LOGINLilithJe suis vieille, maintenant. Mes cheveux sont blancs, mes mains sont ridées, mon dos se voûte un peu quand je marche. Le temps a fait son œuvre, lentement, inexorablement, comme il le fait pour tous les mortels.Je n'ai aucun regret.Je suis assise sur la terrasse de ma villa, à Naples. La même que j'ai louée il y a trente ans, quand je fuyais le poids du choix. Je l'ai achetée, finalement. Elle est devenue mon refuge, mon port d'attache, le lieu où je viens me reposer des tempêtes.La mer est calme aujourd'hui. Le soleil est doux. Le parfum des citronniers monte du jardin, se mêle à l'odeur du sel.Dante est à côté de moi. Il a vieilli, lui aussi. Ses cheveux sont gris, ses rides profondes, mais ses yeux sont toujours les mêmes. Ces yeux sombres qui m'ont regardée avec amour, même dans les pires moments.— Tu te souviens ? dit-il.— De quoi ?— De tout. Du jour où je suis revenu d'exil. De ta tête quand tu m'as vu sur le pas de la porte. Tu avais l'air d'avoir vu un fantôme.—
LilithLa douleur est indescriptible. Une vague qui monte, qui monte, qui submerge tout. Mon corps est un champ de bataille, et je suis en train de perdre la guerre.— Respirez, madame Moretti. Respirez.La sage-femme a une voix calme, posée, rassurante. Elle en a vu d'autres. Des centaines, des milliers de femmes hurlant, suant, poussant. Mais pour moi, c'est la première fois.Dante est à côté de moi. Il me tient la main, il éponge mon front, il murmure des mots que je n'entends pas. Je vois dans ses yeux une peur immense, une peur qui n'a rien à voir avec les guerres de clans et les embuscades. La peur de me perdre. La peur de perdre l'enfant.— Poussez. Encore. Plus fort.Je pousse. Je hurle. Mes doigts s'enfoncent dans la main de Dante, mais il ne dit rien, il ne recule pas, il reste là, solide comme un roc.Et soudain, un cri. Un cri qui n'est pas le mien. Un cri aigu, perçant, furieux d'être expulsé de la chaleur du ventre maternel pour être jeté dans le froid du monde.— C'est
LilithNaples est belle au printemps. Les citronniers sont en fleurs, la mer est calme, et le soleil caresse la terrasse de notre maison comme un vieil ami.Nous sommes mariés depuis un mois. Un mois de paix, de rires, d'amour. Un mois sans réunions de crise, sans stratégies, sans menaces. Juste nous deux, le ciel bleu, les ruelles blanches, et le bruit des vagues.Dante m'a emmenée visiter les lieux de son enfance, mais aussi ceux de la mienne. Parce que mon enfance, je ne l'ai jamais vraiment eue. Mon père m'a élevée comme un soldat, pas comme une petite fille. Je n'ai jamais joué à la poupée, jamais couru après un ballon, jamais pleuré pour un genou écorché. J'ai appris à tirer avant d'apprendre à lire. J'ai appris à mentir avant d'apprendre à sourire.Alors Dante m'offre une enfance de rattrapage.Nous mangeons des glaces sur le port, comme des adolescents. Nous nous promenons main dans la main dans les marchés, goûtant les olives, le fromage, le pain tout juste sorti du four. Nou
DanteAujourd'hui, elle m'a dit oui.Pas le oui d'une alliance, d'un traité, d'une stratégie. Le oui d'une femme à un homme. Le oui d'un cœur à un autre cœur. Le oui qu'elle a refusé à un démon, et qu'elle m'offre, à moi, simple mortel.La cérémonie est intime. Rien à voir avec les fastes des mariages mafieux d'autrefois, ces parades de pouvoir déguisées en célébrations. Juste nous, nos proches, et le vieux cyprès du jardin.Lilith porte une robe blanche. Du blanc. Lilith Moretti en blanc. Si quelqu'un m'avait prédit cela il y a un an, je lui aurais ri au nez. La Dame de Fer, la veuve noire, la stratège impitoyable, vêtue comme une promise d'un autre temps.Elle est belle. Plus que belle. Elle est lumineuse. Ses cheveux sombres tombent en vagues sur ses épaules. Ses yeux, ces yeux que j'ai vus si durs, si froids, sont aujourd'hui pleins d'une douceur que je ne leur connaissais pas.Marco est mon témoin. Il se tient à côté de moi, raide comme la justice, mais je vois ses yeux briller.
LilithJe rentre chez moi. Dans ma ville, mon manoir, mon territoire. La décision est prise. Je la sens en moi, solide comme une ancre, claire comme une eau de source.Azazel m'attend dans le jardin. Il est adossé au vieux cyprès, celui que mon père a planté le jour de ma naissance. Ses yeux ambrés brillent dans la nuit tombante.— Tu as pris ta décision, dit-il.Ce n'est pas une question.— Oui.— Et ?Je m'approche de lui. Mes pas sont lents, mesurés, mais je ne tremble pas.— Je refuse.Le silence s'installe. Lourd. Dense. Chargé de tout ce qui ne sera jamais.— Pourquoi ?Sa voix est calme, mais je perçois une fêlure, une faille dans l'armure de glace.— Parce que je ne veux pas de ton éternité, Azazel. Je ne veux pas régner sur les Enfers. Je ne veux pas regarder tous ceux que j'aime mourir, encore et encore, pour toujours. Je ne veux pas devenir comme toi.— Comme moi ?— Seul. Coupé des vivants. Condamné à errer dans les ténèbres, à contempler un monde qui n'est pas le tien.Il
LilithJe ne supporte plus le manoir. Ses murs chargés d'histoire, ses pièces remplies de fantômes, ses couloirs où résonnent encore les pas de mon père. J'étouffe.Alors je pars. Seule. Sans escorte. Sans prévenir personne, sauf Vittoria.Naples m'accueille avec sa chaleur, ses odeurs, sa folie douce. La ville de mes ancêtres, celle que mon père évoquait les soirs de mélancolie, quand le cigare se consumait lentement et que son regard se perdait dans le passé. Une ville que je n'ai jamais vraiment connue, mais qui coule dans mes veines comme un sang plus ancien que celui des Moretti.Je loue une petite maison dans les hauteurs, loin du bruit, loin du chaos. Une maison blanche aux volets bleus, avec une terrasse qui donne sur la mer. Le propriétaire est un vieil homme qui ne me reconnaît pas, qui ne me demande rien. Je suis juste une étrangère de passage, une femme seule qui cherche le silence.Le premier jour, je ne fais rien. Rien du tout. Je m'assois sur la terrasse, je regarde la







