LOGINDiegoJe ne sais pas combien de temps je suis resté dans le couloir, adossé contre le mur, les mains tremblantes, la tête vide. Les minutes ont passé, les heures peut-être. Je ne sais plus. Je ne sais plus rien. Il n'y a que cette image, cette main qui frappe, ce visage qui bascule, ces yeux qui me regardent sans me voir.La gifle résonne encore dans ma main. Le bruit de la peau contre la peau, la sensation de sa joue sous mes doigts, le mouvement de sa tête qui bascule sur le côté. Je l'ai frappée. J'ai frappé Valentina. J'ai fait ce que j'avais juré de ne jamais faire. J'ai été lui. J'ai été mon père. J'ai été le monstre.Je rentre dans la chambre. Mes pas sont lourds, traînants, comme si mes jambes ne voulaient pas m'emmener là où je dois aller. La porte s'ouvre sans bruit, se referme sans bruit. Le
ValentinaIl s'avance vers moi. Ses yeux sont fous, ses mains sont des poings, son souffle est chaud et rapide. Il est comme un volcan sur le point d'exploser, comme une bête qui va mordre, comme un homme qui va frapper.Je ne recule pas. Je ne reculerai pas. Pas cette fois. Plus jamais.— Tu veux me contrôler, dit-il. Comme elle. Tu veux que je ne voie que toi, que je ne pense qu'à toi, que je ne vive que pour toi.— Je veux que tu vives, Diego. Pour toi. Pas pour elle. Pas pour moi. Pour toi.— Je vis pour toi. Je me bats pour toi. Je me détruis pour toi.— Alors arrête de te détruire. Arrête de la laisser gagner. Arrête de faire d'elle notre priorité.— Elle est notre priorité. Tant qu'elle sera vivante, elle sera un danger. Tant qu'elle sera libre, elle nous poursuivra. Tant qu'elle...— Elle n'est pas libre. E
ValentinaDans le couloir, je m'arrête, adossée contre le mur. Mes jambes ne me portent plus. Mes mains glissent sur le dossier, le laissent tomber par terre. Les photos s'éparpillent, les notes se dispersent, les preuves s'étalent sur le sol comme des cadavres, comme des souvenirs, comme des promesses non tenues.Il m'a comparée à Chiara. Il m'a traitée de paranoïaque. Il a choisi sa rage plutôt que ma vérité.Je pleure. Silencieusement, les dents serrées, les poings crispés. Les larmes coulent sur mes joues, tombent sur mes mains, se perdent dans les plis de mes vêtements. Je pleure pour lui, pour moi, pour nous. Je pleure pour tout ce qu'on aurait pu être et qu'on ne sera jamais.— Tu es comme elle, Valentina. Exactement comme elle.Les mots résonnent dans ma tête, encore et encore, comme un écho, comme une m
ValentinaIl prend le dossier, l'ouvre. Ses yeux parcourent les photos, les notes, les relevés. Je le regarde, j'attends. Je sais ce qu'il va dire. Je connais les mots avant même qu'il ne les prononce. Je les ai entendus tant de fois, dans tant de bouches, dans tant de circonstances.— Tu me prends pour un imbécile ?— Non. Je te prends pour un homme aveuglé par sa vengeance.— Ces notes, ces photos, ces relevés... ça ne prouve rien. Ce sont des détails. Des coïncidences. Des...— Des preuves, Diego. Des preuves que quelqu'un prépare quelque chose. Des preuves que tes hommes ne sont plus fiables. Des preuves que Chiara est en train de gagner.— Chiara est enfermée.— Chiara est en train de tisser sa toile. Et toi, tu es trop occupé à la regarder pour voir les fils qui s'étendent autour de toi.
ValentinaSa voix a changé. Elle est plus douce, plus calme, plus dangereuse. C'est la voix qu'il utilise quand il veut me calmer, quand il veut me contrôler, quand il veut me faire taire.Je m'assieds en face de lui. Mes mains sont posées sur la table, à quelques centimètres des siennes. Je pourrais les toucher. Je pourrais les prendre. Mais je ne le fais pas.— Je sais que tu as peur, dit-il.— Je n'ai pas peur.— Si. Tu as peur qu'elle s'échappe. Tu as peur qu'elle revienne. Tu as peur qu'elle nous détruise.— Et toi, tu n'as pas peur ?— Non. Parce que je la contrôle. Parce que je sais où elle est. Parce que je sais ce qu'elle fait.— Tu ne contrôles rien, Diego. Tu crois la contrôler, mais c'est elle qui te contrôle. Depuis le début. Depuis toujours.— Valentina...&mda
ValentinaLa lumière du matin est grise, hésitante, comme si le jour lui-même n'osait pas s'imposer. Je suis debout devant la fenêtre de la cuisine depuis une heure, peut-être deux. Ma tasse de café est froide depuis longtemps, mais je la serre encore entre mes mains, comme une ancre, comme une bouée, comme un prétexte pour rester là, à observer, à attendre.La cour s'étend devant moi, grise et humide sous le ciel bas. Les gardes changent de poste dans une chorégraphie que j'ai apprise par cœur. Les mouvements, les regards, les silences. Je connais tout ça. Je connais chaque visage, chaque nom, chaque habitude.C'est pour ça que je l'ai vu.Un garde que je ne connais pas.Il est jeune, trop jeune pour être là, trop nerveux pour être à l'aise. Sa main gauche ne quitte pas sa ceinture, là où
ValentinaLa lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux épais, dessinant des barreaux de poussière sur le drap froissé. Mon corps est un champ de bataille que je reconnais à peine chaque muscle hurle, chaque centimètre de peau porte la mémoire de ses doigts, de sa bouche, de sa fureur. L
ChiaraDans l'intimité feutrée de mon appartement en ville, bureau aux murs tapissés de velours bordeaux, je surveille l'échiquier via flux caméras piratés sur mon laptop sécurisé , Rosa est une mine d'or à 500 euros le rapport. Valentina est à la galerie Lucien : parfait, l'appât avale l'hameçon s
ValentinaLe taxi me dépose à deux rues de la galerie, comme convenu avec Rosa , discrétion absolue. Mes jambes flageolent sur le pavé irrégulier de la ruelle ombragée, où les façades ocre du quartier des antiquaires se dressent comme des sentinelles fatiguées. L'adresse de Chiara, griffonnée à la
ChiaraJe la pilonne sans merci, sans répit, la sueur dégoulinant de mon front sur son dos, nos corps claquant l'un contre l'autre en un rythme obscène qui emplit la chambre. L'élixir prolonge tout, décuple tout , je bande indéfiniment, dur comme du granit, sensible à l'extrême, chaque frottement,







