ANMELDENPOV : Nikolai
La pluie n'a pas cessé depuis le matin, striant les hautes fenêtres de mon bureau de longues traînées grises qui déforment la skyline de Moscou en une masse floue de béton et de verre. La pièce sent encore le café refroidi et le bois ciré, cette odeur familière qui accompagne mes journées depuis des années, presque aussi ra
POV : NikolaiLe lendemain matin, avant même qu'Alima ne se réveille, je réunis Grigori, Artiom et Vania pour lancer la première phase de ce que nous avons décidé la veille: frapper les intérêts économiques d'Andreï plutôt que sa personne directement, un message clair sans franchir la ligne rouge que Grigori m'a lui-même signalée quelques jours plus tôt. La maison, silencieuse à cette heure matinale, ne porte encore aucune trace de la journée qui s'annonce, et je quitte la chambre avec la même discrétion que j'aurais employée pour ne pas réveiller un ennemi endormi, tant je redoute encore, malgré tout, de briser cette fragile tranquillité qu'Alima a enfin retrouvée après une nuit agitée.— Andreï possè
POV : NikolaiLa datcha de Sergueï, nichée au cœur de la forêt de Peredelkino, ressemble à un vestige d'un monde révolu, bois vieilli par des décennies d'hivers successifs, fenêtres éclairées d'une lumière chaude et tremblante que je distingue déjà en approchant à pied depuis l'endroit où j'ai laissé ma voiture, seul, comme il me l'a demandé. La neige crisse sous mes pas dans un silence presque irréel, seulement troublé par le vent qui agite les hautes cimes des pins environnants, et je songe, en avançant vers cette maison isolée, à toutes les fois où Sergueï m'a répété que Peredelkino était le seul endroit de Russie où il se sentait encore véritablement lui-même.Il m'attend s
POV : AlimaSonia m'attend dans notre café habituel près de la faculté, deux tasses déjà commandées, un carnet noirci de notes ouvert devant elle sur la table. Elle relève la tête en me voyant approcher, et je vois immédiatement, à l'excitation contenue dans son regard, qu'elle a découvert quelque chose d'important. Le café, tapissé de vieilles affiches de concerts et bondé d'étudiants révisant à voix basse, m'offre une bulle familière et rassurante, un décor que je connais par cœur depuis mes premières années de faculté, bien avant que ma vie ne bascule entièrement.— Tu as une mine affreuse, dit-elle en guise de salutation, avant d'adoucir aussitôt son ton. Ça va.
POV : NikolaiLe message d'Alima, reçu en pleine réunion avec Grigori, m'arrache un sourire que je m'empresse de dissimuler avant que mes hommes ne le remarquent. Elle a sauvé une patiente ce matin, diagnostiqué à temps une appendicite que d'autres auraient laissée s'aggraver, et cette simple phrase, envoyée sans autre prétention que de partager sa fierté, réussit à percer, l'espace d'un instant, l'épaisse tension qui règne dans cette pièce depuis le début de la matinée. Je réponds brièvement, quelques mots seulement, avant de reposer le téléphone et de reporter toute mon attention sur les documents que Grigori a étalés devant moi, résultat de deux jours de recherches acharnées sur les avoirs dispersés de Bariatinski.
POV : AlimaJe n'ai pas dormi plus de deux heures cette nuit, l'esprit tournant en boucle autour de cette photographie, de ce sourire inconnu sur le visage de mon père, de toutes les questions que je n'ai pas encore osé lui poser directement. Nikolai a essayé, avant que je ne quitte la maison ce matin, de me retenir un instant, mais j'ai préféré fuir vers ce qui reste, dans ma vie actuelle, l'un des rares endroits où je sais encore exactement qui je suis censée être. Mais l'hôpital, contrairement à ma propre vie, n'accorde aucun répit aux esprits fatigués, et je retrouve, en franchissant les portes du service ce matin, cette même discipline salvatrice qui m'a toujours permis de me concentrer sur autre chose que mes propres tourments.Vassilievitch m'intercepte presque immédiatement,
POV : NikolaiJe referme lentement la main sur le bord du bureau, cherchant dans ce contact rigide un semblant de contrôle que je sens m'échapper depuis la seconde où Alima a saisi cette photographie. Vingt ans de discipline apprise auprès de Sergueï, et pourtant, face à elle, ce soir, je ne trouve aucune manière élégante de retarder ce que je vais devoir lui dire. La carte de Moscou, toujours étalée entre nous sur le bureau, semble soudain dérisoire face à ce que cette simple photographie vient de rouvrir, un passé que je pensais avoir suffisamment maîtrisé pour ne jamais avoir à le lui révéler dans ces conditions précises.— Assieds-toi, dis-je enfin.— Je préfère rester debou







