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Chapitre 5 : L'Aimant 2

Author: Déesse
last update publish date: 2025-12-04 05:09:15

Valentina

Un mélange de défi et de lassitude m’envahit. La peur est là, oui, mais elle est fatiguée. Épuisée par trois jours de veille. Je tire la chaise en face de lui, le bois racle le sol avec un bruit strident. Je m’assois, raide, les mains posées à plat sur mes cuisses pour qu’il ne voie pas qu’elles tremblent. Je le regarde enfin en face.

— Qu’est-ce que vous voulez ?

Il étudie mon visage, comme un cartographe étudie un territoire nouveau.

— Tu as mauvaise mine. Tu ne dors pas.

— Ça ne vous regarde pas.

— Tout ce qui brille dans l’obscurité me regarde, Valentina. Et tu brilles, même éteinte. C’est énervant.

Je serre les mâchoires.

— Écoutez, señor Diego. Je ne sais pas quel jeu vous jouez. Mais je ne suis pas intéressée. Pas par vos drames, pas par votre… monde. Je sers des bières, je rentre chez moi, un point c’est tout. Vous ne m’intéressez pas.

Les mots tombent dans un silence de glace. Je m’attends à de la colère. À de la menace. À ce froid terrible que j’ai vu dans ses yeux quand il a parlé à El Ratón.

Il sourit. Un vrai sourire, large, qui illumine son visage d’une beauté dévastatrice et mensongère. Il a l’air sincèrement amusé.

— Tu es une très mauvaise menteuse, ángel. C’est même touchant. Il prend une gorgée de tequila. Moi, tu m’intéresses. Beaucoup.

— Pourquoi ? Parce que j’ai eu peur ? Parce que je ne vous ai pas souri comme toutes les autres ?

— Non. Parce que tu as eu peur, oui, mais tu n’as pas fui. Parce que tu me regardes en ce moment avec de la haine et de la curiosité dans les yeux. Un mélange puissant. Il se penche en avant, posant ses coudes sur la table. La distance entre nous se réduit dangereusement. Je peux voir les stries d’or dans ses iris noirs, les minuscules cicatrices à la lèvre supérieure. Parce que quand je t’ai parlé de noirceur et de lumière, tes pupilles se sont dilatées. Pas de peur. De reconnaissance. Tu as vu ce dont je parlais. En toi. Autour de toi.

— Vous délirez.

— Je suis peut-être un monstre, Valentina, mais je ne suis pas fou. Je vois très clair. Et je te vois. Toi, qui rêves de peindre des cieux alors que ton propre horizon est un mur de briques crasseuses. Toi, qui parles de ne pas t’intéresser à moi, mais qui es restée assise. Qui n’as pas crié. Qui n’as pas appelé la police après l’autre soir et ne me dis pas que c’est par sagesse, on ne va pas chez le dentiste quand on a un loup dans sa cuisine.

Chaque mot est un marteau qui enfonce un clou de vérité. Je me sens mise à nu, anatomisée.

— Qu’est-ce que vous voulez ? je répète, ma voix plus faible.

— Je t’ai dit ce que je voulais. Je te l’ai lancé comme un défi. Maintenant, je te le dis comme une promesse. Sa voix baisse encore, devient confidentielle, presque intime. Je t’ai à l’œil, Valentina. Pas comme une proie. Pas encore. Comme un phénomène. Cette étincelle qui refuse de s’éteindre dans la boue… je me demande combien de temps elle va tenir. Si elle va s’éteindre dans un souffle, ou si elle va prendre feu et tout brûler autour d’elle. Y compris elle-même.

Un frisson que rien de froid n’explique me parcourt. Ce n’est pas de la peur. C’est de l’excitation. Une excitation sombre, interdite, qui monte des profondeurs de mon être et que je déteste instantanément.

— Vous ne pouvez pas me forcer à jouer à votre jeu.

— Je ne force jamais personne. J’expose les règles. Je montre l’enjeu. Et j’attends. Il recule, se renverse sur sa chaise, reprenant son air de prédateur détendu. La séduction, ángel, ce n’est pas que des fleurs et des mots doux. C’est un combat. C’est montrer à l’autre la part de nous-mêmes qu’il a le plus envie de posséder, ou de détruire. En ce moment, je te montre mon territoire. Tu peux y entrer, ou rester à la lisière à regarder. Mais sache que maintenant que je t’ai vue… la lisière n’est plus un endroit sûr.

Il termine son verre, se lève. Il pose un billet plié en deux sur la table. Ce n’est pas pour payer la boisson. C’est un message.

— La vie est trop longue pour être vécue dans la grisaille, Valentina. Tu vas finir par t’ennuyer de ta propre lumière.

Il tourne les talons et marche vers la sortie. Mais cette fois, il s’arrête devant la porte. Sans se retourner, il dit, assez fort pour que je l’entende par-dessus le bruit de la télévision :

— À propos, j’ai fait porter des fleurs à la fille d’El Ratón. Des lys blancs. Pour ses funérailles. La vie est pleine de ces contrastes, tu ne trouves pas ? La noirceur peut avoir des gestes de lumière. Et la lumière… Il tourne enfin la tête, un profil tranchant dans l’encadrement de la porte. La lumière peut avoir une soif d’ombre.

Et il disparaît.

Je reste assise, pétrifiée, longtemps après son départ. Le billet sur la table semble brûler à travers le bois. Je finis par me lever, par m’approcher. Je le déplie d’une main qui obéit à peine.

Ce n’est pas un billet. C’est une reproduction, sur papier épais, d’un tableau. « Nuit étoilée » de Van Gogh. Les tourbillons célestes, la violence des astres, le village paisible en contrebas. Au dos, écrit d’une écriture ferme et élégante à l’encre noire :

« Pour tes ciels immenses. Commence par les regarder. D. »

Je froisse le papier, la rage et une émotion indéfinissable m’étreignant la gorge. Je veux le jeter, le déchirer. Mais mes doigts refusent. Ils serrent le papier contre ma paume.

Il a raison. Je suis une mauvaise menteuse.

Et il a plus que jamais les yeux sur moi.

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