MasukJe vois dans ses yeux qu'il ne cédera pas. Qu'il a besoin de cette promesse pour avancer. Pour se jeter dans ce piège sans être paralysé par la peur de me perdre. — Je te le promets, dis-je à contrecœur. Les mots ont un goût amer dans ma bouche. Un goût de mensonge. Parce que je sais déjà que je ne tiendrai pas cette promesse. Que s'il meurt, je n'aurai plus aucune raison de vivre. — Merci. Il m'embrasse. Un baiser dur, rapide, désespéré. Ses lèvres sont sèches, craquelées, mais elles sont vivantes contre les miennes. Je ferme les yeux, j'essaie de graver ce moment dans ma mémoire. Au cas où ce serait le dernier. — On y va, dit-il en s'écartant. On se glisse hors du bosquet. On rampe dans l'herbe haute, en restant dans l'ombre, en évitant les zones éclairées par les projecteurs. Les patrouilles passent à intervalles réguliers. On attend, immobiles
Elle sourit doucement. Un sourire fier, presque maternel. — T'es vraiment un héros, Kaï. Même si tu veux pas l'admettre. — Je suis pas un héros. Les héros, ça meurt jeune. Ça finit avec une médaille sur la poitrine et un drapeau sur le cercueil. Moi, je veux vivre. Avec toi. Elle pose sa tête sur mon épaule. Son poids est léger, presque rien. Mais sa présence est immense. — Alors on va vivre. Tous les deux. On va survivre à tout ça, et on ira voir la mer. Promis. — Promis. On reste comme ça un moment, à écouter l'eau couler, les oiseaux chanter dans les arbres. Le temps suspendu. La paix fragile. Un moment volé à l'enfer qui nous attend. Puis je me lève. Il faut y aller. Le temps presse. — Faut y aller. On a encore de la route. Elle se lève à son tour. Elle grimace en posant le pied pa
Kaï On marche depuis des heures. La forêt est dense, sombre, hostile. Chaque pas est un effort. Chaque racine qui affleure est un piège. Chaque branche basse qui nous fouette le visage est une agression. On avance en silence, l'arme à la main, les sens en alerte, constamment aux aguets. Mes yeux balayent sans arrêt les alentours, cherchant un mouvement suspect, une forme anormale, un reflet métallique. Mes oreilles guettent le moindre bruit qui ne serait pas naturel — un cliquetis d'arme, un froissement de tissu, un pas sur les feuilles mortes. Maya est derrière moi. Elle suit mon rythme sans se plaindre, même si je sais qu'elle est épuisée. Je l'entends parfois trébucher, jurer à voix basse, se rattraper à un tronc d'arbre. Je l'entends respirer fort, de plus en plus fort, à mesure que les heures passent. Elle n'a presque pas mangé depuis des jours. Elle n'a presque pas dormi. Son corps est en défi
Je le regarde, incrédule. Il est sérieux. Il pense vraiment ce qu'il dit. Il a déjà tout planifié dans sa tête. — T'es fou, dis-je. Complètement fou. — Peut-être. Mais c'est la seule façon. C'est la seule façon de la sauver. — Non. — Maya... — Non. Si tu y vas, je viens avec toi. — C'est trop dangereux. Regarde ce qu'il lui a fait. Il te fera la même chose. Pire. — Je m'en fous. — Maya, écoute-moi... — Non, c'est toi qui vas m'écouter. Je me lève. Mes jambes tremblent, mais ma voix est ferme. Je m'approche de lui. Je plante mes yeux dans les siens. Je veux qu'il voie, qu'il comprenne, qu'il sache que je ne céderai pas. — Si tu y vas sans moi, je te jure que je te retrouverai morte. Tu m'entends ? Morte. Parce que je ne survivrai pas à ton absen
Elle est attachée à une chaise en métal, dans une pièce sombre aux murs de béton brut. Un entrepôt, peut-être, ou une cave. Ses vêtements sont déchirés, lacérés, tachés de sang frais et de sang séché. Son chemisier blanc , je me souviens de ce chemisier, elle le portait le jour de notre séparation , n'est plus qu'une loque rougeâtre. Son visage est tuméfié, méconnaissable. Un œil est complètement fermé, gonflé, violacé. L'autre est rouge, injecté de sang, gonflé de larmes qui coulent sans arrêt. Sa lèvre inférieure est fendue, du sang a coulé sur son menton et a séché là. Elle pleure. Elle tremble de tout son corps. Elle regarde la caméra avec une terreur absolue, primitive, animale. Une terreur qui va au-delà des mots, au-delà de la raison. — S'il vous plaît... dit-elle d'une voix brisée, à peine reconnaissable. S'il vous plaît, aidez-moi... Une main gantée de noir apparaît dans le cadre. Elle saisit les che
Maya Troisième jour dans la cabane. Le temps s'étire, étrange, élastique. Par moments, il semble suspendu, comme si l'univers retenait son souffle, attendant quelque chose. À d'autres, il file à toute vitesse, et je panique à l'idée que chaque minute qui passe nous rapproche de la fin, que chaque seconde gaspillée est une seconde de moins à vivre. Kaï est sorti chercher de l'eau et du bois. Il est parti depuis une heure, peut-être plus. Je suis seule dans la cabane, assise devant le poêle, à regarder les flammes. Je devrais me reposer, profiter de ce moment de calme pour dormir, pour reconstituer mes forces. Mais je n'y arrive pas. Trop de pensées. Trop de peurs. Trop de tout. Je pense à Leo. À son visage pâle, à sa respiration sifflante, à ses points de suture que j'ai faits moi-même, de mes propres mains tremblantes. Où est-il maintenant ? A-t-il survécu à ses blessures ? Est-
MayaLa poignée de la porte de ma chambre est froide sous ma paume. Je rentre, je m’adosse au bois. Le cœur bat à coups sourds contre mes côtes. L’adrénaline de l’affrontement avec Kaï se mue en une vibration basse, incessante.Ton miroir.Je l’ai dit. Je l’ai vu. Dans ses yeux, j’ai vu la fracture
MayaJe recule d’un pas. Puis deux. Je ne détourne pas les yeux. Je tiens son regard jusqu’à ce que ma main trouve la poignée derrière moi.– La ligne, Kaï, je dis avant d’ouvrir. Tu as raison. Elle est floue. Mais ce n’est pas une excuse. C’est un choix. À chaque fois. Un choix.Je sors. Je referm
MayaJe reste plantée dans le couloir, le dos contre le bois froid des boiseries. La porte de Kaï est maintenant close, son silence est un mur. Celui d’Anastasie descend l’escalier et se disperse dans les entrailles de la maison, laissant derrière elle un sillage d’amertume que je respire à pleins
MayaLe retour à la Demeure est un voyage silencieux dans une boîte de métal tendue à craquer. Leo conduit, un bloc de concentration maussade. À l’arrière, Kaï est prostré contre la vitre, les yeux clos, son souffle un sifflement rauque contre la vitre fraîche. Les analgésiques du médecin fumeux l’







