MasukLa porte venait de se refermer derrière Lucie, laissant l’homme seul face à la grande baie vitrée qui dominait la ville.. Les immeubles scintillaient sous la lumière de fin d’après-midi, et la circulation en contrebas formait un bruit lointain, presque apaisant.
Hector resta immobile quelques secondes.Son regard était perdu dans le vide. Ses pensées, elles, tournaient encore autour d’un seul visage.Adeline Montaigne.Ses mots résonnaient dans sa tête comme une gifle. « Je préfère encore rester pauvre toute ma vie que de me vendre. » Il serra la mâchoire. Personne ne lui parlait ainsi Personne ne refusait ses propositions. Personne ne quittait son bureau avec autant de dignité. Un mélange étrange d’agacement et de fascination se glissa dans sa poitrine. Il inspira profondément, comme pour chasser ces pensées inutiles.Puis, brusquement, il se leva de son fauteuil.Le mouvement fut rapide. Trop rapide. Et soudain— Le monde bascula.Une vague de vertige le frappa sans prévenir.La pièce sembla tourner autour de lui. Les murs se rapprochèrent, la lumière vacilla, et un bourdonnement sourd envahit ses oreilles. — Merde… Sa voix était basse, tendue. Il porta instinctivement une main à sa tempe, tentant de stabiliser sa vision. Mais le sol continua de vaciller sous ses pieds.Ses jambes devinrent lourdes.Instables.Il fit un pas en avant Puis un autre. Mais son équilibre céda.Dans un réflexe rapide, il tendit le bras et se rattrapa à la table basse devant lui. Sa main s’y accrocha avec force, ses doigts crispés contre le bois froid.Sa respiration devint irrégulière. Courte. Saccadée.Le silence de la pièce se transforma en une pression insupportable. Pendant quelques secondes, il resta figé, penché sur la table, la tête baissée, luttant pour reprendre le contrôle de son corps. Puis— Une voix surgit dans son esprit.Calme.Professionnelle. Inévitable.La voix du médecin. — Monsieur Price, vous devez comprendre que votre état nécessite des précautions. La scène s’imposa à lui comme un souvenir brutal.Un cabinet médical blancUne odeur d’antiseptique Un regard sérieux derrière des lunettes.Le médecin le fixait avec insistance. — Vous êtes atteint d’une maladie chronique. Vous ne pouvez pas continuer à vivre comme si de rien n’était. Hector, assis sur la chaise face au bureau, avait croisé les bras, visiblement agacé. — Je me sens très bien, docteur. Le médecin soupira. — Ce que vous ressentez aujourd’hui n’est pas le problème. C’est ce qui va arriver si vous ne changez pas votre mode de vie. Il ouvrit un dossier et montra des résultats. — Vous devez éviter les efforts excessifs. Réduire votre stress. Dormir davantage. Et surtout… Il marqua une pause, le regard grave. — Vous devez vous reposer. Le mot résonna dans la pièce. Se reposer. Hector avait laissé échapper un léger rire ironique. — Impossible. Le médecin avait secoué la tête, visiblement frustré. — Ce n’est pas une suggestion, monsieur Price. C’est une nécessité. Un silence lourd s’était installé. Puis le médecin avait ajouté, d’une voix plus basse : — Si vous continuez ainsi, les symptômes vont s’aggraver , Et vous perdrez progressivement le contrôle de votre corps. Le souvenir disparut brutalement. Hector revint dans le présent. Sa main était toujours agrippée à la table basse. Sa respiration était encore lourde. Mais le vertige commençait à s’atténuer. La pièce cessa de tourner. Les murs retrouvèrent leur place. Le silence revint. Il resta immobile quelques secondes supplémentaires, puis se redressa lentement. Son visage était fermé, dur, marqué par une colère sourde. Contre la maladie. Contre la faiblesse. Contre lui-même. Il passa une main sur son front, essuyant une fine couche de sueur. — Bordel… Le mot sortit entre ses dents. Il détestait cette sensation. Cette perte de contrôle. Cette fragilité. Hector inspira profondément, reprenant son calme avec la discipline d’un homme habitué à dominer chaque situation. Puis il ajusta les manches de sa veste, comme si rien ne s’était passé. Comme si son corps ne venait pas de le trahir. Il attrapa ses clés posées sur le bureau. Ses doigts tremblèrent légèrement. À peine. Mais suffisamment pour qu’il le remarque. Son regard se posa sur sa main. Puis il referma brusquement ses doigts autour des clés. .Il refusait d’y penser. Il refusait d’avoir peur.Il refusait d’être faible. Sans un mot, il se dirigea vers la porte de son bureau. Ses pas étaient fermes, déterminés, presque agressifs.Il sortit dans le couloir désert. Les lumières du soir commençaient à s’allumer dans les bureaux voisins. Quelques employés terminaient leur journée, mais personne n’osa l’arrêter. Son visage était trop fermé.Trop dangereux.Il entra dans l’ascenseur.Les portes se refermèrent dans un léger chuintement.Le miroir refléta son image.Costume impeccable. Regard froid Posture droite.L’image parfaite du contrôle. Mais derrière cette façade, une tension invisible grondait.L’ascenseur descendit lentement jusqu’au parking souterrain.Un bip retentit.Les portes s’ouvrirent.L’air frais du sous-sol l’enveloppa immédiatement. Le parking était presque vide, plongé dans une lumière blanche et froide. Le bruit de ses pas résonnait contre le béton, régulier, métallique. Il marcha droit vers sa voiture. Une berline noire, élégante, parfaitement entretenue. Il s’arrêta devant la portière Sa main resta suspendue au-dessus de la poignée. Pendant une seconde Un doute fugace traversa son esprit. La voix du médecin revint encore. « Vous devez vous reposer. » Son regard se durcit et Sa mâchoire se contracta. Puis, dans un geste brusque, il ouvrit la portière. — Qu’ils aillent au diable… Il monta dans la voiture, claqua la porte avec force et démarra le moteur. Le rugissement du moteur remplit le parking.Et, comme toujours, Hector Price choisit d’ignorer l’avertissement de son propre corps.La nuit s’était installée, étirant son voile sombre sur les rues encore animées par les lumières artificielles et le bruit lointain de la circulation, tandis que dans l’appartement qu’Adeline partageait avec Joyce, un silence presque oppressant, chargé de non-dits, de rancœur et de blessures encore à vif, comme si les murs eux-mêmes retenaient les éclats de voix et les accusations de l’après-midi, refusant de les laisser disparaître. Adeline était assise sur le bord de son lit. Immobile Les mains posées sur ses genoux. Le regard perdu dans le vide. Depuis la confrontation avec Joyce, elle n’avait presque pas bougé, incapable de digérer la violence des paroles qu’elle avait reçues, incapable surtout d’accepter que celle qui avait été son soutien le plus précieux puisse désormais la regarder avec autant de mépris, comme si elle n’était plus qu’une étrangère, une déception, une trahison vivante. Elle inspira lentement. Mais même ce geste simple semblait difficile. Car au fond d’elle
Le lendemain matin, lorsque les premiers rayons du soleil traversèrent timidement les rideaux de sa chambre, Adeline ouvrit les yeux avec une sensation étrange, suspendu quelque part entre le regret et la résignation, et pendant quelques secondes, allongée sur son lit, elle resta immobile, fixant le plafond avec un regard vide, essayant de rassembler les morceaux d’elle-même après la décision lourde qu’elle avait prise la veille, celle de tout abandonner et de quitter Los Angeles, convaincue qu’il n’y avait plus rien ici pour elle, plus rien qui méritait qu’elle se batte. Elle inspira profondément.Puis se redressa lentement.Ses mouvements étaient calmes. Presque mécaniques. Car au fond, tout lui semblait déjà terminé. Elle s’habilla simplement, sans chercher à soigner son apparence, attacha ses cheveux à la hâte, puis attrapa son sac avec une détermination silencieuse, prête à accomplir ce qu’elle considérait comme la dernière étape de son parcours dans cette ville : récupérer son
Lorsqu’Adeline poussa la porte de l’appartement ce soir-là, le silence qui l’accueillit lui parut plus lourd que jamais, comme si les murs eux-mêmes étaient témoins de ce qu’elle venait de traverser, comme si chaque pas qu’elle faisait à l’intérieur résonnait avec une vérité qu’elle n’arrivait pas encore à accepter, et tandis qu’elle refermait lentement derrière elle, ses doigts tremblants s’attardant un instant sur la poignée, une seule pensée tournait en boucle dans son esprit, une pensée brutale, presque insupportable. Elle était allée jusqu’au boutOu presque. Ses jambes avancèrent jusqu’au salon, son regard perdu dans le vide, incapable de se fixer sur un objet précis, car ce qu’elle voyait réellement n’était pas la pièce autour d’elle, mais les images encore fraîches de cette chambre d’hôtel, la proximité étouffante d’Hector, et surtout ce moment précis où elle avait cessé d’être elle-même, où elle avait accepté de franchir une limite qu’elle s’était pourtant jurée de ne jamai
La nuit était tombée depuis longtemps enveloppant la ville d’une lumière artificielle faite de néons, de phares et de reflets tremblants sur les vitres des immeubles, tandis qu’Adeline, debout devant l’entrée de l’hôtel indiqué sur la carte qu’elle tenait encore entre ses doigts, sentait son cœur battre si violemment dans sa poitrine qu’elle avait l’impression qu’il allait trahir sa présence avant même qu’elle ne franchisse les portes, comme si chaque pulsation criait le doute, la peur et le conflit intérieur qui la déchirait depuis qu’elle avait quitté le bureau d’Hector quelques heures plus tôt. Elle avait mis du temps à se préparer. Trop de temps. Devant le miroir, ses gestes avaient été mécaniques, presque étrangers, comme si ce n’était pas vraiment elle qui enfilait cette robe soigneusement choisie, comme si ce n’était pas vraiment elle qui ajustait ses cheveux, qui observait son reflet avec un regard qu’elle ne reconnaissait plus, un regard où se mêlaient résignation et tris
Le bâtiment de la maison Price se dressait devant elle avec cette même arrogance silencieuse qui l’avait déjà écrasée une première fois, comme si rien de ce qui s’était passé quelques jours plus tôt n’avait laissé la moindre trace, comme si les humiliations, les menaces et les vérités qu’elle portait encore en elle n’étaient que des illusions qu’elle devait oublier pour survivre dans ce monde où l’apparence valait toujours plus que la morale. Adeline resta immobile quelques secondes devant l’entrée. Ses doigts serrés autour de son dossier.Son cœur battant à un rythme irrégulier. Elle savait.Elle savait exactement ce qu’elle faisait en revenant ici. Et pourtant, elle avança.Parce qu’elle n’avait plus d’autre choix. Parce que toutes les autres portes s’étaient refermées devant elle. Parce qu’une année entière de sa vie dépendait désormais de cette décision. Lorsqu’elle franchit les portes vitrées, une sensation familière de malaise envahit immédiatement son corps, comme si cet end
Le matin où Adeline décida enfin de retourner à l’école, après plusieurs jours d’absence marqués par la confusion, la tristesse et un profond sentiment d’échec qui ne cessait de l’accompagner depuis son renvoi brutal de l’institut Mamba, elle était hésitante, fragile, et surtout terrifiée à l’idée d’affronter la réalité qui l’attendait derrière les portes de l’établissement. Elle marchait lentement dans le couloir principal, son sac serré contre sa poitrine comme une protection dérisoire contre les regards curieux des autres étudiants qui murmuraient à voix basse sur son passage, certains la reconnaissant immédiatement comme la jeune mannequin vedette du dernier défilé, d’autres se demandant pourquoi elle avait soudainement disparu pendant plusieurs jours sans donner la moindre explication, tandis qu’elle gardait les yeux fixés sur le sol, évitant soigneusement tout contact visuel, car elle n’avait ni la force ni l’envie de répondre aux questions qui ne manqueraient pas d’arriver.







