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CHAPITRE 6 – Frôlement accidentel

Penulis: L'encre
last update Tanggal publikasi: 2026-05-04 18:46:33

Pathétique.

Elle soupira, baissa les yeux sur ses chaussures – des ballerines, aujourd’hui, qui au moins ne lui faisaient pas mal aux pieds – et se remit en marche. Il fallait rentrer. Manger ces croissants. Boire un café. Oublier ce moment de folie.

Elle tourna au coin de la rue, tête basse, absorbée par ses pensées.

Et c’est là que ça arriva.

Le choc fut si soudain qu’elle ne comprit pas tout de suite ce qui se passait. Un obstacle solide contre son épaule gauche, un froissement de tissu, une exclamation étouffée. Le sachet de croissants lui échappa des mains, et elle le rattrapa par réflexe, d’un geste maladroit qui faillit lui faire perdre l’équilibre. Quelqu’un l’avait heurtée, ou elle avait heurté quelqu’un, le trottoir était étroit, elle n’avait pas regardé où elle allait, évidemment, quelle idiote.

Elle releva la tête, les excuses déjà sur les lèvres.

Et le monde s’arrêta.

C’était lui.

Lui. À trente centimètres d’elle. Assez près pour voir les paillettes dorées dans ses iris, qu’elle avait imaginées noires ou marron foncé et qui étaient en réalité d’un brun chaud, tacheté de miel, comme un café où on aurait laissé fondre un caramel. Assez près pour sentir son parfum – quelque chose de boisé, de fumé, avec une note fraîche de savon en dessous –, cette odeur qu’elle avait essayé d’imaginer toute la semaine et qui était mille fois mieux que tout ce qu’elle avait pu inventer. Assez près pour voir le duvet sur sa mâchoire, la petite cicatrice sur son front, juste au-dessus du sourcil droit, la texture légèrement gercée de sa lèvre inférieure.

Assez près pour que son corps tout entier prenne feu.

Le choc avait été minime, à peine un frôlement. Leurs avant-bras s’étaient touchés, rien de plus. Mais la sensation était si intense, si électrique, qu’elle en eut le souffle coupé. C’était comme si une décharge de foudre miniature avait parcouru sa peau à l’endroit exact du contact, irradiant dans tout son bras, remontant vers son épaule, se diffusant dans sa poitrine. Ses terminaisons nerveuses s’étaient soudain toutes allumées en même temps, comme un sapin de Noël dont on branche la prise.

Elle retira son bras comme s’il l’avait brûlée.

Lui aussi avait fait un mouvement de recul. L’espace d’une seconde, elle vit quelque chose traverser son regard. Une surprise, d’abord – il ne s’attendait pas à la rencontrer ici, c’était évident –, puis une reconnaissance. Et sous la reconnaissance, fugace mais indéniable, une lueur de plaisir.

Il l’avait reconnue. Il se souvenait d’elle. De la plante verte. Du vin blanc tiède. Du regard volé.

– Pardon, dit-il.

Sa voix. Elle ne l’avait jamais entendue avant cette minute, et pourtant elle sut immédiatement qu’elle ne pourrait plus jamais l’oublier. Une voix grave, un peu rauque, comme s’il venait de se réveiller, ou comme s’il avait trop parlé la veille au soir. Une voix qui roulait sur les syllabes avec une lenteur presque paresseuse, qui s’attardait sur les consonnes comme si chaque mot méritait qu’on lui accorde du temps.

– C’est ma faute, ajouta-t-il. Je ne regardais pas devant moi.

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