INICIAR SESIÓNChapitre 86ArielleIl entre dans la bibliothèque, les mains tremblantes. Je suis assise près de la fenêtre, un livre ouvert sur les genoux que je ne lis pas. Je le vois, et je sais que quelque chose est arrivé. Son visage est pâle, ses yeux rouges. Il tient un cahier à la couverture de cuir usée, serré contre sa poitrine.— Qu’est-ce qu’il y a ? je demande.Il ne répond pas tout de suite. Il s’approche, s’assoit en face de moi, pose le cahier sur la table basse entre nous. Ses doigts tremblent encore.— Je l’ai trouvé dans ses affaires. Dans la chambre de ma mère. Un carnet. Caché sous une lame du parquet.Je regarde le cahier. Il est vieux, abîmé. Il sent la poussière et le secret.— Qu&rs
Chapitre 85DamienJe la regarde peindre. Les doigts tachés de bleu, le front plissé, les cheveux attachés en désordre. Elle ne sait pas que je suis là. Ou peut-être qu’elle sait, mais qu’elle s’en fiche. Elle est ailleurs, dans cet endroit secret où je n’ai jamais eu accès, cet endroit que j’ai essayé de détruire et qui renaît sous mes yeux.C’est ma rédemption.Pas ses larmes, pas ses cris, pas ses reproches. Pas mes excuses, pas mes promesses, pas mes thérapies. Juste ça. La voir peindre, libre, les doigts tachés de bleu, le visage concentré, le souffle régulier. La voir vivante, entière, debout. C’est ma rédemption. Et je n’ai rien fait pour la mériter. Elle me l’offre, sans le savoir, comme on offre une fle
Chapitre 84ArielleJe peins à nouveau. Les couleurs reviennent.Je ne sais pas comment c’est arrivé. Ce matin, je suis entrée dans l’atelier avec la clé dans la poche, sans intention particulière. J’ai regardé les toiles vierges, les pinceaux, les tubes alignés. Et puis ma main a bougé toute seule. J’ai pressé un peu de bleu sur la palette, j’ai trempé le pinceau, et j’ai commencé. Un trait. Puis un autre. La peinture glisse sur la toile comme si elle n’avait attendu que moi. Les couleurs reviennent, oui. Elles remontent de mes doigts, de mes souvenirs, de cette partie de moi que Damien avait cru pouvoir effacer.Je ne l’ai pas entendu entrer. Quand je me retourne, il est là. Assis dans un coin de l’atelier, sur une vieille chaise en bois. Silencieux. Il ne dit ri
Chapitre 83DamienJe lui ai offert un nouvel atelier. Pas une cage, un espace.Je l'ai préparé moi-même. La pièce la plus lumineuse du manoir, celle qui donne sur le jardin. Un parquet clair, des murs blancs, de grandes fenêtres qu'on peut ouvrir. Des chevalets, des pinceaux, des tubes de peinture, des toiles vierges. Pas de caméra, pas de garde devant la porte. Juste une clé, une seule, que je tiens dans ma main.Elle me suit sans un mot, méfiante. Je sens son regard dans mon dos, sa peur, cette distance qu'elle maintient entre nous depuis des semaines. Je ne me retourne pas. Je ne veux pas la brusquer.J'ouvre la porte. La lumière l'inonde. Elle s'arrête sur le seuil.— Qu'est-ce que c'est ? demande-t-elle.— Ton atelier. Un nouvel atelier. À toi.
Chapitre 82ArielleIl a choisi moi contre son sang. J'en tremble encore.Je le regarde, debout près de la fenêtre du manoir, les épaules droites, le visage fermé. Il vient de raccrocher avec son père. Cornelius a hurlé, menacé, supplié. Damien n'a pas cédé. Il a dit non. Il a dit que j'étais sa famille, que Liam était sa famille, et que le reste pouvait brûler. J'ai entendu chaque mot, chaque silence, chaque respiration. Et maintenant, je tremble.Pas de froid. Pas de peur. De vertige. Un homme vient de choisir de tout perdre pour moi. Un homme qui m'a enfermée, traquée, brisée, vient de renier son nom, son héritage, son père, pour me garder. Je devrais être bouleversée, reconnaissante, heureuse. Je ne suis qu'une femme blessée qui regarde un homme essayer de réparer l'irréparable.— Arielle.Sa voix me fait sursauter. Il s'est retourné, il me regarde. Ses yeux gris sont fatigués, mais clairs. Il n'y a plus de masque, plus de calcul. Juste un homme qui attend.— Je t'ai entendue entr
Chapitre 81DamienMon père a tenté de la manipuler. Je l'ai jeté dehors. Le vieux serpent a sifflé : « Tu es comme moi. » Mais non. Je ne veux plus être comme lui. Arielle m'a pris la main. Un geste mince, un monde d'espoir.La chambre d'hôpital sent l'éther et la maladie. Mon père est adossé à ses oreillers, le teint cireux, mais ses yeux, ces mêmes puits de glace, sont plus vivants que jamais. Il n'a pas perdu une seconde. Dès qu'Arielle a franchi le seuil, il a incliné la tête, ce sourire mielleux que je déteste, et il a parlé.— Approchez, ma chère. Vous devez savoir la vérité. Damien vous a enfermée, il vous a traquée, il a causé votre accident. Tout ce qu'il a fait, c'est par amour, mais un amour destructeur. Comme le mien. Il e







