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CHAPITRE 7 – Frôlement accidentel (4)

Author: L'encre
last update publish date: 2026-05-04 18:47:15

Elle voulut répondre. Vraiment. Elle ouvrit la bouche, consciente qu’il fallait dire quelque chose, n’importe quoi, un mot poli, une excuse réciproque, une plaisanterie légère pour désamorcer la tension. Mais aucun son ne sortit. Sa gorge était nouée, sa langue collée au palais, et tout ce qu’elle parvint à faire, ce fut un petit bruit étranglé, une espèce de soupir qui pouvait passer pour une approbation.

Il pencha légèrement la tête, et ce sourire – ce foutu sourire qui ne payait pas de mine mais qui lui retournait l’estomac – apparut au coin de ses lèvres.

– Tout va bien ?

Elle hocha la tête. Trop vite. Trop fort. Comme une marionnette dont on aurait tiré les fils d’un coup sec.

Ses yeux à lui descendirent vers le sachet qu’elle tenait contre sa poitrine, comme un bouclier de papier kraft.

– Vous les avez sauvés, remarqua-t-il.

Elle baissa les yeux sur ses croissants, puis les releva vers lui, et quelque chose dans cette remarque anodine – ce constat absurde, cette attention portée au détail le plus insignifiant – déverrouilla sa paralysie.

– Ils ne méritaient pas de finir sur le trottoir, répondit-elle.

Sa voix était revenue. Un peu trop haut perchée, un peu trop essoufflée, mais c’était une voix, c’étaient des mots, c’était une phrase qui tenait debout. Elle en ressentit une fierté démesurée.

Il rit.

Un rire bref, un éclat sourd qui partit du fond de sa gorge et qui mourut presque aussitôt, comme s’il se retenait. Mais l’écho de ce rire vibra dans l’air entre eux, et elle le sentit physiquement, une onde qui traversait l’espace minuscule séparant leurs deux corps pour venir se loger quelque part sous ses côtes.

– C’est vrai, dit-il. Ils ont l’air délicieux.

Un silence. Pas un silence gêné, non. Un silence dense, chargé, de ceux qui contiennent plus de mots que tous les dialogues du monde. Elle se rendit compte qu’elle n’avait toujours pas bougé, toujours pas reculé, toujours pas rétabli la distance de sécurité qu’on observe normalement entre deux inconnus. Il était là, à trente centimètres, et elle ne bougeait pas. Et lui non plus.

Elle sentait la chaleur de son corps. Ce n’était pas une métaphore. Il émanait de lui une chaleur palpable, une présence physique qui dépassait les limites de sa peau, et cette chaleur l’enveloppait comme une couverture trop lourde, trop chaude, mais qu’on n’a pas envie de repousser.

L’endroit où leurs bras s’étaient touchés la brûlait encore.

– On s’est déjà vus, dit-il soudain.

Ce n’était pas une question. C’était une affirmation, posée calmement, comme un fait indiscutable. Il savait. Bien sûr qu’il savait.

– Le cocktail, répondit-elle. La semaine dernière. Vous étiez près du bar.

– Et vous près de la plante.

Elle rougit. Il l’avait donc vraiment vue. Pas juste aperçue, pas juste enregistrée comme un élément du décor. Il se souvenait de la plante. De sa plante. De son refuge de verdure.

– Elle était très belle, cette plante, ajouta-t-il avec une ironie si légère qu’elle faillit ne pas la percevoir.

– Je n’ai pas trouvé mieux pour me cacher.

Les mots lui avaient échappé. Un aveu involontaire, une vérité trop honnête qu’elle aurait dû garder pour elle. Elle se mordit la lèvre inférieure, regrettant déjà sa franchise.

Il arqua un sourcil.

– Vous aviez besoin de vous cacher ?

– Les cocktails d’entreprise, ce n’est pas vraiment mon élément.

– Ni le mien.

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