelque chose que je n'avais jamais vu. De l'admiration, oui. De la gratitude, bien sûr. Mais autre chose. Quelque chose de plus profond. Quelque chose qui ressemble
Je l'aide à entrer. Elle pèse presque rien. Son bras autour de mon cou, je sens chacun de ses os à travers ses vêtements. Elle a perdu tellement de poids ces dernières semaines. On a tous perdu du poids. La guerre, la fuite, la peur, ça creuse un corps plus sûrement que n'importe quel régime.Je la fais asseoir sur le matelas , après avoir secoué les toiles d'araignées du mieux que j'ai pu, en chassant les araignées qui détalent dans tous les sens. Elle s'effondre plus qu'elle ne s'assied, le dos contre le mur de rondins, les jambes étendues devant elle. Ses yeux se ferment immédiatement. Son visage se détend un peu, comme si le simple fait de ne plus avoir à avancer était un soulagement immense.— Maya. Maya, reste avec moi.Je m'agenouille devant elle. Je prends son visage entre mes mains. Sa peau est glacée. Glacée, alors qu'on a marché toute la journée. Mauvais signe. Très mauvais signe. Le corps qui n'arrive plus à se réchauffer, c'est le dé
Kaï La cabane est là, au fond des bois. Je la vois émerger entre les arbres comme un fantôme, grise et silencieuse dans la lumière déclinante du jour. Une vieille bâtisse de rondins, à moitié mangée par la mousse et le lierre, avec un toit de tôle rouillée qui grince au moindre souffle de vent. Les fenêtres sont des trous noirs, vides, qui regardent la forêt comme des yeux morts. La cheminée de pierre s'effrite, vaincue par des décennies de gel et de dégel. Personne ne vient jamais ici. Personne ne sait que cet endroit existe. C'est pour ça que je l'ai choisie, il y a des années, quand j'ai commencé à préparer des planques de secours un peu partout dans cette région que je connais par cœur. Maya est derrière moi. Je l'entends buter contre une racine, retenir un cri. Je me retourne. Elle avance péniblement, les pieds ensanglantés par des heures de marche, le visage creusé par la fatigue et la faim. Ses cheveux sont collés par la sueur et la crasse, ses vêtements sont déchirés par l
Je hoche la tête. Il a raison. Bien sûr qu'il a raison. Mais ça ne rend pas les choses plus faciles.Maya nous rejoint. Elle est équipée elle aussi, mais pas d'arme. Elle portera le matériel médical, les pansements, tout ce qu'il faut pour soigner Alexei si on le récupère vivant. Elle est pâle, tendue, mais déterminée.— On y va ? demande-t-elle.— On y va, dit Kaï.On monte dans le vieux 4x4 que Viktor nous a prêté. Kaï conduit. Maya est à côté de lui. Moi, je suis à l'arrière, avec les armes.
LeoLa voiture s'arrête.J'ouvre les yeux. Je ne sais pas depuis combien de temps on roule. Les cahots du chemin de terre m'ont secoué, réveillant la douleur dans mon flanc. Mais je n'ai rien dit. Je ne me suis pas plaint. Je ne me plains jamais.Anastasie se tourne vers moi depuis le siège conducteur.— On est arrivés, dit-elle. Le village est juste derrière cette colline. Mes contacts nous attendent.— Bien.— Tu tiens le coup ?
Un silence. Lourd de tout ce qu'on ne dit pas.— Dmitri, je finis par dire. Il va revenir ?— Il a promis.— Je sais. Mais je lui ai dit que je voulais pas de promesses. Je voulais des actes.— Il reviendra. Pour toi.Je ferme les yeux. Je revois son visage à travers la vitre de la voiture. Ses yeux rouges, sa mâchoire serrée. Sa main qui n'a pas lâché la mienne jusqu'à la dernière seconde."Ramène-la. Et ramène-toi."Je lui ai dit ça. Je lui ai donné un ordre, comme je le fais toujours. Parce que c'est plus facile que de dire les vrais mots.Mais lui, il a compris. Il a toujours compris.— Je l'aime, je murmure.Je ne sais pas pourquoi je dis ça à Anastasie. Peut-être parce que j'ai besoin de le dire à quelqu'un. Peut-être parce qu'elle est la seule qui puisse com
KaïLa planque est là.Je la reconnais tout de suite. La vieille ferme abandonnée, au bout d'un chemin de terre que plus personne n'emprunte. Les murs de pierre sont couverts de lierre, le toit de tuiles est à moitié effondré, mais la grange, derrière, est intacte. C'est là qu'ils sont. C'est là qu'ils ont toujours été.Je fais signe à Maya et Dmitri de s'arrêter. Je m'avance seul, les mains en évidence, loin de mes armes. C'est le protocole. Si je débarque en force, ils tireront d'abord et poseront les questions après.La porte de la grange s'ouvre. Un homme en sort. Grand, massif, une barbe de plusieurs jours, un fusil à pompe à la main. Il me regarde s'approcher sans bouger.Puis il sourit.— Kaï, dit-il. Putain, Kaï. T'es vivant.— Pour l'instant, oui.I
MayaLe soir tombe sur la maison.La lumière décline, les ombres s'allongent, la forêt devient peu à peu une masse sombre et menaçante. À l'intérieur, on a allumé des bougies et la cheminée crépite, p
Elena marque un temps. Ses yeux vont de lui à moi, de moi à lui. Elle évalue la situation, recalcule, s'adapte.— Comme tu veux, dit-elle enfin. Je suis venue vous aider.— Nous aider ?— Contre Chernov. Je sais des choses.
MAYAJe déglutis, ma bouche sèche. L’échiquier vient de prendre des dimensions monstrueuses. Mon petit studio, mon club, mes énigmes… des poussières sur cet échiquier.— Alors… le plan, c’est de me cacher jusqu’à ce que tu aies… quoi ? Fait tomber Chernov ?— Le plan, c’est de te mettre en sécurité
MAYALa fourgonnette avance d’une allure régulière, trop calme pour le chaos qu’elle transporte. Je fixe les rues qui défilent, devenant de plus en plus larges, puis des boulevards, avant de s’engager sur une route nationale. Nous quittons la ville. La pression dans ma poitrine se resserre.Je me t






