LOGINUn de moins.
Je rentre dans ma planque, je m'assieds sur le matelas, j'ouvre mon carnet. La page de Carlos Mendez est là, couverte de notes, d'observations, de détails. Je la regarde longtemps, puis je la déchire, je la brûle à la flamme d'une bougie.
Les cendres tombent sur le sol, légères, insignifiantes.
Je tourne la page suivante. Miguel Alvarez, lieutenant d'Humberto, responsable des opérations de c
Un de moins.Je rentre dans ma planque, je m'assieds sur le matelas, j'ouvre mon carnet. La page de Carlos Mendez est là, couverte de notes, d'observations, de détails. Je la regarde longtemps, puis je la déchire, je la brûle à la flamme d'une bougie.Les cendres tombent sur le sol, légères, insignifiantes.Je tourne la page suivante. Miguel Alvarez, lieutenant d'Humberto, responsable des opérations de contrebande. Cinquante-trois ans, veuf, sans enfants. Il vit seul dans une grande maison à Coyoacán, entouré de gardes et de caméras de surveillance. Il ne sort presque jamais, sauf le dimanche matin, pour aller à la messe.Dimanche. C'est dans trois jours.Je referme le carnet, je le glisse sous le matelas. Je m'allonge, je ferme les yeux.Valentina apparaît immédiatement derrière mes paupières. Pas en larmes, pas
Et si elle refuse, si elle me repousse, si elle a refait sa vie sans moi...Alors je mourrai. Mais je mourrai en sachant que j'ai essayé. Que j'ai tout donné. Que je suis allé jusqu'au bout de ce que je suis.Je prends la bouteille de mezcal, je la vide d'un trait. L'alcool brûle, ravage, anéantit. Je la jette contre le mur, elle se brise en mille morceaux.Je me lève. Je prends mon couteau, je le glisse dans ma ceinture. Je sors de la pièce, je descends l'escalier crasseux, je sors dans la rue.La ville m'accueille avec son bruit, sa fureur, son indifférence. Les passants ne me regardent pas. Je ne suis plus personne. Un homme ordinaire, dans des vêtements ordinaires, avec un visage ordinaire.Mais à l'intérieur, je suis un brasier. Un incendie qui ne demande qu'à se propager, à tout dévorer sur son passage.Je marche vers Tepito, v
DiegoLa pièce est petite, crasseuse, misérable.Un matelas posé à même le sol, une table bancale, une chaise boiteuse. Les murs sont couverts de moisissures, le plafond suinte d'humidité, l'air sent le renfermé et la défaite. La fenêtre donne sur une cour intérieure où s'entassent des poubelles que personne ne vient jamais vider.C'est tout ce qui me reste.Je suis assis sur le matelas, le dos contre le mur froid, une bouteille de mezcal à la main. L'alcool est mauvais, râpeux, il brûle la gorge et l'estomac. Mais c'est tout ce que j'ai trouvé. C'est tout ce que je mérite.La bouteille est presque vide. Je la regarde, je regarde le peu de liquide ambré qui reste au fond. Je devrais la finir, m'abrutir complètement, sombrer dans l'inconscience. Mais je ne le fais pas. Je la pose à côté du matela
ValentinaLa nuit est tombée depuis longtemps. Le village dort, la mer respire au loin, la lune éclaire faiblement les murs blanchis à la chaux. Je suis allongée sur mon lit, les yeux ouverts dans le noir, le corps tendu, l'esprit en ébullition.Mateo m'a souri aujourd'hui. Son sourire simple, sans mystère, qui ne promet rien d'autre que ce qu'il est. Ses yeux clairs qui me regardent comme on regarde un être humain, pas une proie, pas une possession, pas une chose.J'ai souri en retour. Un vrai sourire, qui venait du fond de moi, qui traversait les couches de douleur et de tristesse. Je me suis sentie vivante, légère, presque heureuse.Et maintenant, dans le noir de ma chambre, je brûle.Pas pour Mateo. Pas pour ses yeux clairs, ses mains calleuses, sa gentillesse tranquille. Pour un autre. Pour celui qui ne me laisse jamais, qui me hante, qui me possède encore malgré les kilomètres et les mois et les résolutions.Diego.Son nom est un feu dans ma poitrine, une brûlure qui ne s'éteint
Il retire sa main, retourne à sa barre, redémarre le moteur. Le bateau reprend sa course, fendant les vagues avec une obstination tranquille.Je reste assise à l'avant, le visage tourné vers le soleil, les yeux pleins de larmes que je ne retiens plus. Elles coulent sur mes joues, salées comme la mer, chaudes comme le matin.Mais cette fois, ce ne sont pas des larmes de tristesse. Ou peut-être que si. Peut-être que c'est un mélange de tout : la tristesse de ce que j'ai perdu, la peur de ce qui m'attend, la gratitude pour cet homme simple qui me montre le chemin.Et le soulagement. L'immense soulagement de découvrir que je suis encore capable de sourire. Que je suis encore vivante. Que tout n'est pas mort en moi.La journée passe, douce, paisible. Mateo me montre comment relever les filets, comment trier les poissons, comment lire les signes du temps. Je suis maladroite, ignorante, mais il ne se moque pas. Il explique, il répète, il encourage.— Tu apprends vite, Valentina. Tu as des ma
ValentinaLe bateau de Mateo est petit, usé, rafistolé de partout. La peinture bleue s'écaille sur la coque, le bois du pont est grisâtre, marqué par des années de sel et de soleil. Mais il flotte. Il fend les vagues avec une obstination tranquille, comme son propriétaire.— Accroche-toi, Valentina. Le vent se lève.Sa voix est portée par la brise marine, joyeuse, presque enfantine. Mateo est un autre homme sur son bateau. Plus jeune, plus libre, plus vivant. Ses mains calleuses manient les cordages avec une dextérité née de décennies de pratique, ses yeux clairs scrutent l'horizon, lisent les nuages, anticipent les courants.Je suis assise à l'avant, les genoux contre la poitrine, le visage offert au vent. L'air salé emplit mes poumons, chasse les toiles d'araignée qui s'accumulent dans ma tête depuis des mois. La mer est immense autour de nous, infinie, éternelle.— Regarde !Mateo tend le bras vers l'horizon. Le soleil commence à peine à émerger de l'eau, boule de feu orangée qui e
DiegoL'aube teinte les vitres d'un gris laiteux. Dans le lit, Valentina dort enfin. D'un sommeil agité, profond, épuisé. Son dos est tourné vers moi, une courbe pâle et fragile sous les draps de soie noire. Je vois la ligne de sa colonne vertébrale, les omoplates saillantes comme des ailes brisées
ValentinaLa bataille intérieure est un ouragan. La honte. La peur. Une colère sourde qui ne trouve pas d'issue. Et cette terrible, terrible résignation. C'est plus fort que moi. Mes muscles, sous la pression de ses mains et la force de sa volonté, cèdent. Mes jambes s'écartent.Il retire ma culott
ChiaraLe papier velin est lisse et lourd sous mes doigts, presque vivant. Je le caresse du bout de l’index, là où l’encre noire, élégante et ferme, a tracé les mots les plus importants de ma vie : « Diego Lorenzo Maria Valente et Chiara Isabella Agnello s’uniront par les liens du mariage… »Je rel
Valentina Le service est une épreuve. Chaque fois que la porte s’ouvre, mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Chaque silhouette masculine dans la pénombre prend un instant ses traits. La tension monte en moi, un ressort qui se serre à se briser. Je suis à la fois terrifiée à l’idée de le voir, e







