LOGINElle ne bouge pas. Ses yeux sont fixés sur le plafond, ses lèvres sont fermées, ses mains sont toujours ouvertes sur les draps. Elle est ailleurs. Elle a quitté son corps. Elle est partie sans partir.— Regarde-moi, dis-je.— Je te regarde.— Qu'est-ce que tu vois ?— Un homme qui se noie.— Et quoi d'autre ?— Un homme que j'ai aimé.— Aimé ? Tu ne m'aimes plus ?— Je ne sais pas. Je ne sais plus.Ses mots sont des lames. Elles coupent, tranchent, blessent. Je bouge en elle, plus vite, plus fort, plus profond. Je cherche son regard, un signe, une réaction. Il n'y a rien. Rien que ce vide, cette absence, cette mort.— Dis-moi que tu m'aimes, dis-je.— Je ne peux pas.— Dis-le.— Non.— JE T'AI DIT DE LE DIRE.— Non.Ma main serr
DiegoJe ne sais pas combien de temps je suis resté dans le couloir, adossé contre le mur, les mains tremblantes, la tête vide. Les minutes ont passé, les heures peut-être. Je ne sais plus. Je ne sais plus rien. Il n'y a que cette image, cette main qui frappe, ce visage qui bascule, ces yeux qui me regardent sans me voir.La gifle résonne encore dans ma main. Le bruit de la peau contre la peau, la sensation de sa joue sous mes doigts, le mouvement de sa tête qui bascule sur le côté. Je l'ai frappée. J'ai frappé Valentina. J'ai fait ce que j'avais juré de ne jamais faire. J'ai été lui. J'ai été mon père. J'ai été le monstre.Je rentre dans la chambre. Mes pas sont lourds, traînants, comme si mes jambes ne voulaient pas m'emmener là où je dois aller. La porte s'ouvre sans bruit, se referme sans bruit. Le
ValentinaIl s'avance vers moi. Ses yeux sont fous, ses mains sont des poings, son souffle est chaud et rapide. Il est comme un volcan sur le point d'exploser, comme une bête qui va mordre, comme un homme qui va frapper.Je ne recule pas. Je ne reculerai pas. Pas cette fois. Plus jamais.— Tu veux me contrôler, dit-il. Comme elle. Tu veux que je ne voie que toi, que je ne pense qu'à toi, que je ne vive que pour toi.— Je veux que tu vives, Diego. Pour toi. Pas pour elle. Pas pour moi. Pour toi.— Je vis pour toi. Je me bats pour toi. Je me détruis pour toi.— Alors arrête de te détruire. Arrête de la laisser gagner. Arrête de faire d'elle notre priorité.— Elle est notre priorité. Tant qu'elle sera vivante, elle sera un danger. Tant qu'elle sera libre, elle nous poursuivra. Tant qu'elle...— Elle n'est pas libre. E
ValentinaDans le couloir, je m'arrête, adossée contre le mur. Mes jambes ne me portent plus. Mes mains glissent sur le dossier, le laissent tomber par terre. Les photos s'éparpillent, les notes se dispersent, les preuves s'étalent sur le sol comme des cadavres, comme des souvenirs, comme des promesses non tenues.Il m'a comparée à Chiara. Il m'a traitée de paranoïaque. Il a choisi sa rage plutôt que ma vérité.Je pleure. Silencieusement, les dents serrées, les poings crispés. Les larmes coulent sur mes joues, tombent sur mes mains, se perdent dans les plis de mes vêtements. Je pleure pour lui, pour moi, pour nous. Je pleure pour tout ce qu'on aurait pu être et qu'on ne sera jamais.— Tu es comme elle, Valentina. Exactement comme elle.Les mots résonnent dans ma tête, encore et encore, comme un écho, comme une m
ValentinaIl prend le dossier, l'ouvre. Ses yeux parcourent les photos, les notes, les relevés. Je le regarde, j'attends. Je sais ce qu'il va dire. Je connais les mots avant même qu'il ne les prononce. Je les ai entendus tant de fois, dans tant de bouches, dans tant de circonstances.— Tu me prends pour un imbécile ?— Non. Je te prends pour un homme aveuglé par sa vengeance.— Ces notes, ces photos, ces relevés... ça ne prouve rien. Ce sont des détails. Des coïncidences. Des...— Des preuves, Diego. Des preuves que quelqu'un prépare quelque chose. Des preuves que tes hommes ne sont plus fiables. Des preuves que Chiara est en train de gagner.— Chiara est enfermée.— Chiara est en train de tisser sa toile. Et toi, tu es trop occupé à la regarder pour voir les fils qui s'étendent autour de toi.
ValentinaSa voix a changé. Elle est plus douce, plus calme, plus dangereuse. C'est la voix qu'il utilise quand il veut me calmer, quand il veut me contrôler, quand il veut me faire taire.Je m'assieds en face de lui. Mes mains sont posées sur la table, à quelques centimètres des siennes. Je pourrais les toucher. Je pourrais les prendre. Mais je ne le fais pas.— Je sais que tu as peur, dit-il.— Je n'ai pas peur.— Si. Tu as peur qu'elle s'échappe. Tu as peur qu'elle revienne. Tu as peur qu'elle nous détruise.— Et toi, tu n'as pas peur ?— Non. Parce que je la contrôle. Parce que je sais où elle est. Parce que je sais ce qu'elle fait.— Tu ne contrôles rien, Diego. Tu crois la contrôler, mais c'est elle qui te contrôle. Depuis le début. Depuis toujours.— Valentina...&mda
ChiaraJe raccroche et reporte mon attention sur la planche la plus importante : la robe. Le croquis de la créatrice, une Italienne discrète et géniale que j’ai débauchée de la maison d’un couturier français, est épingle au centre du mur. C’est une vision. Une silhouette colonne, d’une pureté byzan
ChiaraLe papier velin est lisse et lourd sous mes doigts, presque vivant. Je le caresse du bout de l’index, là où l’encre noire, élégante et ferme, a tracé les mots les plus importants de ma vie : « Diego Lorenzo Maria Valente et Chiara Isabella Agnello s’uniront par les liens du mariage… »Je rel
ValentinaLa conscience revient par vagues lourdes et douloureuses.D’abord, une sensation diffuse : une chaleur qui me confine, un poids autour de ma taille. Puis, les sensations spécifiques. Une brûlure sourde, profonde, qui enveloppe le bas de mon corps. Une raideur dans les muscles des bras, de
DiegoLe trajet est une tombe roulante. Elle se tient raide contre la portière, à l’autre bout de la banquette en cuir, comme si l’espace entre nous était un fossé électrifié. Le tablier, froissé et taché, gît entre nous, insigne de sa trahison. Elle regarde la ville sans la voir, la mâchoire serré







