Mag-log inJe l'aide à entrer. Elle pèse presque rien. Son bras autour de mon cou, je sens chacun de ses os à travers ses vêtements. Elle a perdu tellement de poids ces dernières semaines. On a tous perdu du poids. La guerre, la fuite, la peur, ça creuse un corps plus sûrement que n'importe quel régime.Je la fais asseoir sur le matelas , après avoir secoué les toiles d'araignées du mieux que j'ai pu, en chassant les araignées qui détalent dans tous les sens. Elle s'effondre plus qu'elle ne s'assied, le dos contre le mur de rondins, les jambes étendues devant elle. Ses yeux se ferment immédiatement. Son visage se détend un peu, comme si le simple fait de ne plus avoir à avancer était un soulagement immense.— Maya. Maya, reste avec moi.Je m'agenouille devant elle. Je prends son visage entre mes mains. Sa peau est glacée. Glacée, alors qu'on a marché toute la journée. Mauvais signe. Très mauvais signe. Le corps qui n'arrive plus à se réchauffer, c'est le dé
Kaï La cabane est là, au fond des bois. Je la vois émerger entre les arbres comme un fantôme, grise et silencieuse dans la lumière déclinante du jour. Une vieille bâtisse de rondins, à moitié mangée par la mousse et le lierre, avec un toit de tôle rouillée qui grince au moindre souffle de vent. Les fenêtres sont des trous noirs, vides, qui regardent la forêt comme des yeux morts. La cheminée de pierre s'effrite, vaincue par des décennies de gel et de dégel. Personne ne vient jamais ici. Personne ne sait que cet endroit existe. C'est pour ça que je l'ai choisie, il y a des années, quand j'ai commencé à préparer des planques de secours un peu partout dans cette région que je connais par cœur. Maya est derrière moi. Je l'entends buter contre une racine, retenir un cri. Je me retourne. Elle avance péniblement, les pieds ensanglantés par des heures de marche, le visage creusé par la fatigue et la faim. Ses cheveux sont collés par la sueur et la crasse, ses vêtements sont déchirés par l
Je hoche la tête. Il a raison. Bien sûr qu'il a raison. Mais ça ne rend pas les choses plus faciles.Maya nous rejoint. Elle est équipée elle aussi, mais pas d'arme. Elle portera le matériel médical, les pansements, tout ce qu'il faut pour soigner Alexei si on le récupère vivant. Elle est pâle, tendue, mais déterminée.— On y va ? demande-t-elle.— On y va, dit Kaï.On monte dans le vieux 4x4 que Viktor nous a prêté. Kaï conduit. Maya est à côté de lui. Moi, je suis à l'arrière, avec les armes.
LeoLa voiture s'arrête.J'ouvre les yeux. Je ne sais pas depuis combien de temps on roule. Les cahots du chemin de terre m'ont secoué, réveillant la douleur dans mon flanc. Mais je n'ai rien dit. Je ne me suis pas plaint. Je ne me plains jamais.Anastasie se tourne vers moi depuis le siège conducteur.— On est arrivés, dit-elle. Le village est juste derrière cette colline. Mes contacts nous attendent.— Bien.— Tu tiens le coup ?
Un silence. Lourd de tout ce qu'on ne dit pas.— Dmitri, je finis par dire. Il va revenir ?— Il a promis.— Je sais. Mais je lui ai dit que je voulais pas de promesses. Je voulais des actes.— Il reviendra. Pour toi.Je ferme les yeux. Je revois son visage à travers la vitre de la voiture. Ses yeux rouges, sa mâchoire serrée. Sa main qui n'a pas lâché la mienne jusqu'à la dernière seconde."Ramène-la. Et ramène-toi."Je lui ai dit ça. Je lui ai donné un ordre, comme je le fais toujours. Parce que c'est plus facile que de dire les vrais mots.Mais lui, il a compris. Il a toujours compris.— Je l'aime, je murmure.Je ne sais pas pourquoi je dis ça à Anastasie. Peut-être parce que j'ai besoin de le dire à quelqu'un. Peut-être parce qu'elle est la seule qui puisse com
KaïLa planque est là.Je la reconnais tout de suite. La vieille ferme abandonnée, au bout d'un chemin de terre que plus personne n'emprunte. Les murs de pierre sont couverts de lierre, le toit de tuiles est à moitié effondré, mais la grange, derrière, est intacte. C'est là qu'ils sont. C'est là qu'ils ont toujours été.Je fais signe à Maya et Dmitri de s'arrêter. Je m'avance seul, les mains en évidence, loin de mes armes. C'est le protocole. Si je débarque en force, ils tireront d'abord et poseront les questions après.La porte de la grange s'ouvre. Un homme en sort. Grand, massif, une barbe de plusieurs jours, un fusil à pompe à la main. Il me regarde s'approcher sans bouger.Puis il sourit.— Kaï, dit-il. Putain, Kaï. T'es vivant.— Pour l'instant, oui.I
KaïLe Conclave.Le mot tombe entre nous comme une pierre dans une eau morte.— Je n'ai pas d'expérience avec eux.— Vous existez. Pour certains, cela suffit.Il sort un téléphone de sa poche. Pose un dossier sur le capot d'une voiture garée là.— Vous avez quarante-huit heures pour quitter le pays
MayaL'aube est grise à travers les rideaux élimés du motel.Je n'ai pas dormi.Kaï dort, ou fait semblant. Son visage, débarrassé du sang séché, révèle la carte des dégâts : la balafre récente sur la pommette, les ecchymoses qui fleurissent sous sa mâchoire, la pâleur cireuse de quelqu'un qui a tr
KaïJe dépose Leo sur la banquette arrière. Ses paupières frémissent. Il revient lentement d'un pays que je ne connais pas. Un filet de sang coule de son cuir chevelu.— Anastasie, au volant.Elle ne discute pas. Elle s'installe, ajuste le siège, démarre. Le moteur gronde, puissant.— Maya, monte.
AnastasieIls ont cessé de parler.Le blessé geint derrière le fauteuil, sa jambe en charpie. Le second est silencieux. Peut-être mort. Le troisième, le meneur, ne bouge pas. Je l'entends à peine respirer. Il attend.Moi aussi.Les flammes dans le poêle ont réduit les derniers dossiers en cendres g







