LOGINCHAPITRE 87LE POINT DE VUE DE LINAJe le regardai dans les yeux.Morozov.Cet homme debout devant moi — encore courbé légèrement, cette douleur qui n'avait pas fini de faire son travail, ce visage qui cherchait à rassembler sa dignité.Mes bras tendus.L'arme entre mes mains.Et dans ma tête — pas de la panique. Pas ce vide blanc qu'on décrit dans les moments extrêmes. Quelque chose de plus précis que ça. Plus ancien.Mon père.Ce couloir il y a huit mois.Cette seconde où il avait choisi.— Pour mon père, dis-je.Le premier coup de feu.Il chancela.L'épaule.Ce recul — ce mouvement du corps qui reçoit quelque chose qu'il ne peut pas absorber.Il me regarda.Ces yeux — cette surprise encore, cette incrédulité. Cet homme qui avait passé des décennies à tenir des armes et qui n'avait pas prévu d'en recevoir les conséquences depuis cette direction.Depuis une fille en robe de mariée.— Pour ma mère.Le deuxième coup.La poitrine cette fois.Il recula encore. Sa jambe heurta le bord du
CHAPITRE 86 LE POINT DE VUE DE LINAMorozov parla.— Il y a une solution simple à tout ça.— Laquelle, dit Adriano.— Tu épouses Katia.Le silence.Je regardai Morozov.— Quoi ? dit Adriano.— Ma fille est la mère de ton enfant. Elle mérite un nom. Elle mérite un mari. Pas de rester une mère célibataire pendant que tu te maries avec quelqu'un d'autre.— Je ne me marierai pas avec Katia.— Si.— Non. J'ai une femme.— Pas encore.— Dans quelques heures.— Non.Morozov se leva.Sa main — ce mouvement que je vis une fraction de seconde trop tard, cette façon dont sa veste s'écarta.L'arme.Il la sortit.La pointa vers moi.Mon sang quitta mon visage.— Morozov.La voix d'Adriano.Ce timbre — je ne lui avais jamais entendu ce timbre. Pas de la peur exactement. Quelque chose de plus nu. Cette façon d'un homme qui voit quelque chose qu'il ne peut pas contrôler et qui cherche désespérément quoi faire.— Baisse cette arme.— Non.— Morozov. Baisse cette arme maintenant.— Tu vas épouser ma f
CHAPITRE 85LE POINT DE VUE DE LINAMorozov fit asseoir ma mère dans un fauteuil à l'écart.Pas loin — dans la même pièce, visible, mais à distance suffisante pour que la conversation qui allait suivre soit entre nous trois.Je la regardai.Elle me regarda.Ce regard — ces yeux de ma mère qui disaient *je vais bien, continue, tiens bon*.Je me retournai vers Morozov.Il s'était rassis.Ce verre qu'il avait fait remplir. Cette façon d'occuper son fauteuil comme si c'était un trône et cette pièce son territoire — ce qu'elle était effectivement.Adriano était debout à côté de moi.Ce costume bleu nuit. Ces mains le long du corps — immobiles, contrôlées. Cette façon qu'il avait de tenir son corps dans les situations dangereuses, cette économie absolue.— Sofia, dit Morozov.Ce prénom.Ce prénom dans cette pièce ce matin.— Ma petite-fille.Il dit ça avec quelque chose de particulier — pas de la tendresse, pas encore. Quelque chose qui cherchait encore sa forme.— Quatorze mois, dit-il. E
CHAPITRE 84LE POINT DE VUE D'ADRIANOLa voiture roulait.Lina à côté de moi.Cette robe — cette robe de mariée dans cette voiture qui n'allait pas vers une cérémonie. Je ne regardai pas cette robe. Je regardai la route. Je regardai les rues qui défilaient. Je regardai devant.Parce que si je regardais cette robe ce matin je ferais quelque chose de précipité.Et précipiter les choses ce matin pouvait tuer la mère de Lina.— Tu sais où on va exactement ? dit-elle.— Une propriété à l'est de Paris. Morozov l'utilise depuis des années pour les situations qu'il veut tenir à distance de son appartement.— Tu connais cet endroit.— Je connais son existence. Pas les détails intérieurs.— Donc on entre sans savoir ce qu'il y a dedans.— Oui.Elle regarda par la vitre.Ce profil — ces cheveux relevés pour la cérémonie, ces quelques mèches qui tombaient sur sa nuque. Cette robe qui n'était pas faite pour ça.— Lina.— Mm.— Il va essayer de nous déstabiliser. C'est sa méthode. Il dit des choses
CHAPITRE 83 LE POINT DE VUE DE LINAMon téléphone sonna.Numéro inconnu.Je regardai l'écran. Adriano était à côté de moi — cette veste qu'il venait d'enfiler, ces clés dans la main, Marco qui attendait dans le couloir.Je décrochai.— Allô.— Lina Morel.Cette voix.Grave. Posée. Cet accent.Mon sang se glaça.— Morozov.Adriano se retourna immédiatement.— Bonjour ma petite, dit Morozov. Ou devrais-je dire — bonjour la mariée.— Où est ma mère.— En sécurité. Pour l'instant.— Je veux lui parler.— Non.— Je veux savoir qu'elle va bien.— Elle va bien. Elle est réveillée. Elle est attachée. Elle n'est pas blessée.Ces mots — *elle est attachée* — quelque chose dans ma poitrine qui brûla.— Si vous lui faites du mal—— Je ne lui ferai pas de mal. Ce n'est pas une femme que j'ai contre moi. C'est votre mari. Votre futur mari.Adriano tendit la main.*Donne-moi*, dit-il silencieusement.Je secouai la tête.*Non.*Il me regarda.Je me retournai.— Qu'est-ce que vous voulez ? dis-je à
CHAPITRE 82LE POINT DE VUE DE CLAIRE MORELLe noir d'abord.Ce noir épais, sans rêves, sans sons — ce genre d'obscurité qu'on ne choisit pas et dont on revient lentement, par couches, comme remonter depuis le fond d'une eau très profonde.Des sons d'abord.Des voix lointaines. Un bruit de porte. Quelque chose de métallique.Puis la douleur.Pas une douleur vive — une douleur sourde dans les poignets, cette circulation coupée, ces liens que je sentis avant de les voir. Et dans la tête — ce poids, cette lourdeur de quelqu'un qui s'est réveillée trop vite depuis quelque chose de chimique.J'ouvris les yeux.Un plafond.Bas. En béton. Une ampoule nue qui pendait — cette lumière jaune et froide qui n'éclairait pas vraiment, qui créait des ombres plus qu'elle ne les dissipait.Je tournai la tête.Des murs. En parpaing. Une porte en métal sur ma gauche.Je regardai mes mains.Attachées devant moi — des liens en plastique, ces serres-câbles épais. Mes chevilles aussi — j'en pris conscience p
CHAPITRE 31LE POINT DE VUE DE LINAMorozov a bougé.Je ne sus pas immédiatement ce que ça voulait dire. Marco m'avait transmis l'information sobrement, sans détail, avec cette façon professionnelle et légèrement agaçante de donner juste assez pour qu'on soit informé et pas assez pour qu'on compren
CHAPITRE 30 LE POINT DE VUE DE LINAJe passai la matinée dans la bibliothèque.Pas à lire vraiment — à tenir un livre, ce qui est différent. Les pages se tournaient de temps en temps, preuve que mon corps participait à l'illusion, mais ma tête était ailleurs. Dans ce couloir du gala. Dans ce verre
CHAPITRE 29 LE POINT DE VUE D'ADRIANOLe barman s'appelait Félix Arnaud.Trente-quatre ans. Marié. Deux enfants. Employé du Palais Monceau depuis six ans — un homme invisible, le genre qu'on ne remarque pas parce qu'il fait exactement ce qu'on attend de lui et rien de plus.Sauf hier soir.Je posa
CHAPITRE 28 LE POINT DE VUE DE LINAJe me réveillai seule dans la chambre.La chaise de la coiffeuse était vide — il était parti à un moment de la nuit sans que je l'entende. Juste la chaise, légèrement déplacée de son angle habituel, qui attestait qu'il avait vraiment été là.Je restai allongée q







