ログインElle ne se souvenait pas d'être sortie de la maison.Ses pieds avaient traversé le couloir, poussé la porte d'entrée, descendu les marches du perron. Ses doigts avaient serré le trousseau de clés d'hôtel, mais elle n'avait pas pris de taxi, pas cherché l'adresse. Elle avait juste marché.Couru, d'abord. Ses baskets frappant le trottoir dans un rythme désordonné, haletant. Les réverbères défilaient, ronds lumineux dans la nuit. Les rares voitures qui passaient ne la voyaient pas. Elle n'existait plus.Puis la course s'était transformée en marche rapide, les jambes refusant l'effort. Puis en déambulation lente, inconsciente. Ses pieds la portaient sans qu'elle ait à décider de la direction.La ville de nuit était étrangère. Les rues qu'elle connaissait en plein jour, animées, rassurantes, n'étaient plus que des boyaux sombres bordés de volets clos. Les vitrines éteintes reflétaient son passage comme des miroirs sans âme. Elle voyait son reflet défiler – une silhouette maigre, cheveux fo
Emma resta à genoux, les yeux fixés sur l'escalier vide. Ses larmes coulaient sans bruit, perdues sur ses joues, sur son cou, sur ses mains posées à plat sur le carrelage froid.Le silence retomba, plus lourd qu'avant.Puis elle se releva d'un mouvement brusque, poussée par une force qu'elle ne contrôlait pas. Ses jambes la portèrent jusqu'au pied de l'escalier, ses doigts s'agrippèrent à la rampe.— MAMAN !Son cri déchira le silence de la maison. Rien. Aucun bruit, aucun mouvement.— MAMAN, JE T'EN SUPPLIE ! DESCENDS ! ÉCOUTE-MOI !Toujours rien. La porte de la chambre, là-haut, restait obstinément fermée.Elle monta trois marches, s'arrêta. Elle n'osait pas aller plus loin. C'était le territoire de sa mère, cette chambre, cette intimité. Elle n'avait pas le droit.— S'il te plaît, maman, je t'en supplie… J'ai nulle part où aller, tu comprends ? Nulle part !Sa voix se brisait, repartait, se brisait encore.Derrière elle, des pas.Marc descendait l'escalier lentement, calmement. Il
Emma était restée à genoux sur le carrelage froid, les bras tombés le long du corps, les yeux fixés sur l'escalier vide. Les larmes avaient cessé de couler, remplacées par un engourdissement étrange, comme si son corps avait décidé de se protéger en éteignant toutes ses sensations.Elle ne savait pas combien de temps elle était restée là. Quelques minutes. Une heure. Le temps avait perdu sa mesure.Puis des pas dans l'escalier. Lents. Pesants.Claire apparut dans l'embrasure de la cuisine. Elle avait changé de tenue, un jean, un pull simple, des baskets. Ses cheveux étaient tirés en arrière, sévèrement. Son visage était un masque, figé, indéchiffrable.Derrière elle, Marc se tenait dans l'ombre du couloir, immobile. Ses yeux brillaient dans la pénombre.Emma se releva d'un mouvement maladroit, ses jambes engourdies menaçant de la trahir.— Maman…— Tais-toi.La voix de Claire était méconnaissable. Plate. Morte. Une voix qu'on utilise pour donner des instructions administratives, pour
Marc fut le premier à bouger. Il fit un pas en avant, les mains levées en signe de paix, paumes offertes. Son visage se recomposa en une expression de douleur sincère, d'homme accablé.— Claire… Ma chérie… écoute-moi.— Ne m'appelle pas comme ça ! cria-t-elle, la voix brisée. Réponds-moi ! Qu'est-ce que vous faites ?Emma ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Elle regardait sa mère, et dans ses yeux passait toute l'horreur de la situation, la vérité qui voulait exploser, la peur qui la paralysait, l'incrédulité devant ce qui arrivait.Marc prit une longue inspiration. Il baissa les mains, les laissa retomber le long de son corps dans un geste d'abandon.— Ce n'est pas ce que tu crois, murmura-t-il. Je te jure que ce n'est pas ce que tu crois.— Alors explique ! explosa Claire. Parce que là, j'ai vu ce que j'ai vu, Marc ! Ma fille, sur mon plan de travail, enroulée autour de toi ! Explique-moi ce que je suis censée croire !Elle tremblait de tout son corps, ses bras serrés cont
Chapitre 46 : Retour imprévuL'avion avait atterri à 22h47, avec vingt minutes d'avance. Claire détestait les surprises, sauf celle-ci. Celle qu'elle allait offrir.Le projet asiatique s'était effondré en deux jours, désaccord contractuel, obstination culturelle, lassitude des négociations à distance. Elle aurait pu appeler, prévenir, annoncer son retour. Mais l'idée avait germé, puis mûri dans le silence du vol : et si elle rentrait sans prévenir ? Et si elle leur offrait une vraie soirée, en famille, avec du champagne et les cadeaux achetés à la boutique duty-free de Shanghai ?Marc serait surpris. Emma aussi, peut-être un peu gênée, mais heureuse. Elles trinqueraient toutes les deux, comme des adultes, complices.Le taxi traversa les rues endormies de la banlieue. Claire regardait défiler les façades familières, un sourire vague aux lèvres. Ses doigts serraient le sac de papier kraft contenant le champagne, un millésime que Marc aimait particulièrement.22h58. Le taxi s'arrêta deva
Ce jour-là , la voix de Claire, au téléphone, était vibrante d'excitation contenue.— Un mois complet, Emma ! Tu te rends compte ? L'agence de Shanghai veut me rencontrer en personne, ils parlent d'un partenariat exclusif. C'est le truc le plus important de toute ma carrière.Emma écoutait, le combiné collé à l'oreille, son regard perdu dans le motif du tapis. Les mots de sa mère lui parvenaient à travers une épaisse couche de ouate, déformés, presque irréels.— Un mois, répéta-t-elle machinalement.— Oui, enfin, cinq semaines pour être précise. Ça t'ennuie beaucoup ? Je sais que c'est long, mais Marc m'a assuré que ça ne posait aucun problème. Il a été adorable, comme toujours. Il m'a dit de ne pas m'inquiéter, que vous vous débrouilleriez très bien tous les deux.Adorable. Comme toujours.Emma leva les yeux. Marc était assis dans le fauteuil club, son livre ouvert sur les genoux. Il ne lisait pas. Il la regardait, attendant sa réponse. Ses lèvres esquissaient cette moue légèrement i







