FAZER LOGINCHAPITRE 83 LE POINT DE VUE DE LINAMon téléphone sonna.Numéro inconnu.Je regardai l'écran. Adriano était à côté de moi — cette veste qu'il venait d'enfiler, ces clés dans la main, Marco qui attendait dans le couloir.Je décrochai.— Allô.— Lina Morel.Cette voix.Grave. Posée. Cet accent.Mon sang se glaça.— Morozov.Adriano se retourna immédiatement.— Bonjour ma petite, dit Morozov. Ou devrais-je dire — bonjour la mariée.— Où est ma mère.— En sécurité. Pour l'instant.— Je veux lui parler.— Non.— Je veux savoir qu'elle va bien.— Elle va bien. Elle est réveillée. Elle est attachée. Elle n'est pas blessée.Ces mots — *elle est attachée* — quelque chose dans ma poitrine qui brûla.— Si vous lui faites du mal—— Je ne lui ferai pas de mal. Ce n'est pas une femme que j'ai contre moi. C'est votre mari. Votre futur mari.Adriano tendit la main.*Donne-moi*, dit-il silencieusement.Je secouai la tête.*Non.*Il me regarda.Je me retournai.— Qu'est-ce que vous voulez ? dis-je à
CHAPITRE 82LE POINT DE VUE DE CLAIRE MORELLe noir d'abord.Ce noir épais, sans rêves, sans sons — ce genre d'obscurité qu'on ne choisit pas et dont on revient lentement, par couches, comme remonter depuis le fond d'une eau très profonde.Des sons d'abord.Des voix lointaines. Un bruit de porte. Quelque chose de métallique.Puis la douleur.Pas une douleur vive — une douleur sourde dans les poignets, cette circulation coupée, ces liens que je sentis avant de les voir. Et dans la tête — ce poids, cette lourdeur de quelqu'un qui s'est réveillée trop vite depuis quelque chose de chimique.J'ouvris les yeux.Un plafond.Bas. En béton. Une ampoule nue qui pendait — cette lumière jaune et froide qui n'éclairait pas vraiment, qui créait des ombres plus qu'elle ne les dissipait.Je tournai la tête.Des murs. En parpaing. Une porte en métal sur ma gauche.Je regardai mes mains.Attachées devant moi — des liens en plastique, ces serres-câbles épais. Mes chevilles aussi — j'en pris conscience p
CHAPITRE 81LE POINT DE VUE DE LINAMon téléphone vibra.Je me retournai.Un message de Giulia.Trois mots."Viens me voir." Pas un message ordinaire — pas le traiteur, pas les fleurs, pas un détail logistique de dernière minute. Trois mots plats, directs, sans explication. Le genre de message que Giulia n'envoyait pas.Jamais.Adriano vit mon visage.— Quoi ?Je lui montrai l'écran.Quelque chose passa dans ses yeux — rapide, bref, ce mouvement que je reconnaissais maintenant. Celui qu'il avait quand il savait déjà quelque chose.— Tu savais.Ce n'était pas une question.— Lina—— Tu savais quelque chose et tu ne m'as pas dit.— Je voulais vérifier d'abord.— Adriano. Où est ma mère ?Sa voix quand elle vint était différente.— On ne sait pas encore.Le sol sous mes pieds.— Qu'est-ce que ça veut dire on ne sait pas encore ?— La voiture qu'on avait envoyée — elle n'est pas arrivée à la maison de convalescence. Le chauffeur ne répondait pas depuis—Son téléphone vibra.Il regarda l'
CHAPITRE 80LE POINT DE VUE DE LINAOnze heures trente.Je regardai mon téléphone pour la quatrième fois.Toujours rien.Ma mère aurait dû être là depuis vingt minutes — cette voiture envoyée par Giulia, ce chauffeur en gants blancs, cet itinéraire simple et direct depuis la maison de convalescence.Vingt minutes de retard.Peut-être la circulation. Peut-être un imprévu médical — une tension trop haute, une fatigue soudaine, ces choses qui arrivaient encore parfois.Je composai son numéro.Ça sonna.Une fois.Deux.Trois.Quatre.La messagerie.Je raccrochai.Recomposai.Même chose.— Giulia ?Elle était dans le couloir — je l'entendis depuis la chambre.— Elle arrive, dit-elle depuis l'embrasure. Il y a sûrement un embouteillage.Sa voix.Quelque chose dans sa voix qui n'était pas tout à fait normal.Je la regardai.— Tu es sûre ?— Mange quelque chose en attendant. Tu n'as rien pris ce matin.— Giulia.— Un peu de pain. La cérémonie est dans une heure.Elle disparut.Je regardai mon
CHAPITRE 79LE POINT DE VUE DE LA MÈRE DE LINA — CLAIRE MORELCe matin était le plus beau depuis longtemps.Peut-être le plus beau depuis des années — depuis avant la maladie, depuis avant ces mois qui s'étaient succédé dans cette chambre d'hôpital avec leurs odeurs de désinfectant et leurs machines et leurs médecins aux voix trop douces.Ce matin j'avais une raison de me lever.Une vraie.L'infirmière était arrivée à huit heures.Marie-Hélène — celle qui travaillait les jours pairs, celle qui avait cette façon de prendre ma tension en chantonnant sans s'en rendre compte. Je l'aimais bien. Elle ne surjouait pas la bienveillance comme certains le faisaient — elle était simplement là, efficace et humaine.— Grande journée, dit-elle en vérifiant mes constantes.— La plus grande.— Comment vous vous sentez ?— Légère.Elle rit.— C'est bon signe.Elle me tendit mes médicaments du matin — ces petites pilules que j'avais appris à avaler sans y penser, ce verre d'eau, ce rituel quotidien que
CHAPITRE 78LE POINT DE VUE DE LINACe matin.Ce matin particulier.Je me réveillai avant l'aube — pas à cause d'un bruit, pas à cause d'une inquiétude. Juste ces yeux qui s'ouvraient naturellement, ce corps qui savait avant que la tête comprenne que ce jour était différent de tous les autres.Je restai allongée quelques minutes.Le plafond de la chambre bleue.Ces moulures que je connaissais maintenant par cœur — chaque angle, chaque ligne. Cette chambre qui avait été la mienne depuis le début, cette chambre bleue où j'avais eu peur la première nuit et où j'avais appris progressivement que la peur n'était pas permanente.Aujourd'hui.Aujourd'hui je quittais cette chambre pour de bon.Pas la maison — la chambre bleue. Ce soir je dormirais ailleurs. Dans sa chambre. Dans notre chambre.Je souris dans le noir.Giulia frappa à sept heures précises.— Tu es réveillée.— Depuis un moment.Elle entra. Ce plateau — café, pain, fruits. Ce rituel qu'elle maintenait depuis des mois et qui ce ma
CHAPITRE 57LE POINT DE VUE DE KATIAIl se leva du tapis.Sofia protesta — ce petit son caractéristique, ce début de plainte de quelqu'un qui n'était pas prêt à lâcher.— Encore, dit-elle.— Je reviens, dit-il.Et il se leva.Je les regardai depuis le fauteuil — ce moment, cette façon qu'elle avait
CHAPITRE 56 LE POINT DE VUE DE KATIAJe l'entendis arriver.Ce moteur — ce son particulier de sa voiture que j'avais appris à reconnaître pendant des années, cette façon qu'avaient les cylindres de tourner légèrement différemment des autres voitures. Ces détails qu'on apprend sur les gens sans les
CHAPITRE 55LE POINT DE VUE DE LINAMarco était parti depuis deux minutes quand j'entendis les pas dans l'escalier.Ces pas.Ce rythme que je reconnaissais entre mille maintenant — cette façon particulière dont ses semelles touchaient le marbre, cette cadence mesurée qui ne pressait jamais et qui
CHAPITRE 54LE POINT DE VUE DE MARCOJe connaissais Adriano De Luca depuis douze ans.Douze ans à conduire ses voitures, à garder ses secrets, à rester dans les couloirs pendant les conversations importantes et à faire semblant de ne rien entendre. Douze ans à apprendre ce que son silence signifiai







