Beranda / Mafia / SÉDUIS-MOI SI TU OSES / Chapitre 4 : L'Aimant 1

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Chapitre 4 : L'Aimant 1

Penulis: Déesse
last update Terakhir Diperbarui: 2025-12-04 05:08:32

Valentina

Son regard revient à moi. Il balaie mon visage, y lit ma terreur absolue, ma révulsion physique, la nausée qui me tord les entrailles, la trahison de mon propre corps qui tremble sans contrôle. Et dans ses yeux à lui, je ne vois ni remords, ni excitation sadique, ni même de la satisfaction. Rien. Un vide profond, poli comme un miroir noir. Et au fond de ce vide, une lueur minuscule, une curiosité morbide, comme s’il observait l’effet de son poison sur un animal rare.

Il se lève alors, lentement, déployant toute sa hauteur, dominant l’espace autour de lui, l’aspirant. Il jette une liasse de billets sur la table, bien plus que le prix de la bouteille. Assez pour payer le nettoyage, le silence, et l’âme de tous les témoins. Il s’approche de moi. Mes pieds sont scellés au sol, mon corps refuse d’obéir. Je suis clouée, pétrifiée par ce regard qui revient vers moi, m’engloutissant.

Il s’arrête si près que je peux à nouveau sentir son odeur, cette fois mêlée indélébilement à l’effluve cuivré, sucré, du sang frais. Le contraste est atroce. Il se penche, ses lèvres à quelques millimètres de mon oreille. Son souffle est chaud, sa voix un murmure intime qui semble vibrer dans mes os, me transpercer.

— Tu vois ce que je suis, Valentina. Tu vois l’abîme dont je te parlais. Là où la noirceur n’est pas un accident, mais une demeure.

Il se redresse, ses yeux noirs plongeant dans les miens, cherchant au-delà de la peur, cherchant cette étincelle dont il a parlé. Son expression est un défi, un mépris, et quelque chose d’autre, de bien plus dangereux : un appétit.

— Maintenant, si cette lumière que tu prétends avoir enterrée est réelle… si tu crois pouvoir l’approcher sans qu’elle ne soit avalée par l’ombre…

Il esquisse un sourire, le premier vrai de la soirée, un rictus d’une beauté cruelle et magnétique qui vous promet à la fois le paradis et l’anéantissement.

— Séduis-moi, si tu l’oses.

Et sur ces mots, il tourne les talons. Il traverse la cantina, indifférent aux regards baissés, aux respirations retenues, et disparaît dans la nuit de Mexico, laissant derrière lui le silence de mort, l’odeur métallique du sang qui commence à tourner, et un défi impossible qui, je le sens déjà au fond de mes entrailles frigorifiées, a cessé d’être une simple phrase. Il est devenu un aimant. Une malédiction. Et le début de tout.

Trois jours. Trois jours depuis que les mots « Séduis-moi, si tu l’oses » se sont incrustés dans ma chair comme une balle perdue, impossible à extraire. Trois jours où l’odeur de cuir, d’acier et de sang ne quitte pas mes narines, même sous la douche brûlante. Trois nuits blanches, les yeux grands ouverts dans le noir de ma chambre miteuse, à revoir en boucle la bouteille s’abattre avec une élégance mortelle, et ce regard noir qui me cherchait au-delà de l’horreur.

Je suis devenue un fantôme à La Última Lágrima. Je sers les cervezas, je nettoie les tables, je souris vaguement aux plaisanteries lourdes des clients habituels. Mais je suis ailleurs. Dans cet abîme dont il a parlé. Et le pire, c’est que je m’y attarde. Je m’interroge sur cette frontière entre la lumière et l’ombre, je ressasse ses paroles comme on avale du poison à petites doses, pour en tester l’effet.

Don Rosendo me surveille d’un œil triste. Il ne me parle plus du « départ par la cuisine ». Il sait que quelque chose a changé. Que le crochet est planté. Il se contente de soupirer lourdement en passant la serpillière sur la tache marron, à peine estompée, sur le carrelage. Un mémorial discret.

Ce soir, l’air est électrique. Un orage menace au-dessus de Mexico, et la pression étouffe la ville. La cantina est à moitié vide, les clients préférant rester chez eux. Le silence relatif est pire que le bruit habituel. Il laisse trop d’espace à mes pensées.

Et puis, il revient.

Pas comme la première fois. Pas en invasion. En apparition. Je suis en train de compter la caisse derrière le comptoir, mes doigts tachés d’encre des billets usés, quand je lève les yeux. Il est là, déjà assis à sa table, comme s’il n’en était jamais parti. Comme si l’espace s’était modelé pour l’accueillir en permanence. Il ne me regarde pas. Il fixe la rue sombre par la vitre sale, un verre de tequila déjà devant lui, plein. Il l’a apporté avec lui, ou Don Rosendo, muet de terreur, le lui a déjà servi.

Mon cœur fait un bond désagréable dans ma poitrine, un mélange nauséeux de peur, de colère et de cette fascination maudite qui me rend honteuse. Je finis de ranger les billets, les mains tremblantes. Je prends une serviette, m’essuie les mains avec une vigueur inutile. Ignore-le. Sers les autres. Fais comme s’il n’était pas là.

Mais c’est impossible. Sa présence émet une fréquence qui brouille toutes les autres. Je sens son attention, même tournée vers la vitre. C’est un poids physique sur ma nuque.

Je sers deux hommes à une table, ma voix est un murmure mécanique. En revenant vers le comptoir, mon chemin passe à deux mètres de lui. Je fixe le sol, la trace de sang à peine visible. Je accélère le pas.

— Valentina.

Ma voix. Mon nom. Prononcé de cette même voix grave, sans intonation, qui pourtant porte à travers le murmure de la télévision et le cliquetis des dominos. Un ordre déguisé en constat.

Je m’arrête. Mes orteils se recroquevillent dans mes sandales usées. Je me retourne, lentement, m’efforçant de garder mon visage neutre, lisse. Un masque.

Il a tourné la tête vers moi. Son visage est dans la pénombre, éclairé seulement par la lueur bleutée du néon du bar qui accroche le tranchant de sa pommette, le bord de ses lèvres. Ses yeux sont deux taches d’encre impénétrables.

— Vous voulez autre chose ? Ma voix est froide, professionnelle. Celle de la serveuse. Pas celle de la fille qui a tremblé et frémi trois nuits durant.

Il fait tourner son verre entre ses doigts. La bague-serpent glisse une lueur argentée.

— Assieds-toi.

— Je travaille.

— Assieds-toi. Cette fois, ce n’est plus une suggestion. C’est doux, mais c’est un mur.

Je regarde autour de moi. Don Rosendo a disparu dans l’arrière-salle. Les deux autres clients font semblant de ne rien voir, absorbés par leurs verres

. Je suis seule. Complètement seule avec lui. De nouveau.

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