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Chapitre 18

Author: lerougeecrit
last update publish date: 2026-05-03 21:33:45

Ava

Le silence de la suite impériale du Grand Hôtel de Stockholm n'était pas un apaisement, c'était une sentence. Un vide pressurisé où chaque bruit — le froissement d'une chemise qu'on plie, le cliquetis d'une boucle de ceinture, le bourdonnement lointain des ferries sur la Baltique — résonnait comme un coup de tonnerre dans mon crâne. L'air lui-même semblait s'être raréfié, chargé d'une électricité statique qui faisait dresser les poils sur mes bras.

Je me tenais près de la fenêtre, le regard
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  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 18

    AvaLe silence de la suite impériale du Grand Hôtel de Stockholm n'était pas un apaisement, c'était une sentence. Un vide pressurisé où chaque bruit — le froissement d'une chemise qu'on plie, le cliquetis d'une boucle de ceinture, le bourdonnement lointain des ferries sur la Baltique — résonnait comme un coup de tonnerre dans mon crâne. L'air lui-même semblait s'être raréfié, chargé d'une électricité statique qui faisait dresser les poils sur mes bras.Je me tenais près de la fenêtre, le regard perdu sur les eaux froides et argentées de l'archipel, mais je ne voyais rien. Mes yeux étaient fixés sur le reflet de Michaël dans la vitre. Il était devenu l'ombre de lui-même, une version distordue et paranoïaque de l'homme que j'avais jadis cru pouvoir aimer. Il s'agitait autour de nos valises avec une frénésie de bête acculée. D'une main, il fourrait nos affaires de voyage dans les bagages en cuir avec une brutalité qui m'arrachait un tressaillement à chaque geste ; de l'autre, il pressait

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    VincenzoParis me donnait la nausée. Cette ville de lumières, de boulevards haussmanniens et de politesse feutrée n'était pour moi qu'un labyrinthe de béton froid, un tombeau à ciel ouvert où l'odeur de la pluie automnale masquait celle de ma proie. J'étais enfermé dans la suite royale du Plaza Athénée, un sanctuaire profané qui exhalait encore l'odeur d'Ava — ce parfum de gardénia, de musc léger et d'innocence perdue qui me griffait la gorge à chaque inspiration. Chaque seconde passée dans ce luxe stérile était une insulte à ma rage, une torture lente qui me rappelait que l'homme le plus puissant de Naples avait laissé sa reine se faire enlever sous son propre toit parisien.Je fixais l'écran de mon ordinateur portable, les yeux brûlés par le manque de sommeil et la lumière bleue qui transformait mon visage en un masque spectral. La vidéo de surveillance de la place Vendôme tournait en boucle, une litanie d'images granuleuses qui tourmentaient mon esprit jusqu'à la démence. J'avais f

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    AvaStockholm. La ville s’étalait sous mes yeux comme un désert de verre et d'acier, une étendue d'une propreté insultante, presque clinique, sous un ciel de plomb qui semblait peser sur les toits avec l'indifférence d'un linceul. À travers les immenses baies vitrées de la suite royale du Grand Hôtel, les eaux de la Baltique ne ressemblaient pas à la mer ; elles ressemblaient à du mercure liquide — lourdes, impénétrables, figées dans une immobilité de mort qui me rappelait mon propre état. C'était un décor de conte de fées boréal qui, pour moi, avait les traits d'un mausolée de luxe, une prison de nacre où chaque reflet d'argent me renvoyait l'image d'une femme que je ne reconnaissais plus.Cela faisait deux jours que Michaël m’avait traînée ici, m'arrachant à la mélancolie dorée de Paris pour me plonger dans cet enfer de silence. Deux jours que j’étais entourée d’une « armée de protection » : des hommes en costumes gris anthracite, aux visages lisses, interchangeables, dont le regard

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 15

    VincenzoNaples sous la pluie n'a rien de cette carte postale romantique que les touristes emportent dans leurs valises comme un trophée de pacotille. C’est une ville qui sue par tous ses pores de basalte, une bête blessée et malodorante qui exhale des effluves de bitume mouillé, de gasoil lourd et de déchets calcinés dans les ruelles labyrinthiques. Depuis mon bureau, au sommet de la tour de verre et d’acier qui abrite le quartier général des De Luca, je regardais les gouttes s'écraser contre la vitre avec une régularité de métronome. Chaque impact était une insulte, chaque seconde passée sans Ava une érosion lente mais inexorable de ma propre carcasse.Le silence de mon manoir, autrefois vibrant de sa présence, de son parfum, et même de ses colères, était devenu un linceul de plomb. L'air y était raréfié, comme si l'oxygène avait déserté les lieux en même temps qu'elle. Mon empire, cette cathédrale de sang, de peur et de béton que j’avais mis une vie de fer à bâtir, me semblait soud

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 14

    AvaParis en automne possède cette mélancolie dorée que Naples, dans sa fureur solaire, ignore superbement. Ici, la lumière n’est pas une agression, un projecteur braqué sur les péchés des hommes ; elle est filtrée par un ciel de nacre, une gaze vaporeuse qui adoucit les angles tranchants des immeubles haussmanniens et donne à la Seine des reflets d’argent liquide, presque huileux. L’air sent la pluie froide, le cuir mouillé et le bois brûlé des cheminées du faubourg Saint-Germain. C’est une odeur de civilisation, de secrets chuchotés derrière des tentures de velours, loin du soufre, de la poussière volcanique et du sel âcre de la Méditerranée qui me collait encore à la peau.Cela faisait dix jours que j'avais fui le Palazzo De Santis et l'ombre étouffante, presque sépulcrale, de mon mari. Dix jours que j'habitais une suite du Plaza Athénée, baignée dans un luxe de soie et de dorures qui me semblait soudain stérile, étrangement fade, après l'intensité brute, électrique et sanglante de

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    VincenzoLe vrombissement sourd des réacteurs du jet privé de Don Benito résonnait dans mes tempes comme un tambour de guerre, une percussion métronomique qui martelait mon échec à chaque mille nautique parcouru. À l’intérieur de la cabine pressurisée, là où l’odeur du cuir pleine fleur, de l’espresso serré et du vernis de noyer rappelait à chaque seconde l’opulence indécente des De Santis, l’air était devenu un poison. On ne voyageait pas dans l’appareil de l’Empereur par simple invitation ; on y était escorté, tel un vassal traîné devant son suzerain pour y rendre des comptes sanglants.Assise en face de moi, Ava fixait le hublot, le regard perdu dans une mer de nuages pommelés qui effaçait déjà la silhouette volcanique de ma Naples pour la remplacer par l’ombre spectrale de la lagune vénitienne. Elle était d’une pâleur de lys, une beauté translucide que la lumière crue de l’altitude rendait presque irréelle, comme une madone de la Renaissance prise dans le carcan du XXIe siècle. Se

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