Home / Romance / Dans le lit du serpent / Chapitre 1 : Nouvelle maison

Share

Dans le lit du serpent
Dans le lit du serpent
Author: Léo

Chapitre 1 : Nouvelle maison

Author: Léo
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-25 15:03:38

Le ciel était d'un gris uni, ce gris de novembre qui n'annonce ni pluie ni soleil, juste une lumière plate et épuisée. Le taxi s'arrêta devant une barrière blanche automatique, dans une rue si calme que le ronron du moteur semblait une profanation. Emma resta un instant assise à l'arrière, les doigts crispés sur la lanière usée de son sac à dos. De l'autre côté de la grille, une maison s'étirait, toute en lignes droites et grandes baies vitrées. Blanche. Immaculée. Silencieuse.

— C'est ici, la demoiselle ? demanda le chauffeur en tournant à demi la tête.

Elle acquiesça, la gorge serrée. Elle paya avec les derniers billets que lui avait donnés le notaire après la vente de la maison de mamie, et sortit. L'air sentait l'humus et le propre. Trois cartons, contenant les restes de ses dix-sept ans, furent posés sur le gravier blanc. Le taxi repartit. Le silence retomba, plus dense encore.

La porte de la maison s'ouvrit. Claire apparut, vêtue d'un tailleur-pantalon gris perle sans un faux pli. Ses cheveux châtain clair étaient coiffés en un chignon bas et parfait.

— Emma ! Enfin !

Elle descendit les marches, vint vers sa fille. L'étreinte fut rapide, un enveloppement parfumé qui prit fin avant même qu'Emma ait pu s'y abandoner. Claire recula, ses mains rectifiant une mèche imaginaire près de son oreille.

— Le voyage s'est bien passé ? Le train était à l'heure ?

Sa voix était claire, efficace. Ses yeux, du même gris-vert que ceux d'Emma mais plus froids, balayaient déjà sa fille, les cartons, puis le bracelet-montre à son poignet.

— Oui, ça allait. Un peu long, c'est tout. Ta maison… elle est incroyable. On dirait une maison de magazine.

Claire eut un petit rire cristallin.

— C'est surtout très pratique. Lumineux. Facile à entretenir. Allez, viens, je te montre ta chambre.

Elle se retourna déjà, ses talons cliquetant sur le dallage de l'entrée. Emma saisit deux cartons et la suivit. L'intérieur était à l'image de la façade : clair, épuré, organisé. Pas un livre qui dépasse, pas une veste sur un dossier de chaise. Une odeur de propre régnait, mélange de citron et de cire.

Sur un meuble bas en bois clair, des cadres en argent alignés attirèrent son regard. Elle ralentit.

Des photos de Claire. Claire sur une plage, riant. Claire devant un building de verre. Et sur plusieurs clichés, Claire aux côtés d'un homme jeune, brun, au sourire large. Il avait le bras autour de ses épaules, ou lui tenait la main, ou la regardait avec une admiration évidente. Sur aucune des photos, Emma ne figurait.

— C'est lui ? Marc ? demanda-t-elle, sa voix résonnant un peu trop fort dans le hall silencieux.

Claire s'arrêta au pied de l'escalier à la rampe de verre. Elle jeta un coup d'œil aux photos, et son sourire s'adoucit.

— Oui, c'est lui. Tu vas l'adorer. Il a tellement hâte de te rencontrer. Il devait être là pour t'accueillir, mais un coup de fil professionnel… tu comprends.

Emma hocha la tête. Elle comprenait surtout que les coups de fil professionnels régnaient en maîtres ici aussi. Elle regarda les photos une dernière fois. Sa mère y rayonnait d'un bonheur qu'elle ne lui avait jamais connu. C'était beau. Et étrangement distant.

— Il a l'air sympa, dit-elle. Et tu as l'air tellement heureuse.

— Je le suis, ma chérie. Vraiment.

Claire posa brièvement une main sur son bras, puis gravit l'escalier. Emma suivit, les cartons pesant soudain plus lourd. Le cliquetis des talons sur les marches scandait leur progression, un son sec qui chassait le silence sans apporter de vie.

La chambre était au fond d'un couloir tout aussi immaculé. Claire ouvrit une porte.

— Voilà. Pour toi.

C'était vaste. Carré. Murs blanc cassé, grand lit bas à la couverture grise, bureau blanc vide, penderie à portes coulissantes en miroir, fenêtre rectangulaire donnant sur un jardin en lignes droites et massifs de buis.

— C'est immense, souffla Emma.

Elle déposa ses cartons au milieu du parquet. Le bruit feutré des scotchs sembla incongru.

— Je pensais… peut-être qu'on pourrait dîner ensemble ce soir ? Juste toutes les deux ? Pour rattraper un peu le temps perdu ?

Claire, qui pianotait déjà sur son téléphone, leva les yeux. Une ombre de regret passa sur son visage.

— Oh, ma puce, j'adorerais. Mais ce soir, c'est impossible. J'ai une visioconférence avec Singapour. Le décalage horaire, tu imagines… Elle eut une moue contrite. Mais si je finis tôt, je te fais signe et on se fera un vrai dîner. Promis. En attendant, installe-toi, repose-toi. La salle de bain est là. Fais comme chez toi.

Comme chez moi, pensa Emma. Ce n'était chez elle nulle part, plus maintenant. Mamie partie, cette maison froide et belle était son seul port d'attache.

— D'accord, maman. Bonne visio.

Claire s'approcha, déposa un baiser rapide sur sa joue.

— À ce soir, ma chérie. Bienvenue à la maison.

Elle sortit, referma la porte. Le cliquetis de ses talons s'éloigna dans le couloir, dans l'escalier, puis plus rien.

Le silence revint, immense. Emma resta debout au milieu de la pièce trop parfaite, les bras ballants. Elle pensa à sa grand-mère. À l'odeur de lavande et de pain grillé. Aux volets bleus de la petite maison de campagne. À la voix grave et douce qui avait bercé son enfance.

Mamie était morte depuis trois semaines. Emma n'avait pas pleuré depuis l'enterrement. Les larmes étaient là, tassées dans sa poitrine comme des pierres, mais elles ne sortaient pas.

Elle sortit du carton la photographie écornée — sa grand-mère et elle, devant la maison aux volets bleus — et la glissa dans le tiroir de la table de nuit. Elle y rangea aussi l'enveloppe en papier kraft, son prénom écrit à l'encre violette, trouvée dans les affaires de la vieille dame après l'enterrement. Elle ne l'avait pas encore ouverte. Elle ne se sentait pas prête.

Elle s'assit sur le lit, face à la fenêtre. Le jardin était désert, trop bien taillé. Au fond, une serre vide. Elle regarda longtemps cette perfection immobile, puis s'allongea sur la couverture grise.

Il était seize heures. Dans trois heures, elle rencontrerait Marc. L'homme au sourire de magazine.

Elle ferma les yeux. Les pierres dans sa poitrine étaient toujours là. Le sommeil ne vint pas

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • Dans le lit du serpent    Chapitre 49 : Nuit dehors

    Elle ne se souvenait pas d'être sortie de la maison.Ses pieds avaient traversé le couloir, poussé la porte d'entrée, descendu les marches du perron. Ses doigts avaient serré le trousseau de clés d'hôtel, mais elle n'avait pas pris de taxi, pas cherché l'adresse. Elle avait juste marché.Couru, d'abord. Ses baskets frappant le trottoir dans un rythme désordonné, haletant. Les réverbères défilaient, ronds lumineux dans la nuit. Les rares voitures qui passaient ne la voyaient pas. Elle n'existait plus.Puis la course s'était transformée en marche rapide, les jambes refusant l'effort. Puis en déambulation lente, inconsciente. Ses pieds la portaient sans qu'elle ait à décider de la direction.La ville de nuit était étrangère. Les rues qu'elle connaissait en plein jour, animées, rassurantes, n'étaient plus que des boyaux sombres bordés de volets clos. Les vitrines éteintes reflétaient son passage comme des miroirs sans âme. Elle voyait son reflet défiler – une silhouette maigre, cheveux fo

  • Dans le lit du serpent    Chapitre 49 : La mise dehors

    Emma resta à genoux, les yeux fixés sur l'escalier vide. Ses larmes coulaient sans bruit, perdues sur ses joues, sur son cou, sur ses mains posées à plat sur le carrelage froid.Le silence retomba, plus lourd qu'avant.Puis elle se releva d'un mouvement brusque, poussée par une force qu'elle ne contrôlait pas. Ses jambes la portèrent jusqu'au pied de l'escalier, ses doigts s'agrippèrent à la rampe.— MAMAN !Son cri déchira le silence de la maison. Rien. Aucun bruit, aucun mouvement.— MAMAN, JE T'EN SUPPLIE ! DESCENDS ! ÉCOUTE-MOI !Toujours rien. La porte de la chambre, là-haut, restait obstinément fermée.Elle monta trois marches, s'arrêta. Elle n'osait pas aller plus loin. C'était le territoire de sa mère, cette chambre, cette intimité. Elle n'avait pas le droit.— S'il te plaît, maman, je t'en supplie… J'ai nulle part où aller, tu comprends ? Nulle part !Sa voix se brisait, repartait, se brisait encore.Derrière elle, des pas.Marc descendait l'escalier lentement, calmement. Il

  • Dans le lit du serpent    48 : Choix maternel

    Emma était restée à genoux sur le carrelage froid, les bras tombés le long du corps, les yeux fixés sur l'escalier vide. Les larmes avaient cessé de couler, remplacées par un engourdissement étrange, comme si son corps avait décidé de se protéger en éteignant toutes ses sensations.Elle ne savait pas combien de temps elle était restée là. Quelques minutes. Une heure. Le temps avait perdu sa mesure.Puis des pas dans l'escalier. Lents. Pesants.Claire apparut dans l'embrasure de la cuisine. Elle avait changé de tenue, un jean, un pull simple, des baskets. Ses cheveux étaient tirés en arrière, sévèrement. Son visage était un masque, figé, indéchiffrable.Derrière elle, Marc se tenait dans l'ombre du couloir, immobile. Ses yeux brillaient dans la pénombre.Emma se releva d'un mouvement maladroit, ses jambes engourdies menaçant de la trahir.— Maman…— Tais-toi.La voix de Claire était méconnaissable. Plate. Morte. Une voix qu'on utilise pour donner des instructions administratives, pour

  • Dans le lit du serpent    Chapitre 47 : La confrontation

    Marc fut le premier à bouger. Il fit un pas en avant, les mains levées en signe de paix, paumes offertes. Son visage se recomposa en une expression de douleur sincère, d'homme accablé.— Claire… Ma chérie… écoute-moi.— Ne m'appelle pas comme ça ! cria-t-elle, la voix brisée. Réponds-moi ! Qu'est-ce que vous faites ?Emma ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Elle regardait sa mère, et dans ses yeux passait toute l'horreur de la situation, la vérité qui voulait exploser, la peur qui la paralysait, l'incrédulité devant ce qui arrivait.Marc prit une longue inspiration. Il baissa les mains, les laissa retomber le long de son corps dans un geste d'abandon.— Ce n'est pas ce que tu crois, murmura-t-il. Je te jure que ce n'est pas ce que tu crois.— Alors explique ! explosa Claire. Parce que là, j'ai vu ce que j'ai vu, Marc ! Ma fille, sur mon plan de travail, enroulée autour de toi ! Explique-moi ce que je suis censée croire !Elle tremblait de tout son corps, ses bras serrés cont

  • Dans le lit du serpent    Chapitre 46 : Retour imprévu

    Chapitre 46 : Retour imprévuL'avion avait atterri à 22h47, avec vingt minutes d'avance. Claire détestait les surprises, sauf celle-ci. Celle qu'elle allait offrir.Le projet asiatique s'était effondré en deux jours, désaccord contractuel, obstination culturelle, lassitude des négociations à distance. Elle aurait pu appeler, prévenir, annoncer son retour. Mais l'idée avait germé, puis mûri dans le silence du vol : et si elle rentrait sans prévenir ? Et si elle leur offrait une vraie soirée, en famille, avec du champagne et les cadeaux achetés à la boutique duty-free de Shanghai ?Marc serait surpris. Emma aussi, peut-être un peu gênée, mais heureuse. Elles trinqueraient toutes les deux, comme des adultes, complices.Le taxi traversa les rues endormies de la banlieue. Claire regardait défiler les façades familières, un sourire vague aux lèvres. Ses doigts serraient le sac de papier kraft contenant le champagne, un millésime que Marc aimait particulièrement.22h58. Le taxi s'arrêta deva

  • Dans le lit du serpent    Chapitre 45 : Point de non-retour

    Ce jour-là , la voix de Claire, au téléphone, était vibrante d'excitation contenue.— Un mois complet, Emma ! Tu te rends compte ? L'agence de Shanghai veut me rencontrer en personne, ils parlent d'un partenariat exclusif. C'est le truc le plus important de toute ma carrière.Emma écoutait, le combiné collé à l'oreille, son regard perdu dans le motif du tapis. Les mots de sa mère lui parvenaient à travers une épaisse couche de ouate, déformés, presque irréels.— Un mois, répéta-t-elle machinalement.— Oui, enfin, cinq semaines pour être précise. Ça t'ennuie beaucoup ? Je sais que c'est long, mais Marc m'a assuré que ça ne posait aucun problème. Il a été adorable, comme toujours. Il m'a dit de ne pas m'inquiéter, que vous vous débrouilleriez très bien tous les deux.Adorable. Comme toujours.Emma leva les yeux. Marc était assis dans le fauteuil club, son livre ouvert sur les genoux. Il ne lisait pas. Il la regardait, attendant sa réponse. Ses lèvres esquissaient cette moue légèrement i

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status