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Chapitre 5

last update Tanggal publikasi: 2026-05-08 22:00:26

CHAPITRE 5

LE POINT DE VUE DE LINA

Les chiffres montaient. Trop vite. Je n'arrivais plus à suivre. Mon cerveau refusait de les traiter. Deux millions pour quoi ? Pour qui ?

Un million cinq.

Deux millions.

Deux millions cinq.

L'homme au premier rang — le costume bleu — il a levé son verre vers moi, comme pour trinquer.

— Trois millions.

Il a souri en disant ça. Calmement. Comme s'il commandait un vin.

J'ai baissé les yeux. Mes pieds nus. Mes orteils recroquevillés sur le bois froid. La robe rouge qui tombait juste au-dessus de mes genoux. Je la détestais. Je détestais cette couleur. Je détestais la façon dont elle attirait leurs regards.

J'ai senti mon menton trembler.

Non.

Pas maintenant.

Je ne voulais pas pleurer devant eux. Pas devant tous ces hommes.

J'ai relevé la tête.

L'homme blond — trentenaire, complet noir, montre à son poignet gauche — il m'a regardée droit dans les yeux.

— Cinq millions.

Sa voix était douce. Presque gentille.

Ses yeux aussi.

C'était pire.

Cinq millions.

La salle bruissait. Des têtes se tournaient vers lui. D'autres acquiesçaient. Le prix était devenu sérieux. Plus un jeu.

Sauf que si.

Pour eux, c'était un jeu.

Un jeu d'argent, de pouvoir, d'ego.

Un homme — cinquantenaire, cheveux bruns, la mâchoire carrée — a levé la main avec nonchalance.

— Sept millions.

Comme si c'était une petite somme.

Comme si sept millions, c'était l'argent de poche.

J'ai senti mes doigts s'agripper à mes bras.

Je me suis serrée moi-même plus fort.

Serré.

Serré.

Jusqu'à ce que mes propres ongles me fassent mal.

Puis :

— Dix millions.

Un murmure a traversé la salle.

Dix millions.

Mon Dieu.

Dix millions.

Je pouvais payer les soins de ma mère pour dix ans. Vingt ans. Lui acheter une maison. Une vraie maison. Avec un jardin. Un chien peut-être.

L'emmener loin de cet appartement trop petit.

Loins des factures qu'on choisissait lesquelles payer.

Loins des nuits où elle toussait et que je faisais semblant de dormir.

Dix millions.

Cette somme aurait changé nos vies.

Et pourtant — pourtant — elle me donnait envie de mourir.

Parce que cet argent sentait la sueur des hommes qui m'achetaient. Il sentait leurs mains imaginaires sur ma peau. Il sentait la honte. La honte qui me montait à la gorge, épaisse et chaude, comme du poison.

— Quinze millions.

La salle a changé d'énergie.

Les hommes se sont tournés vers celui qui venait de parler — l'homme blond. Il n'avait même pas souri. Son visage était sérieux maintenant. Absorbé.

Obsédé.

Il me regardait comme si j'étais un trésor.

— Vingt millions.

L'homme brun à la mâchoire carrée. Il avait posé son verre. Son costume était gris perle. Sa cravate argentée. Il a sorti un cigare de sa poche, ne l'a pas allumé, juste joué avec entre ses doigts.

— Vingt-cinq.

— Trente.

Les enchères s'accéléraient.

Trente millions.

J'avais du mal à respirer.

Ma poitrine se soulevait trop vite. Ma robe rouge montait et descendait sur ma peau, et je savais qu'ils regardaient ça aussi. Chaque mouvement. Chaque tremblement.

Trente millions.

Trente millions pour ma première nuit.

— Quarante millions.

L'homme blond a craché ça comme un défi.

Ses yeux ne m'avaient pas quittée une seconde.

Il ne regardait que moi.

Moi.

Pas la salle. Pas les autres enchérisseurs. Juste moi.

Et dans son regard, j'ai vu l'obsession. Une lueur sombre, humide. Celle qui précède la chute.

Mon cœur s'est arrêté de battre une seconde.

Juste une.

Assez pour que j'entende un silence à l'intérieur de moi.

Puis il a repris. Plus vite. Plus fort.

L'homme brun a hésité. Ses doigts ont cessé de jouer avec son cigare.

— Cinquante millions.

Sa voix était moins assurée maintenant.

L'homme blond a immédiatement surenchéri.

— Soixante.

Un souffle a parcouru la salle.

Soixante millions.

Le présentateur lui-même avait écarquillé les yeux.

— Soixante millions pour cette jeune femme. C'est une enchère remarquable. S'il vous plaît, messieurs—

L'homme à la canne — le vieillard — a levé la main.

— Soixante-cinq.

L'homme blond l'a fusillé du regard. Une seconde. Puis il s'est tourné vers moi.

Il a souri.

Pas un sourire pour la galerie. Un sourire pour moi. Un sourire qui disait : tu vas m'appartenir.

— Quatre-vingts.

Quatre-vingts millions.

Ma tête tournait.

J'ai dégluti. Rien n'est descendu. Ma gorge était trop sèche, trop serrée.

Le vieillard a reculé. Il avait perdu.

Le présentateur a regardé l'homme blond, puis la salle.

— Quatre-vingts millions. Quelqu'un dit mieux ?

Son regard a balayé l'assistance.

Personne.

L'homme blond a croisé les bras. Satisfait.

Il avait gagné.

Il allait m'avoir.

Je sentais ses yeux sur moi comme deux trous brûlants.

Puis tout a changé.

Quatre-vingts millions une fois. Quatre-vingts millions deux fois—

— Cent millions.

La voix est venue du fond.

Grave.

Calme.

Parfaitement distincte.

Je n'ai pas reconnu la voix tout de suite. Mon cerveau était trop lent, trop embué par la peur.

Mais la salle, elle, a reconnu.

Le silence est tombé.

Pas un silence normal. Pas un silence où les gens retiennent leur souffle en attendant la suite.

Un silence de mort.

Un silence où plus personne n'ose bouger. Où les cigares s'éteignent sans qu'on les écrase. Où les verres restent suspendus à mi-chemin des lèvres.

Un silence de prédateur.

J'ai tourné la tête.

Lentement.

Mon cœur battait si fort que mes tempes palpitaient.

Assis au fond.

Dans l'ombre.

Adriano De Luca.

Je ne l'avais même pas vu en entrant. Il était trop loin, trop dans le noir. Mais maintenant que mes yeux s'étaient habitués à la lumière, je le voyais.

Il était immense.

Même assis, on sentait sa carrure. Ses épaules larges écrasaient le dossier de son fauteuil. Ses mains — grandes, veinées — reposaient sur les accoudoirs, immobiles. Pas un doigt ne bougeait.

Son costume était noir. Impeccable. Pas un pli.

Sa chemise blanche.

Pas de cravate. Les deux premiers boutons ouverts.

Son cou.

Sa pomme d'Adam qui dépassait à peine.

Et son visage.

Mon Dieu, son visage.

Des mâchoires dures, taillées à la serpe. Des pommettes hautes. Une cicatrice — fine, presque invisible — coupait son sourcil gauche.

Ses lèvres étaient à peine entrouvertes.

Ses yeux étaient fixes.

Noirs.

Pire que noirs.

Ils absorbaient la lumière.

Contrairement aux autres, il ne souriait pas. Il ne buvait pas. Il ne fumait pas. Il ne se penchait pas vers un voisin pour murmurer.

Il était simplement assis.

Immobile.

Et terrifiant.

Ses yeux noirs étaient rivés sur moi.

Cent millions. Il venait de dire cent millions. Comme si c'était une évidence.

Comme si j'étais à lui avant même d'avoir ouvert la bouche. L'homme blond s'est retourné. Je l'ai vu faire face à Adriano. Sa mâchoire s'est serrée. Ses poings se sont crispés sur ses cuisses.

Il allait surenchérir.

Je le voyais dans ses yeux.

Il voulait. Il en mourait d'envie.

J'ai retenu mon souffle. La seconde a duré une éternité. L'homme blond a inspiré. Ses épaules se sont soulevées.

Puis…

Elles se sont affaissées. Il a détourné la tête.

Il abandonnait.

Personne dans cette salle — pas un seul — n'était assez fou, assez riche, assez puissant pour défier Adriano De Luca. Le silence était devenu étouffant. J'avais l'impression que l'air manquait.

Le présentateur a levé son marteau. Sa main tremblait légèrement — même lui.

— Cent millions une fois…

Ses yeux ont balayé la salle.

— Cent millions deux fois…

Personne.

Rien.

Pas un souffle.

Il a frappé le marteau.

— Adjugé.

Le son a résonné dans la salle comme un coup de feu.

Mes jambes ont lâché.

Vraiment, cette fois.

J'ai senti mes genoux plier et j'ai dû m'agripper à la plateforme derrière moi pour ne pas m'effondrer sur le bois.

Mes doigts tremblaient.

Tout mon corps tremblait.

C'était fini.

Vendue.

Vendue à cent millions.

À Adriano De Luca.

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