Se connecterPOV INAYA
Le poids de son corps m'écrase. Dans cette obscurité absolue, mes autres sens s'éveillent, exacerbés par l'adrénaline. Sa cage thoracique se soulève difficilement contre mes côtes, tandis que sa main s'agrippe toujours à mon poignet comme une menotte.
— Dégage de là, Sterling. Tout de suite.
Un grognement sourd me répond. Il bascule sur le côté dans un froissement de tissu, libérant ma poitrine du poids qui m'empêchait de respirer. Je me redresse d'un coup, reculant à tâtons sur le sol métallique jusqu'à ce que mon dos rencontre la paroi froide d'un mur.
Mes doigts cherchent frénétiquement une issue, une aspérité, n'importe quoi. Rien. Juste du béton et de l'acier poli. Au-dessus, le loquet hydraulique est définitivement verrouillé.
Un déclic retentit à quelques mètres. Une faible lueur artificielle jaillit, m'aveuglant un instant. Kaelen vient d'allumer une lampe torche militaire. Le faisceau balaie notre prison : une pièce cubique d'à peine douze mètres carrés, équipée d'un lit de camp, de caisses de rations et d'une console radio obsolète.
Puis, la lumière se pose sur lui.
Il est assis contre le lit, la veste de costume jetée au sol. Sa chemise blanche est ruinée, collée à son épaule gauche par une large tache pourpre qui s'étend à vue d'œil. Malgré la douleur qui doit lui tirailler le bras, son visage reste un masque de pierre. Seule la tempe convulsive de sa mâchoire trahit son état.
Il lève ses yeux noirs vers moi. Un regard de prédateur en cage.
— Arrête de t'agiter, Inaya. Tu te fatigues pour rien.
— Je ne compte pas pourrir ici avec le toutou de mon père. Donne-moi le code de cette porte.
Un sourire sans chaleur étire ses lèvres blêmes.
— Marcus contrôle la surface. Si tu sors maintenant, tu te prends une rafale avant même d'avoir pu crier. Alors assieds-toi et ferme-la.
Je me relève, ignorant son ordre, et m'approche de lui. La colère l'emporte sur la prudence. Je m'arrête à un pas, le surplombant, les poings serrés.
— Tu penses encore pouvoir me donner des ordres ? Regarde-toi, Sterling. Tu pisses le sang, tu es coincé sous terre et ton précieux cartel vient de te rayer de la carte. Tu n'es plus rien ici.
D'un mouvement d'une rapidité fulgurante, son bras valide se détend. Sa main se referme sur ma cheville et me tire vers l'avant. Je perds l'équilibre et bascule en avant dans un cri de surprise.
Avant que je puisse répliquer, il me retourne et me plaque sur le lit de camp. Il se penche sur moi, bloquant mes mouvements de son genou, son visage à quelques centimètres du mien. L'éclat de la lampe au sol éclaire ses traits acérés, leur donnant un air diabolique. L'odeur de la sueur et du sang m'étouffe.
— Même blessé, je peux te briser le cou en deux secondes, siffle-t-il, la voix rauque, ses yeux ancrés dans les miens avec une intensité sauvage. Ne confonds pas ma patience avec de la faiblesse.
La proximité est brutale. Je sens son souffle chaud, le battement rapide de son pouls contre ma cuisse. La haine est palpable, presque physique, mais sous cette rage, une électricité nouvelle et dangereuse s'immisce dans l'air.
Aucun de nous ne recule.
— Fais-le alors, je le provoque dans un murmure féroce, mes lèvres frôlant presque les siennes. Tire, ou étrangle-moi. Qu'est-ce que tu attends ?
Un silence lourd s'installe. Ses yeux descendent une fraction de seconde sur ma bouche avant de remonter.
Ses doigts se crispent sur mes bras, hésitants, comme s'il luttait contre un autre instinct.
Soudain, un grésillement rompt le face-à-face. La vieille radio de la console vient de s'allumer.
POV Inaya— À trois, la poupée, siffla Kaelen à mon oreille.Je n'attendis pas son décompte.Je basculai hors de notre abri en métal et ouvris le feu. La première balle cueillit le garde de gauche en pleine poitrine. L'homme s'effondra dans un fracas lourd, sa lampe balayant le plafond avant d'éclairer ses coéquipiers.La riposte des hommes de Marcus fut immédiate. Une pluie d'acier pilonna notre position. Les impacts de fusil d'assaut faisaient voler des étincelles, projetant une odeur de métal brûlé et de poudre. Un éclat de peinture cuite me balafra la joue. Je ne cillai même pas.Sterling surgit de l'autre côté. Malgré son épaule blessée, son tir était chirurgical. Deux balles, deux silhouettes au sol. Sa carrure imposait le respect, mais les gouttes de sueur froide sur ses tempes ne me trompaient pas. Sa blessure le bouffait de l'intérieur. Et pourtant, entre deux décharges, son regard dérivait sur moi. Ce regard sombre, possessif, qui me rappelait encore la trace de ses mains su
POV Inaya— Si tu tires maintenant, le silencieux ne servira à rien avec l'écho de la tôle, siffla Kaelen à quelques centimètres de mon oreille.Sa main massive vint se plaquer sur mon poignet, bloquant mon index sur la détente. Mon pistolet était braqué droit sur la tempe du garde qui venait de tourner l'angle du conteneur. Le type s'était arrêté à trois mètres de nous, sa torche tactique balayant la boue du chantier naval, ignorant que la mort le fixait à travers le viseur.— Il va nous repérer, murmurai-je sans dévier mon regard d'un millimètre.— Laisse-le faire deux pas de plus, ordonna le mercenaire.Il ne tremblait pas. Son torse chaud collé contre mon dos m'ancrait dans la réalité, malgré la brûlure du vent glacé du port sur mon visage. Le garde fit un pas. Puis un second. Le faisceau blanc de sa lampe accrocha le bout de mes bottes crottées.Avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche ou lever son arme, Kaelen jaillit par-dessus mon épaule.Un mouvement de prédateur, fluide et mor
POV InayaLe silence qui avait succédé à la fureur de nos corps était lourd, presque irréel, scellé par le martèlement régulier de la pluie contre les carreaux fêlés de la chambre 114.Je restai un instant appuyée contre le bois brut de la porte, les jambes engourdies, le souffle encore court. Sterling ne s'était pas écarté immédiatement. Son front reposait contre le mien, sa poitrine massive se soulevant à un rythme puissant contre mes nichons zébrés de sueur. L’odeur du soufre, de la poudre et de nos chairs mêlées imprégnait la pièce étroite.— Tu ne trembles plus, la poupée, murmura-t-il, sa voix caverneuse faisant vibrer mon torse.Je relevai le menton, croisant son regard sombre. L’arrogance habituelle du mercenaire avait cédé la place à une lueur d’une gravité absolue.— J’ai laissé mes tremblements dans le couloir de l’entrepôt, Sterling.Un rictus imperceptible étira le coin de ses lèvres sanglantes. Il se recula lentement, rompant le contact. Un frisson de froid m’assaillit
POV InayaLa porte de la chambre 114 se referma dans un claquement sec, coupant les hurlements de la tempête. Dimitri nous avait jetés là avant de fuir avec ses serveurs. L’endroit empestait le tabac froid et le soufre. Une seule ampoule nue oscillait au plafond, projetant des ombres saccadées sur le grand lit au couvre-lit déchiré.L'adrénaline de la fusillade ne retomba pas ; elle se mua instantanément en une électricité sexuelle suffocante. Kaelen fit un pas. Sa stature massive me bloqua contre le panneau de bois de la porte. Sa peau mate était trempée de pluie, ses muscles saillaient, et son regard sombre, ancré dans le mien, brillait d’une faim purement animale.— Tu as passé la nuit à jouer avec le feu, murmura-t-il, sa voix rauque vibrant contre ma tempe.Sa main droite jaillit, se referma sur ma nuque et me cambra vers lui.Je respirai brutalement, le cœur cognant contre mes côtes à m'en briser le torse. L’odeur de la poudre et la chaleur brute de son corps me firent perdre la
POV Kaelen Inaya marchait derrière Dimiti , le pistolet bas, sa silhouette droite trahissant une tension extrême. Elle venait de tuer son premier homme. Je connaissais ce silence-là ; c’était celui qui précédait la prise de conscience.Un fracas métallique retentit au-dessus de nos têtes, brisant l'obscurité. La trappe en fonte venait d’être forcée.— Ils sont déjà là, siffle Dimitri, sa voix montant d’un octave dans le tunnel.— Continue d'avancer, gamin. Garde Inaya derrière toi, ordonnai-je en faisant demi-tour, mon arme levée vers l’ouverture.Je n'attendis pas leur réplique et me plaquai contre le pilier d'angle qui soutenait l'accès à la galerie. Des faisceaux de lampes tactiques percèrent le trou de la trappe, balayant verticalement le puits d'accès. Une silhouette commença sa descente, agile, lourde. Marcus.Il toucha le sol en béton dans un bruit sourd. Avant même qu'il ne pût lever son canon, je pivotai hors de mon abri et pressai la détente. La balle percuta le montant en f
POV InayaClac.Le métal heurta le béton dans un bruit sec. La silhouette noire s'effondra d'un bloc, la tête la première, les yeux grands ouverts et fixes sous la lumière blafarde des néons. Mes oreilles se mirent à siffler instantanément. — Ne t'arrête pas !La voix de Kaelen déchira le sifflement de mes tympans. Avant que je n'aie pu aligner une pensée, sa main valide jaillit, agrippa fermement le col de mon t-shirt noir et me jeta brutalement en arrière.Ratatatata !Une rafale de fusil d'assaut pulvérisa l'angle de briques juste là où ma tête se trouvait une fraction de seconde plus tôt. Une pluie d'éclats de plâtre et de gravats brûlants me cingla le visage, me coupant la joue. Kaelen bascula hors de notre abri précaire. D'un mouvement fluide, il épaula son arme de la seule main droite et pressa la détente à trois reprises. Trois détonations sèches, régulières, professionnelles.Je retins mon souffle en entendant un impact lourd suivi d'un grognement d'agonie à l'autre bout de
POV : KAELENLa porte de décompression se referma derrière nous dans un claquement métallique sinistre, étouffant instantanément le hurlement de l’alarme qui continuait de balayer la pièce principale. Le silence qui suivit était presque plus terrifiant : seul le sifflement agonisant des conduits d
POV : KAELENLe signal sonore strident trancha l’air comme une lame, brisant instantanément l’électricité lourde et brûlante qui s’était accumulée entre nous . À un millimètre de ses lèvres, alors que je pouvais encore capter le souffle court de sa bouche entrouverte, je vis ses pupilles se dilater
POV KAELENLe froid.Un froid polaire, visqueux, qui s’infiltre sous ma peau et engourdit mes membres. Mes paupières pèsent des tonnes. Dans les limbes de la fièvre, des images se bousculent : le sang sur le béton du hangar, les tirs de Marcus, et ce satané message sur mon téléphone qui tourne en b
POV INAYALe morceau de plomb tombe dans la coupelle métallique avec un tintement sinistreC’est fini. Il n'a pas lâché un cri, mais la rigidité de sa posture et les gouttes de sueur qui perlent sur son front en disent long sur la torture qu'il vient de subir. Sans un mot, je recule d'un pas, lâcha







