LOGINValentina
Un mélange de défi et de lassitude m’envahit. La peur est là, oui, mais elle est fatiguée. Épuisée par trois jours de veille. Je tire la chaise en face de lui, le bois racle le sol avec un bruit strident. Je m’assois, raide, les mains posées à plat sur mes cuisses pour qu’il ne voie pas qu’elles tremblent. Je le regarde enfin en face.
— Qu’est-ce que vous voulez ?
Il étudie mon visage, comme un cartographe étudie un territoire nouveau.
— Tu as mauvaise mine. Tu ne dors pas.
— Ça ne vous regarde pas.
— Tout ce qui brille dans l’obscurité me regarde, Valentina. Et tu brilles, même éteinte. C’est énervant.
Je serre les mâchoires.
— Écoutez, señor Diego. Je ne sais pas quel jeu vous jouez. Mais je ne suis pas intéressée. Pas par vos drames, pas par votre… monde. Je sers des bières, je rentre chez moi, un point c’est tout. Vous ne m’intéressez pas.
Les mots tombent dans un silence de glace. Je m’attends à de la colère. À de la menace. À ce froid terrible que j’ai vu dans ses yeux quand il a parlé à El Ratón.
Il sourit. Un vrai sourire, large, qui illumine son visage d’une beauté dévastatrice et mensongère. Il a l’air sincèrement amusé.
— Tu es une très mauvaise menteuse, ángel. C’est même touchant. Il prend une gorgée de tequila. Moi, tu m’intéresses. Beaucoup.
— Pourquoi ? Parce que j’ai eu peur ? Parce que je ne vous ai pas souri comme toutes les autres ?
— Non. Parce que tu as eu peur, oui, mais tu n’as pas fui. Parce que tu me regardes en ce moment avec de la haine et de la curiosité dans les yeux. Un mélange puissant. Il se penche en avant, posant ses coudes sur la table. La distance entre nous se réduit dangereusement. Je peux voir les stries d’or dans ses iris noirs, les minuscules cicatrices à la lèvre supérieure. Parce que quand je t’ai parlé de noirceur et de lumière, tes pupilles se sont dilatées. Pas de peur. De reconnaissance. Tu as vu ce dont je parlais. En toi. Autour de toi.
— Vous délirez.
— Je suis peut-être un monstre, Valentina, mais je ne suis pas fou. Je vois très clair. Et je te vois. Toi, qui rêves de peindre des cieux alors que ton propre horizon est un mur de briques crasseuses. Toi, qui parles de ne pas t’intéresser à moi, mais qui es restée assise. Qui n’as pas crié. Qui n’as pas appelé la police après l’autre soir et ne me dis pas que c’est par sagesse, on ne va pas chez le dentiste quand on a un loup dans sa cuisine.
Chaque mot est un marteau qui enfonce un clou de vérité. Je me sens mise à nu, anatomisée.
— Qu’est-ce que vous voulez ? je répète, ma voix plus faible.
— Je t’ai dit ce que je voulais. Je te l’ai lancé comme un défi. Maintenant, je te le dis comme une promesse. Sa voix baisse encore, devient confidentielle, presque intime. Je t’ai à l’œil, Valentina. Pas comme une proie. Pas encore. Comme un phénomène. Cette étincelle qui refuse de s’éteindre dans la boue… je me demande combien de temps elle va tenir. Si elle va s’éteindre dans un souffle, ou si elle va prendre feu et tout brûler autour d’elle. Y compris elle-même.
Un frisson que rien de froid n’explique me parcourt. Ce n’est pas de la peur. C’est de l’excitation. Une excitation sombre, interdite, qui monte des profondeurs de mon être et que je déteste instantanément.
— Vous ne pouvez pas me forcer à jouer à votre jeu.
— Je ne force jamais personne. J’expose les règles. Je montre l’enjeu. Et j’attends. Il recule, se renverse sur sa chaise, reprenant son air de prédateur détendu. La séduction, ángel, ce n’est pas que des fleurs et des mots doux. C’est un combat. C’est montrer à l’autre la part de nous-mêmes qu’il a le plus envie de posséder, ou de détruire. En ce moment, je te montre mon territoire. Tu peux y entrer, ou rester à la lisière à regarder. Mais sache que maintenant que je t’ai vue… la lisière n’est plus un endroit sûr.
Il termine son verre, se lève. Il pose un billet plié en deux sur la table. Ce n’est pas pour payer la boisson. C’est un message.
— La vie est trop longue pour être vécue dans la grisaille, Valentina. Tu vas finir par t’ennuyer de ta propre lumière.
Il tourne les talons et marche vers la sortie. Mais cette fois, il s’arrête devant la porte. Sans se retourner, il dit, assez fort pour que je l’entende par-dessus le bruit de la télévision :
— À propos, j’ai fait porter des fleurs à la fille d’El Ratón. Des lys blancs. Pour ses funérailles. La vie est pleine de ces contrastes, tu ne trouves pas ? La noirceur peut avoir des gestes de lumière. Et la lumière… Il tourne enfin la tête, un profil tranchant dans l’encadrement de la porte. La lumière peut avoir une soif d’ombre.
Et il disparaît.
Je reste assise, pétrifiée, longtemps après son départ. Le billet sur la table semble brûler à travers le bois. Je finis par me lever, par m’approcher. Je le déplie d’une main qui obéit à peine.
Ce n’est pas un billet. C’est une reproduction, sur papier épais, d’un tableau. « Nuit étoilée » de Van Gogh. Les tourbillons célestes, la violence des astres, le village paisible en contrebas. Au dos, écrit d’une écriture ferme et élégante à l’encre noire :
« Pour tes ciels immenses. Commence par les regarder. D. »
Je froisse le papier, la rage et une émotion indéfinissable m’étreignant la gorge. Je veux le jeter, le déchirer. Mais mes doigts refusent. Ils serrent le papier contre ma paume.
Il a raison. Je suis une mauvaise menteuse.
Et il a plus que jamais les yeux sur moi.
ValentinaLa lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux épais, dessinant des barreaux de poussière sur le drap froissé. Mon corps est un champ de bataille que je reconnais à peine chaque muscle hurle, chaque centimètre de peau porte la mémoire de ses doigts, de sa bouche, de sa fureur. La chaleur de Diego contre mon dos est un four brûlant, son bras pesant sur ma taille comme une chaîne, sa respiration lente caressant ma nuque. Je devrais me sentir comblée, vidée, assouvie après ce qu'il m'a fait subir sur le tapis de la bibliothèque. Au lieu de ça, je nage dans un océan de honte et de révolte.Ses doigts bougent dans leur sommeil, effleurant la courbe de mon ventre, et une décharge électrique me traverse. Mon sexe palpite encore, souvenir de ses coups de boutoir, de cette plénitude douloureuse quand il m'a déchirée. La cyprine a séché en plaques craquelées sur l'intérieur de mes cuisses, et son odeur tabac froid, sueur masculine, cette essence animale qui n'appartient qu'
ChiaraDans l'intimité feutrée de mon appartement en ville, bureau aux murs tapissés de velours bordeaux, je surveille l'échiquier via flux caméras piratés sur mon laptop sécurisé , Rosa est une mine d'or à 500 euros le rapport. Valentina est à la galerie Lucien : parfait, l'appât avale l'hameçon sans broncher, pinceau en main, couleurs vives jaillissant comme son âme captive. Diego enragé, fouillant la bibliothèque comme un taureau : prévisible, délicieux. La nuit dernière a ancré mon emprise physique , son sexe me déchirant, semence chaude marquant mon territoire intérieur ; maintenant, la jalousie rongera le reste. Il la traquera, la brisera dans une étreinte possessive, et boitera vers moi, sa constante inébranlable. Mais en rejouant les images HD de notre coït caméras cachées dans la suite, angles multiples capturant chaque spasme, chaque goutte de sang virginal , une chaleur liquide monte entre mes cuisses. Son corps massif me dominant, ongles labourant son dos musclé, mes cris
ValentinaLe taxi me dépose à deux rues de la galerie, comme convenu avec Rosa , discrétion absolue. Mes jambes flageolent sur le pavé irrégulier de la ruelle ombragée, où les façades ocre du quartier des antiquaires se dressent comme des sentinelles fatiguées. L'adresse de Chiara, griffonnée à la hâte sur un bout de papier jauni, bout dans ma poche comme un charbon ardent. Il est midi passé, le soleil de février filtre à travers un ciel voilé, projetant des ombres longues sur les vitrines embuées. Mon cœur martèle ma poitrine, un rythme effréné de liberté mêlée à la terreur : et si c'était un traquenard ? Chiara, avec son masque impénétrable de femme de glace, ses yeux qui percent l'âme comme des lames, m'aurait-elle tendu une perche empoisonnée ? Sortir de la maison-prison , feindre un malaise auprès des gardes, emprunter le passage secret du sous-sol que Rosa m'a révélé en chuchotant, escalader un mur bas dissimulé par les lauriers a été une odyssée de sueur et d'adrénaline. L'air
ChiaraJe la pilonne sans merci, sans répit, la sueur dégoulinant de mon front sur son dos, nos corps claquant l'un contre l'autre en un rythme obscène qui emplit la chambre. L'élixir prolonge tout, décuple tout , je bande indéfiniment, dur comme du granit, sensible à l'extrême, chaque frottement, chaque contact devenant une déflagration. Elle jouit encore, une troisième fois, en hurlant mon nom, et je sens un jet chaud asperger mes cuisses , elle a joui si fort qu'elle a giclé sur les draps, sur moi. Je la retourne, la fais monter sur moi : elle chevauche maintenant, s'empalant sur ma queue avec une fureur égale à la mienne, se transperçant elle-même, ses seins rebondissant follement à chaque mouvement. Ses mains sur mon torse, elle griffe, elle marque, elle laboure ma peau, chevauchant comme une amazone, comme une furie.— À toi... pour l'éternité... pour toujours...Son orgasme la terrasse en plein mouvement, elle s'effondre sur moi, secouée de spasmes interminables, secouée de hoq
Lorenzo Le nom de Valentina clignote dans mon esprit en sursaut , ses cuisses fines, son goût sucré quand je l'ai embrassée, la douceur de sa peau. Je lutte, secoue la tête comme pour chasser ces images, mais mon corps obéit à l'élixir, à ce feu liquide qui court dans mes veines et commande à mes muscles. Je lèche plus fort, plus profond, j'enfonce deux doigts en elle et je la sens étroite, résistante, incroyablement serrée, comme si personne avant moi... Vierge ? C'est impossible. Pas après vingt ans, j'ai cru qu'elle avait ses amants, ses consolations secrètes. Pourtant ses parois se contractent autour de mes phalanges, un étau de velours brûlant, et un flot de cyprine inonde ma main, coule le long de mon poignet. Son premier orgasme la secoue comme une tempête, elle convulse, arc-boutée, et un jet de sa jouissance asperge mon visage, coule sur mon menton , ce fluide acide, féminin, qui a le goût du péché.Je me redresse d'un mouvement, pantalon défait en un éclair, la ceinture qui
ChiaraMa voix est calme, posée, modulée comme je l'ai appris dans ces cours de diction que je prenais secrètement pour perfectionner mon maintien. Il hoche la tête, machinalement, et attrape le verre que le majordome vient de poser devant lui. Les gouttes ont disparu, fondues dans le liquide rubis comme des larmes dans l'océan. Parfait. Il boit une longue gorgée, puis une autre, le vin glissant dans sa gorge en un mouvement que je suis des yeux avec une attention presque hypnotique.— Les affaires, toujours, répond-il d'une voix rauque, fatiguée. Des mouvements suspects sur les comptes offshore, des transferts que je n'arrive pas à tracer. Et toi, Chiara ? Ce dîner impromptu, c'est pour quelle raison ? Une crise à gérer ? Un problème avec le personnel ?Sa voix est lasse, effectivement, mais je perçois déjà le premier frémissement annonciateur du changement : ses pupilles, imperceptiblement, se dilatent ; sa respiration, à peine, s'accélère d'un iota. L'élixir commence son œuvre sout







