ログインMa mâchoire se serre. Le souvenir suivant est moins agréable. — Il est mort. Empoisonné par un voisin qui en avait marre de l'entendre aboyer la nuit. J'avais dix ans. Je l'ai trouvé au petit matin, allongé sur le trottoir, raide, froid. Il avait les yeux ouverts, comme s'il regardait encore quelque chose que je ne pouvais pas voir. Son sourire s'efface. — Je suis désolée. — C'était il y a longtemps. Une autre vie. Mais je pense à lui, parfois. À cette fidélité. À cette confiance absolue qu'il avait en moi. Il me suivait n'importe où, dans n'importe quelle situation. Il ne doutait jamais. Il savait que je le protègerais, que je le nourrirais, que je prendrais soin de lui. Elle me regarde longuement, intensément. Les flammes se reflètent dans ses yeux, leur donnent une profondeur presque surnaturelle. — C'est pour ça que t'as du mal à faire confiance, dit-elle enfin. Parce que tous ceux en qui
Je l'aide à entrer. Elle pèse presque rien. Son bras autour de mon cou, je sens chacun de ses os à travers ses vêtements. Elle a perdu tellement de poids ces dernières semaines. On a tous perdu du poids. La guerre, la fuite, la peur, ça creuse un corps plus sûrement que n'importe quel régime.Je la fais asseoir sur le matelas , après avoir secoué les toiles d'araignées du mieux que j'ai pu, en chassant les araignées qui détalent dans tous les sens. Elle s'effondre plus qu'elle ne s'assied, le dos contre le mur de rondins, les jambes étendues devant elle. Ses yeux se ferment immédiatement. Son visage se détend un peu, comme si le simple fait de ne plus avoir à avancer était un soulagement immense.— Maya. Maya, reste avec moi.Je m'agenouille devant elle. Je prends son visage entre mes mains. Sa peau est glacée. Glacée, alors qu'on a marché toute la journée. Mauvais signe. Très mauvais signe. Le corps qui n'arrive plus à se réchauffer, c'est le dé
Kaï La cabane est là, au fond des bois. Je la vois émerger entre les arbres comme un fantôme, grise et silencieuse dans la lumière déclinante du jour. Une vieille bâtisse de rondins, à moitié mangée par la mousse et le lierre, avec un toit de tôle rouillée qui grince au moindre souffle de vent. Les fenêtres sont des trous noirs, vides, qui regardent la forêt comme des yeux morts. La cheminée de pierre s'effrite, vaincue par des décennies de gel et de dégel. Personne ne vient jamais ici. Personne ne sait que cet endroit existe. C'est pour ça que je l'ai choisie, il y a des années, quand j'ai commencé à préparer des planques de secours un peu partout dans cette région que je connais par cœur. Maya est derrière moi. Je l'entends buter contre une racine, retenir un cri. Je me retourne. Elle avance péniblement, les pieds ensanglantés par des heures de marche, le visage creusé par la fatigue et la faim. Ses cheveux sont collés par la sueur et la crasse, ses vêtements sont déchirés par l
Je hoche la tête. Il a raison. Bien sûr qu'il a raison. Mais ça ne rend pas les choses plus faciles.Maya nous rejoint. Elle est équipée elle aussi, mais pas d'arme. Elle portera le matériel médical, les pansements, tout ce qu'il faut pour soigner Alexei si on le récupère vivant. Elle est pâle, tendue, mais déterminée.— On y va ? demande-t-elle.— On y va, dit Kaï.On monte dans le vieux 4x4 que Viktor nous a prêté. Kaï conduit. Maya est à côté de lui. Moi, je suis à l'arrière, avec les armes.
LeoLa voiture s'arrête.J'ouvre les yeux. Je ne sais pas depuis combien de temps on roule. Les cahots du chemin de terre m'ont secoué, réveillant la douleur dans mon flanc. Mais je n'ai rien dit. Je ne me suis pas plaint. Je ne me plains jamais.Anastasie se tourne vers moi depuis le siège conducteur.— On est arrivés, dit-elle. Le village est juste derrière cette colline. Mes contacts nous attendent.— Bien.— Tu tiens le coup ?
Un silence. Lourd de tout ce qu'on ne dit pas.— Dmitri, je finis par dire. Il va revenir ?— Il a promis.— Je sais. Mais je lui ai dit que je voulais pas de promesses. Je voulais des actes.— Il reviendra. Pour toi.Je ferme les yeux. Je revois son visage à travers la vitre de la voiture. Ses yeux rouges, sa mâchoire serrée. Sa main qui n'a pas lâché la mienne jusqu'à la dernière seconde."Ramène-la. Et ramène-toi."Je lui ai dit ça. Je lui ai donné un ordre, comme je le fais toujours. Parce que c'est plus facile que de dire les vrais mots.Mais lui, il a compris. Il a toujours compris.— Je l'aime, je murmure.Je ne sais pas pourquoi je dis ça à Anastasie. Peut-être parce que j'ai besoin de le dire à quelqu'un. Peut-être parce qu'elle est la seule qui puisse com
MayaJe reste plantée dans le couloir, le dos contre le bois froid des boiseries. La porte de Kaï est maintenant close, son silence est un mur. Celui d’Anastasie descend l’escalier et se disperse dans les entrailles de la maison, laissant derrière elle un sillage d’amertume que je respire à pleins
MayaLe retour à la Demeure est un voyage silencieux dans une boîte de métal tendue à craquer. Leo conduit, un bloc de concentration maussade. À l’arrière, Kaï est prostré contre la vitre, les yeux clos, son souffle un sifflement rauque contre la vitre fraîche. Les analgésiques du médecin fumeux l’
MayaLa fourgonnette roule dans un silence de plomb, seulement troublé par le ronronnement feutré du moteur et la respiration trop contrôlée de Kaï à côté de moi. Il a les yeux fermés, mais je sais qu’il ne dort pas. La douleur le tient éveillé, une mâchoire de fer qui se resserre sur son flanc.De
MayaL’air de la nuit industrielle me frappe le visage, chargé de fumées et de froid. Il ne nettoie rien. Il ne lave pas l’image de Sobieski ligoté sur cette table, ni l’odeur de métal froid et de peur. Ça colle à la peau. Comme la poussière du conduit.Je marche à côté de Kaï. Son silence est une







