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Chapitre 79 : Le marché

last update Veröffentlichungsdatum: 25.10.2026 08:24:18

Fiorenza

Elle me raconte. Le lendemain. Elle arrive chez moi. Elle s'assied à la table. Elle pose ses mains à plat sur le bois. Le bois est vieux. Il a des rayures. Des brûlures de cigarette. Des taches de vin. Des choses qu'on ne lave pas. Des choses qui restent. Elle pose ses mains à plat. Les doigts écartés. Les ongles blancs. Elle me regarde avec ses yeux secs. Ses yeux qui ne pleurent jamais. Et elle dit :

— Je vais faire un marché avec lui.

Je ne comprends pas tout
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  • ENTRE LE PÈRE ET LE FILS    CHAPITRE 99 — LA COLÈRE

    — ZairaLa porte claque derrière moi avant que j'aie le temps de poser mon sac ; il est là, dans l'entrée, les bras croisés, la mâchoire serrée, et je vois tout de suite à sa façon de se tenir qu'il sait, qu'il a compris, qu'il a reconstitué la nuit pièce par pièce comme on reconstitue un puzzle dont on n'a pas la boîte ; il y a dans son attitude quelque chose de figé, quelque chose de trop immobile, et je me dis que les hommes qui ont l'air calme sont souvent les plus près d'exploser.La lumière du couloir est jaune, trop jaune, elle tombe sur son visage et creuse ses traits, elle fait ressortir les cernes qu'il a sous les yeux, et je me demande s'il a dormi, s'il a attendu toute la nuit, s'il a compté les heures comme on compte les coups avant de les recevoir.— Où étais-tu ?— Sortie.— Sortie où ?— Ça te regarde ?Il y a une seconde de silence, une seconde suspendue, et dans cette seconde je vois le vase sur la console, le vase bleu qu'il m'a of

  • ENTRE LE PÈRE ET LE FILS    CHAPITRE 98 — COUCHER AVEC UN ASSOCIÉ

    — Fiorenza Je pose le dictaphone sur la table basse, je vérifie le niveau de la batterie, je vérifie la mémoire ; tout est prêt. Zaira est assise en face de moi, les jambes croisées, un carnet sur les genoux, et elle a cette expression qu'elle prend quand elle est concentrée, cette expression qui la vieillit, qui la durcit, qui la fait ressembler à sa mère, paraît-il, à ce qu'on m'a dit de sa mère. — Tu es sûre que ça va marcher ? — Il a confiance en moi. Il croit que je suis juste une fille un peu perdue. Elle hoche la tête, elle ouvre son carnet, elle note la date en haut de la page, et je me dis que nous formons un drôle de duo, elle et moi, une fille qui collectionne les secrets et une fille qui les archive, l'une qui vit dans le désordre et l'autre qui range tout, l'une qui brûle et l'autre qui couve. Il arrive une heure plus tard, il s'assoit sur le canapé, il pose son verre sur la table basse, juste à côté du dictap

  • ENTRE LE PÈRE ET LE FILS    CHAPITRE 97 — LA SÉDUCTION PAR INTERMITTENCE

    — ZairaJe passe devant lui sans le regarder, je pose mon verre sur le comptoir, je commande un autre cocktail, et je sens son regard dans mon dos comme une main posée sur ma nuque. Je ne me retourne pas. C'est la règle. Je ne me retourne pas la première fois, ni la deuxième, ni la troisième ; je le laisse venir, je le laisse croire que c'est lui qui décide, alors que c'est moi qui tiens le fil.Le bar est plein, la musique est trop forte, les lumières sont trop basses, et il y a dans l'air cette odeur de sueur et de parfum qui me donne envie de partir et de rester en même temps ; je pose mes coudes sur le zinc, je regarde les bouteilles alignées derrière le comptoir, et je compte les secondes en faisant tourner mon verre entre mes doigts.Il s'approche au bout de la quatrième fois, il pose son coude sur le zinc à côté du mien, et il commande la même chose que moi, un geste de familiarité qui me fait sourire malgré moi, un geste qu'il croit habile et qui le trahit.

  • ENTRE LE PÈRE ET LE FILS    CHAPITRE 96 — LA VENGEANCE

    — ZairaJe m'assois sur le rebord de la baignoire, la serviette encore humide autour des cheveux, et je regarde Fiorenza qui se maquille devant le miroir ; elle passe le crayon sur sa paupière, un geste sûr, précis, et je me dis que je n'ai jamais vu personne se concentrer comme elle, avec cette façon qu'elle a de tout faire comme si c'était une question de vie ou de mort ; l'eau chaude coule encore dans la baignoire derrière moi, elle fume, elle embue le miroir par en dessous, et cette buée qui monte lentement me donne envie de parler, de tout dire d'un coup, comme si la vapeur pouvait emporter les mots.— Je vais me venger.Elle ne s'arrête pas, elle ne tourne même pas la tête ; elle continue son trait, elle le prolonge, elle le parfait, et quand elle a fini elle pose le crayon sur le rebord du lavabo avec un petit clic sec qui résonne dans la pièce carrelée.— De qui ?— De lui. De son père. De tout ça.Elle me regarde enfin dans le miroir, ses yeux r

  • ENTRE LE PÈRE ET LE FILS    CHAPITRE 95 — LE BAISER FORCÉ

    — ZairaIl me coince contre la portière de la voiture, sa main sur ma hanche, son corps contre le mien, et je sens le métal froid dans mon dos, la poignée qui s'enfonce dans mes reins ; il a bu, je le sens à son haleine, à cette façon qu'il a de pencher la tête, de chercher ma bouche sans me regarder.— Arrête.Il n'arrête pas ; il plaque sa bouche sur la mienne, un baiser lourd, maladroit, qui ne demande rien et qui prend, et quelque chose en moi se réveille, une colère ancienne, une colère qui n'a rien à voir avec lui mais qui monte quand même, qui monte et qui trouve sa sortie.Je mords.Il recule d'un coup, sa main vole vers sa lèvre, il jure, il regarde ses doigts, il y a du sang, une goutte rouge qui perle et qui coule le long de son menton.— Tu m'as mordu !— Je t'avais dit d'arrêter.Il essuie sa lèvre du revers de la main, il laisse une traînée rouge sur sa peau, et il me regarde avec une expression que je ne lui connaissais pas, de la surprise, de la colère, et autre chose,

  • ENTRE LE PÈRE ET LE FILS    CHAPITRE 94 — ET SI JE PARLAIS

    — ZairaLa nuit est longue, je ne dors pas ; je reste allongée sur le dos, les yeux ouverts, à écouter sa respiration dans le noir, ce souffle régulier qui m'énerve, qui me paraît faux, comme s'il faisait semblant de dormir pour éviter la conversation. Je me tourne, je me retourne, les draps s'enroulent autour de mes jambes, et je finis par me lever, par aller dans la cuisine, par m'asseoir sur le carrelage froid, le dos contre le mur, les genoux contre la poitrine.Et si je parlais. L'idée tourne dans ma tête depuis des jours, elle a pris de la consistance, elle est devenue une présence ; et si je parlais, si je disais tout, les comptes, les noms, le carnet, ce que je sais sur son père, sur les affaires, sur les hommes de l'arrière-salle. Je pourrais tout lâcher, d'un coup, comme on renverse un verre, et regarder ce que ça fait.Je me vois le dire, je me vois ouvrir la bouche et laisser sortir les mots, et dans ma tête ça sonne bien, ça sonne juste, ça sonne comme une délivrance ; ma

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