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CHAPITRE 7 – L’impact

Author: L'encre
last update publish date: 2026-05-29 15:20:40

Le bruit ne s’arrêtait pas. Il changeait, se transformait, devenait autre chose. Le crissement du métal qui se froisse, le sifflement de la vapeur qui s’échappe du radiateur crevé, le tic-tac entêtant du clignotant qui continuait de fonctionner, absurde, mécanique, obstiné. Et quelque part, très loin, ou peut-être tout près, un bruit qu’elle mit plusieurs secondes à identifier – la pluie. La pluie qui continuait de tomber, imperturbable, sur la carcasse fumante de ce qui avait été une voiture.

Lyra ouvrit les yeux. Elle ne se souvenait pas de les avoir fermés.

L’obscurité était presque totale, trouée seulement par la lueur jaunâtre d’un phare qui n’avait pas éclaté, braqué vers le ciel comme un œil crevé qui cherche encore à voir. La pluie traversait le toit défoncé, froide et indifférente, et venait se mêler à quelque chose de chaud qui coulait sur son visage. Elle cligna des paupières. Le geste était lent, pâteux, comme si son corps n’obéissait plus tout à fait.

Quelque chose n’allait pas.

Pas seulement la douleur – la douleur était partout, diffuse, immense, impossible à localiser, comme si son corps tout entier était devenu une plaie ouverte. Non, autre chose. Une absence. Un vide. Le silence, soudain, lui parut assourdissant.

— Maman ?

Sa voix n’était qu’un souffle, un filet de mots brisés qui s’échappa de ses lèvres avec un peu de sang. Elle ne reconnut pas le son qu’elle venait de produire. Ce n’était pas une voix humaine. C’était le gémissement d’un animal blessé, quelque chose de primaire, de viscéral, qui montait du ventre avant de passer par la gorge.

— Papa ?

Pas de réponse. Rien que la pluie, le clignotant, la vapeur qui sifflait dans la nuit.

Elle essaya de bouger. Son bras gauche répondit, à peu près. Le droit refusa, engourdi, lourd, pris dans un étau de tôle et de douleur qu’elle ne pouvait pas voir. Ses jambes existaient encore, elle le savait parce qu’elle les sentait brûler, mais elle ne parvenait pas à les faire obéir. Elle était coincée, clouée sur place, prisonnière de cette boîte de métal qui avait été leur voiture, leur belle berline bleue, celle que son père appelait « la fidèle », celle qui les emmenait en vacances.

Les vacances. La surprise. L’endroit spécial.

Quelque chose de chaud coulait dans son œil gauche. Du sang. Il avait un goût de fer et de sel quand il atteignit ses lèvres. Elle essaya de tourner la tête, de voir devant elle, de comprendre.

Le siège passager était vide.

Non. Pas vide. Détruit. La portière avait été arrachée, le siège tordu, projeté vers l’avant. Sa mère n’était plus là. À sa place, il n’y avait qu’un trou béant, des fils électriques qui pendaient, du verre pilé sur le cuir déchiqueté, et cette odeur écœurante d’essence et de caoutchouc brûlé.

— Maman !

Cette fois, sa voix porta. Elle hurla, de toutes ses forces, de tout ce qui lui restait de vie dans le ventre. Le cri lui déchira la gorge, lui brûla les poumons, se perdit dans la nuit et la pluie comme une offrande dérisoire.

Elle tourna la tête de l’autre côté. Le mouvement lui arracha un gémissement, une douleur fulgurante dans la nuque, dans l’épaule, dans quelque chose qui n’aurait pas dû bouger. Mais elle tourna la tête quand même. Elle avait besoin de voir.

Son père était affalé sur le volant. Immobile. Le visage tourné vers elle, ou du moins ce qu’il en restait. La moitié de son visage n’était plus qu’une masse sombre, informe, un masque de sang et de chair déchirée que la lumière du phare éclairait par à-coups, comme un projecteur fou. Ses yeux étaient ouverts. Ils regardaient Lyra sans la voir. Ses lèvres remuaient, ou peut-être était-ce un effet de la lumière, un mouvement illusoire, un dernier sursaut de vie qui s’accrochait.

— Papa…

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