8

Cunégonde s'accouda à la barrière de l'enclos tout en observant Dallan jouer au professeur avec le gamin. Voyant le gamin essayer de brosser le cheval avec la brosse qu'il tenait en main lui rappelait le jour où Dallan avait essayé de l'apprendre à s'occuper d'un cheval. Elle se rappelait ce moment où elle avait ressenti un frisson lui parcourir l'échine lorsqu’il avait posé sa main sur la sienne. Elle avait su qu'elle était attirée par lui. Comment ne pas l'être. Elle était quand même tombée sur un homme doté d'un charme irrésistible et d'une générosité sans borne.

Oui il était assez généreux. Il aurait pu envoyer ce gamin en prison pour ce qu'il avait tenté de faire à son ranch, mais au lieu de ça il avait décidé de garder ce gamin avec lui et de le faire travailler afin qu'il gagne de quoi s'occuper de ses frères. Et elle l'admirait pour ça.

Dallan surprit Cunégonde à l'autre bout de l'enclos et entreprit de la rejoindre après avoir laissé des ordres au gamin. Cunégonde s'était redressée lorsque ce dernier s'était approchée d'elle.

— Vous aviez bien dormi ? Demanda-t-il en guettant le moindre de ses mouvements.

— Oui Dallan. C'est la première fois depuis des mois j'ai pu trouver le sommeil sans me soucier de ce qui pourrait m'arriver. Je n'ai plus peur à présent et cela grâce à vous.

— Je vous ai fait une promesse. Ne me remercier pas.

— Et vous l'avez tenu.

— Qu'est-ce qui vous tracasse Señorita? Je vois bien dans vos yeux que vous semblez inquiet, remarqua-t-il.

— Comment ne pas l'être ? Vous risquez d'aller en prison. Vous avez tué cet homme et la police ne tarderait pas à se pointer dans votre ranch avec un mandat d'arrêt.

Elle tendit sa main sur sa joue et le fixa intensément. Elle mourait d'envie de lire dans son regard, mais il restait neutre, son regard restait neutre. Pas la moindre lueur de panique, ni de regret. Il aurait dû se préoccuper de son sort quand même. Avoir commis un meurtre ne semblait pas le préoccuper.

— Vous avez risqué votre vie pour moi ainsi que votre liberté.

— Vous voulez savoir si je regrette d'avoir risqué ma vie pour une femme que je connais à peine ? Non, je ne le regrette pas. Il a eut ce qu'il mérite. Il n'aurait pas dû essayer de vous toucher.

Lorsqu'il avait aperçu ce misérable tenter de la violer il n'avait pas réfléchi aux conséquences qui allaient suivre en le torturant à mort. Cunégonde avait déjà assez souffert pour qu'elle subisse un traitement aussi répugnant de la part de son ravisseur.

— Que feriez-vous si la police...

— Arrêtez de vous tracasser ! Je vais m'en sortir. D'ailleurs j'irai au commissariat dans moins d'une heure et faire part de ce qui s'est produit hier.

— Ne le faites surtout pas Dallan. Cela vous coûterait votre liberté si vous vous dénoncer à la police.

— Si, je dois le faire puisque j'ai usé de la légitime défense.

— Dans ce cas laissez-moi vous accompagner.

— Et qui va s'occuper du gamin ? Il serait préférable que vous restiez ici.

— Promettez-moi que vous reviendrez Dallan.

— Encore une promesse que je dois tenir, dit-il en serrant la main de la jeune femme dans la sienne.

Cunégonde sentit son cœur s'alourdit rien qu'en songeant au risque que prenait Dallan. Elle ne pourrait supporter si pas malheur il se retrouve condamner à demeurer dans une cellule pour l'avoir sauvée des griffes de son ravisseur.

Il fallut plusieurs secondes à Cunégonde pour se rendre compte qu'elle était à présent seule dans la maison. Elle aurait pu être effrayée si son ravisseur était toujours en vie et à sa recherche. Cela lui faisait un bien fou de se sentir en sécurité et de savoir que son ravisseur était à présent six pieds sous terre. Elle le devait à Dallan et ce dernier était toujours au commissariat. Remarquant qu'elle avait dormi pendant plusieurs heures elle sentit le rythme cardiaque de son cœur accélérer. Il faisait nuit et il n'était toujours pas rentré. Se pourrait-il qu'on l'ait retenu ? Elle refoula vivement cette pensée. Dallan l'avait promis qu'il rentrerait. Elle n'avait aucune raison de s'inquiéter puisqu'il était le genre d'homme à tenir ses promesses.

Elle parlant de promesse, elle en avait fait une également à Dallan. Elle se précipita dans la cuisine avec pour idée de préparer un repas. Elle avait parlé d'une recette qu'elle maîtrisait et qui allait lui faire mordre les doigts une fois qu'il l'aurait goûté. Affichant un sourire, elle sortit des placards tout ce dont elle avait besoin pour concocter cette recette. À sa plus grande surprise elle constata qu'il y avait tout ce qu'il faut. Il ne restait plus qu'à se mettre à l'œuvre. Elle alluma la cuisinière et posa sur un feu doux la poêle. Cunégonde secoua la tête, exaspérée par ce qu'elle endurait en s'activant à couper les oignons. Elle soupira en les renversant dans l'huile. Elle cassa ensuite dans un saladier les œufs et le mélangea avec le bœuf haché qu'elle avait heureusement trouvé dans le réfrigérateur. Sa gouvernante aurait été fière de voir à quel point elle s'y prenait bien en cuisine. Elle n'avait pas perdu son temps à lui apprendre à faire des mets et elle non plus à en juger par la façon dont elle s'y prenait. Dallan allait adorer.

Tard dans la nuit, Cunégonde jeta un énième regard à la montre murale. Elle perdait patience. En prenant l'initiative de cuisiner elle n'aurait imaginé qu'elle resterait près de la fenêtre pendant plusieurs heures à guetter le retour de Dallan. La peur commençait à la gagner à nouveau. L'idée qu'elle ne revoit plus jamais l'homme qui l'avait sauvé la vie la glaça d'épouvante. Elle avait peut-être ruiné sa vie en frappant à sa porte pour demander de l'aide.

Elle sursauta lorsqu'elle entendit la porte d'entrée retentit. Elle se dépêcha vers la porte et lorsque celle-ci s'ouvrit sur Dallan elle se jeta sur lui pour l'étreindre. Dallan qui ne s'attendait pas à recevoir un tel accueille de la jeune femme à une heure pareille haussa un sourcil d'étonnement. Cunégonde poussa un soupir de soulagement en se retenant de pleurer. Elle croyait un instant qu'entrer dans la vie de Dallan était une erreur.

— J'aimerais mieux respirer, essaya-t-il d'articuler.

— Oh pardon ! Marmonna-t-elle en rougissant d'un coup.

— Vous avez passé toute la nuit à m'attendre ?

— Comment pourrai-je dormir alors que vous avez eu la stupide idée de vous rendre à la police pour vous dénoncer.

Dallan s'attarda sur la table digne d'un buffet dans le salon. Son expression n'échappa pas à la vue de Cunégonde qui subitement avait affiché un sourire assez fier. Il ne s'attendait visiblement pas à rentrer après une longue journée et à trouver de quoi se mettre sous la dent.

— Vous avez sûrement faim, dit-elle en le trainant dans le salon.

Elle le fit asseoir sur l'une des chaises et disposa un couvert devant lui.

— Je suis vraiment contente que vous soyez rentré.

— Vous vous êtes autant donnée de mal pour cuisiner tous ces repas. Heureusement j'ai décliné l'offre d'Isabella.

— Qui est Isabella ? Demanda Cunégonde avec une jalousie manifeste.

— Une vieille amie de ma sœur. Elle vient d'emménager ici et elle travaille à la police. Il y a longtemps qu'on ne s'est plus revue. Nous avons passé un peu de temps ensemble à discuter après qu'on m'ait libéré.

Contrariée, Cunégonde s'assit en face de lui en croisant les bras.

— Vous n'allez pas me servir ? Demanda-t-il en considérant la jeune femme d'un regard perplexe.

— Servez-vous ! Vous avez vos deux mains, non ?

Dallan nota une pointe d'agressivité dans sa voix. Il fut surpris de son changement d'humeur brusque.

— Qu'il y a-t-il ? Vous semblez contrarié ?

— Contrarié ? Je me sens plutôt stupide, cracha-t-elle en retenant ses larmes qui menaçaient de couler.

— Et pourquoi donc ?

— Ça vous ait bien égal qu'une femme qui se soucie de votre sort ait passée presque toute la journée à espérer votre retour. J'étais assise là, près de la fenêtre à vous attendre et à me demander si vous n'avez peut-être pas fait une erreur en vous rendant à la police vu que vous mettez du temps à rentrer. N'avez-vous pas pensé une seconde que je pourrai être inquiet lorsque vous prenez votre temps à discuter avec votre vielle amie ?

— Je suis désolé, dit-il d'une voix sincère. Je n'avais pas vu le temps passé.

— Il n'a pas vu le temps passé, déclara-t-elle avec un rire amer. Bon appétit !

Elle se leva du siège et gagna les escaliers sous le regard médusé de Dallan. Elle s'enferma dans la chambre qu'elle occupait et cria de rage pendant quelques secondes avant de s'affaler dans le lit. Il était avec une femme ! Quelle conne avait-elle été de penser que la police l'avait retenu. Elle sentit les larmes lui brûler les yeux lorsqu’elle se rappela du temps qu'elle avait mis dans la cuisine. Il avait sûrement diné avec elle pendant qu'elle cuisinait pour lui. Quel gâchis !

Elle se débarrassa de ses vêtements d'une main irritée et rentra sous les draps espérant vite trouver le sommeil afin de ne pas passer toute la nuit à pleurer. Au moment où elle ferma ses paupières elle entendit des coups de frappe. Elle fit mine de ne rien entendre. Qu'il aille se fait foutre !

— Ouvrez-moi s'il vous plaît. Je ne comprends pas pourquoi vous en faites autant.

Cunégonde sentit l'irritation poindre. Comment osait-il ne pas comprendre ? Elle s'était inquiétée pour rien. Elle avait passé toute la nuit à l'attendre quand même. Elle entendit le bruit de la serrure et sans plus attendre, elle se redressa brusquement du lit et par mégarde, elle trébucha sur le pied mal au point. Elle poussa un cri de douleur... Cette situation la frustrait au plus haut point.

Le cri de la jeune femme alarma Dallan qui sans hésiter, força de toutes ses forces la serrure. Cunégonde qui était à même le sol avec le pied cassé, écarquilla les yeux. Malgré la douleur qui la taraudait, elle fut surpris par la force avec laquelle il avait ouvert cette porte. Cet homme la surprenait de plus en plus.

— Vous vous êtes fait mal ?

Cunégonde ne prêta guère attention à son expression alarmée. C’était tout de même en partie sa faute si elle se retrouvait au sol avec le pied en mauvais état.

— Je n'ai rien, dit-elle en essayant tant bien que mal de se mettre debout.

Posé le pied sur le sol lui arracha un autre cri de douleur. Heureusement, Dallan s'était vite empresser de la rattraper sinon elle aurait refait une chute qui n'allait sans doute pas épargner son second pied. Cunégonde resta pendant quelques secondes dans les bras de Dallan. Elle oublia aussitôt sa colère. C'était si bon d'être enroulée par ses bras musclés, songea-t-elle alors qu'il la porta pour la poser dans le lit.

— Cessez de faire l'enfant Cunégonde. Vous auriez pu vous faire encore plus mal.

Cunégonde renfrogna la mine. Ce n’était pas le moment de la réprimander. Il aurait pu être pardonné s'il s'était excusé. Malgré la colère qu'elle ressentait, elle le laissa quand même masser son pied. Pourquoi se souciait-il d'elle à présent ?

— C'est bon, cria-t-elle en retirant son pied.

Dallan exhala un soupir et la fixa pendant plusieurs secondes. Décider à mettre les choses au clair entre eux il s'installa dans le siège au coin de la pièce. Il l'étudia pendant qu'elle attrapait le drap pour couvrir ses pieds.

— Votre comportement porte à croire que vous êtes jalouse. Est-ce que je me trompe ?

À ces mots, Cunégonde sentit les battements de son cœur accélérer. Il ne manquait plus que ça. Elle n'arrivait même plus à le regarder dans les yeux. Cet homme avait le chic de la mettre plus en colère. Elle reconnait quand même qu'elle l'avait bien mérité. C'était déplacée de sa part de se montrer si possessive alors qu'ils se connaissaient à peine.

Dallan attendait patiemment qu'elle réponde même si son expression répondait déjà à sa question. Il ne se trompait pas. Mentionner, Isabella l'avait rendu folle de rage.

— Vous allez rester longtemps là à me dévisager ? Allez-vous-en, râla-t-elle sans pour autant le regarder.

— Pas si vous admettez que j'ai raison.

— Que vous avez raison ? S’égosilla-t-elle. Je ne suis pas jalouse, rétorqua-t-elle vivement. Je suis juste contrariée que vous aillez passer votre temps avec cette... Isabelle.

— Isabella, Corrigea-t-il.

— Peu importe. De toute façon, il s'agit de la même personne.

Dallan retint de justesse son envie de glousser. Elle osait admettre le contraire alors qu'il pouvait sentir sa jalousie.

— Je suis sûre que si Isabella était en face de vous, vous n'allez pas hésiter à vous jeter sur elle et lui passer un sale savon.

Il avait raison. Elle brûlait tellement de rage, mais elle mourrait plutôt d'envie de lui coller une baffe.

Il se redressa du siège et s'avança vers elle. Il lui tendit une photo. Cunégonde leva un sourcil avant de s'en emparer. Elle jeta un coup d'œil. Il y avait sur cette photo deux jeunes filles qui semblaient heureuses à en juger par leur sourire. L'une était blonde et l'autre brune.

— Je suppose que celle-ci est votre sœur, dit-elle en pointant du doigt la jeune fille blonde. Vous avez les mêmes traits.

— Vous avez vu juste.

— Vous ne m'avez jamais parlé d'elle.

— Je n'aime pas trop parler d'elle. Cela me donne de la nostalgie quand je le fais.

— De la nostalgie ?

— Elle est décédée.

— Oh, je suis désolée.

Dallan nota une pointe de tristesse dans sa voix et s'en réjouit. Elle finira par comprendre pourquoi avait-il passé toute la soirée avec Isabella.

— Et elle c'est Isabella, dit-elle en fixant la brune.

— Oui, c'était la meilleure amie d'Octavia. Après la mort de Via elle s'est installée à Londres. On se côtoyait de moins en moins puis elle a fini par couper les ponts avec nous. Elle s'en voulait tellement de la mort de sa meilleure amie et je pouvais la comprendre. Elle ne pouvait nous regarder dans les yeux tout en sachant que sa famille avait causé tant de peine à la nôtre. Si Octavia n'est plus parmi nous c'est en partie à cause de son père. La balle que ma sœur avait reçu provenait de l'arme du père d'Isabella.

— Quoi ? Son père a osé mettre fin à la vie de la meilleure amie de sa fille ? Mais pourquoi ?

— Robert n'aurait jamais pu faire du mal à Octavia. Il l'aimait comme sa fille.

— Je ne comprends pas.

— Octavia était au mauvais endroit et au mauvais moment. Robert est un chasseur. Il n'aurait jamais pu imaginer qu'Octavia s’inscruterait dans son champ de vision. Tout était passé si vite.

Les bras de la jeune femme resserrèrent la taille de Dallan.

— J'imagine la douleur que vous avez du ressentir. Perdre un être cher de façon brusque. Oh Dallan, je suis vraiment désolée.

— Ne le soyez pas Señorita. J'ai pu guérir avec le temps. Je m'inquiète plus de l'état de Robert. Il était le sujet de notre discussion. Il a changé. Il n'est plus le même. Il passe la plus majeure partie de sa vie à culpabiliser. Isabella pense qu'il finira par se tuer.

Cunégonde mourut de honte. Elle se sentit à présent si pathétique.

— Pardonnez-moi Dallan. Je me suis mise en colère parce que...parce que...

Elle se tut un moment, se rendant compte qu'elle était à deux doigts d'admettre qu'il avait raison de penser qu'elle était jalouse.

— Isabella était la meilleure amie de ma sœur. Flotter avec elle est la dernière chose que je ferai.

Cunégonde se sentit soulager.

— Je suppose que vous ne m'en voulez plus.

— J'ai vraiment honte. Je ne peux même plus vous regarder dans les yeux.

— Je viens de me rendre compte que vous avez un faible pour moi. Je comprends tout à fait votre réaction.

Les joues de la jeune femme virèrent aussitôt au rouge. Pourquoi faut-il chaque fois que ses émotions la trahissent ?

— Maintenant que vous vous êtes rendu compte de l'affection que j'ai pour vous, vous allez me prendre pour...

— Vous avez faim ? Moi si. Je meurs d'envie de manger ce que vous avez cuisiner.

Ne s'attendant pas à être coupée, elle leva un sourcil perplexe. Il est évident qu'il en avait rien à foutre qu'elle soit attachée à lui. Contre toute attente, il la souleva. Il gagna le salon et il la fit asseoir sur le siège.

— Demain, vous verrez un docteur.

À suivre...

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