Et cette nuit-là, pour la première fois depuis que nous nous connaissons, Gabriel me parle de son enfance. Pas de sa mort, pas de la malédiction, pas de la tragédie. Il me parle de sa vie, de sa vraie vie, celle qui a duré dix-sept ans et qui a été si pleine, si riche, si vibrante qu'elle mérite d'être racontée. Il me parle des étés au bord du lac, quand il avait huit ans, dix ans, douze ans, et que le monde était encore un paradis de lumière et d'insouciance. Des baignades avec ses frères dans l'eau glacée des sources, des courses folles dans les champs de blé mûr, des cabanes construites dans les arbres. Il me parle des pêches miraculeuses où ils attrapaient des truites si grosses que son père n'y croyait pas. Il me parle de son père, Auguste, un homme sévère mais juste, taiseux mais aimant, qui lui avait appris à lire dans les étoiles, à reconnaître le chant de chaque oiseau, à respecter la forêt et ses créatures invisibles. Il me parle de sa mère, Madeleine, douce et fragile comme
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