Mag-log inMaya Troisième jour dans la cabane. Le temps s'étire, étrange, élastique. Par moments, il semble suspendu, comme si l'univers retenait son souffle, attendant quelque chose. À d'autres, il file à toute vitesse, et je panique à l'idée que chaque minute qui passe nous rapproche de la fin, que chaque seconde gaspillée est une seconde de moins à vivre. Kaï est sorti chercher de l'eau et du bois. Il est parti depuis une heure, peut-être plus. Je suis seule dans la cabane, assise devant le poêle, à regarder les flammes. Je devrais me reposer, profiter de ce moment de calme pour dormir, pour reconstituer mes forces. Mais je n'y arrive pas. Trop de pensées. Trop de peurs. Trop de tout. Je pense à Leo. À son visage pâle, à sa respiration sifflante, à ses points de suture que j'ai faits moi-même, de mes propres mains tremblantes. Où est-il maintenant ? A-t-il survécu à ses blessures ? Est-
Je fais une pause. Les images sont encore très nettes. La poussière qui flottait dans l'air, les cris, le sang sur les murs. Et ce gamin, ce petit garçon de six ou sept ans, coincé sous les gravats, terrifié. — Tu l'as sorti ? — Oui. J'ai soulevé la poutre à mains nues. Je me suis déchiré des muscles dans le dos, je l'ai su après. Mais sur le moment, j'ai rien senti. J'ai juste vu ce gamin, et j'ai su que je devais le sortir de là. Je l'ai porté dans mes bras jusqu'aux ambulances. Il s'accrochait à moi comme si j'étais son père. Il pleurait, il tremblait, mais il était vivant. — Et après ? — Quand je l'ai déposé dans les bras d'un ambulancier, il m'a regardé. Avec des yeux... des yeux pleins de gratitude. De confiance. Comme si j'étais un héros. Comme si j'avais fait quelque chose d'extraordinaire. Maya lève la tête vers moi. Ses yeux brillent, pleins d'une émotion qu
Elle se redresse sur un coude. Elle regarde autour d'elle, redécouvrant la cabane, la misère, la réalité. Je vois le moment exact où tout lui revient. La traque, la fuite, Chernov, la vidéo d'Anastasie. Son visage se ferme légèrement, perd un peu de sa paix matinale. — J'avais oublié, dit-elle doucement. Pendant quelques secondes, en me réveillant, j'avais oublié où on était. J'étais ailleurs. Quelque part de chaud. De sûr. — C'est bien. Ça veut dire que t'as vraiment dormi. Que ton corps a pu se reposer vraiment. — Grâce à toi. Elle se penche vers moi. Elle m'embrasse. Un baiser doux, lent, plein de gratitude et de tendresse. Ses lèvres sont encore un peu sèches, craquelées par le froid et la déshydratation, mais elles sont douces contre les miennes. Je ferme les yeux une seconde, je me perds dans ce contact, dans cette preuve qu'elle est là, vivante, avec moi. — J'a
Je souris dans le noir. Même maintenant, même dans cette situation désespérée, même au bord de l'épuisement total, il arrive à me faire sourire. À me faire sentir vivante. Désirée. Aimée. — T'es sûr que c'est le moment ? — Y aura peut-être jamais de bon moment. Demain, on sera peut-être morts. Dans une heure, ils auront peut-être trouvé la cabane. Alors autant que ce soit maintenant. Autant prendre ce qu'on peut, tant qu'on peut. Il a raison. Il a tellement raison. Chaque instant volé à cette traque est un trésor. Chaque moment de vie, de vraie vie, est une victoire sur la mort qui nous attend peut-être. Je me tourne vers lui complètement. Je pose mes mains sur son torse, je sens les battements de son cœur sous mes paumes. Rapides. Forts. Vivants. La peau est chaude, les muscles durs en dessous, tout ce corps d'homme qui a traversé tant d'épreuves et qui est encore là, contre moi.
Il se tourne vers moi. Dans la pénombre , il n'y a plus que la très faible clarté de la lune qui filtre par les fissures des murs , je devine plus que je ne vois son visage. Ses traits durs, taillés à la serpe par des années de violence et de survie. Sa mâchoire serrée, ce tic qu'il a quand il est déterminé. Ses yeux qui brillent d'une lueur farouche, animale, cette détermination absolue que j'ai appris à reconnaître et à aimer. — Viens, dit-il. Il ouvre son manteau. Le geste est ample, généreux, comme s'il m'offrait un refuge, un sanctuaire. Il m'attire contre lui. Son corps est chaud. Étonnamment chaud pour quelqu'un qui grelottait il y a une seconde. Comme s'il puisait dans des réserves de chaleur qu'il gardait précieusement pour ce moment, pour moi, comme s'il avait décidé que sa propre survie passait après la mienne. Je me blottis contre lui. Je me love dans la chaleur de son corps comme un animal c
Ma mâchoire se serre. Le souvenir suivant est moins agréable. — Il est mort. Empoisonné par un voisin qui en avait marre de l'entendre aboyer la nuit. J'avais dix ans. Je l'ai trouvé au petit matin, allongé sur le trottoir, raide, froid. Il avait les yeux ouverts, comme s'il regardait encore quelque chose que je ne pouvais pas voir. Son sourire s'efface. — Je suis désolée. — C'était il y a longtemps. Une autre vie. Mais je pense à lui, parfois. À cette fidélité. À cette confiance absolue qu'il avait en moi. Il me suivait n'importe où, dans n'importe quelle situation. Il ne doutait jamais. Il savait que je le protègerais, que je le nourrirais, que je prendrais soin de lui. Elle me regarde longuement, intensément. Les flammes se reflètent dans ses yeux, leur donnent une profondeur presque surnaturelle. — C'est pour ça que t'as du mal à faire confiance, dit-elle enfin. Parce que tous ceux en qui
Je ris. Je les regarde. Ces deux hommes qui ont traversé l'enfer ensemble. Cette amitié qui a survécu à tout.Puis Alexei me regarde. Plus longuement. Plus intensément.— Kaï m'a parlé de toi, dit-il. Pendant qu'on se cachait, pen
MayaMinuit passe.Une heure.Deux heures.Je ne dors pas. Je suis allongée sur le lit, les yeux ouverts, à regarder le plafond. Le même plafond fissuré que le premier soir. Les mêmes fissures. La même tache d'humidité. Rien n'a changé. Sauf que je suis de plus en plus vide.Mon téléphone est dans
MayaLeo n'a pas posé de questions.Il a vu Kaï s'approcher, il a vu ma tête, il a compris. C'est ça, Leo. Il comprend tout sans qu'on lui explique. Il sait lire dans les silences, dans les regards, dans la façon dont les gens tiennent leurs ép
MayaLa lumière.C'est la première chose que je sens. Une lumière douce, pâle, qui filtre à travers mes paupières closes. Pas la lumière crue des réveils habituels, pas celle qui agresse et qui oblige à se cacher sous la







