Mag-log inLe téléphone vibra sur la table basse. Julia avait attendu cet appel. Elle savait que Damien ne rentrerait pas tôt, qu’il prendrait son temps avant de réaliser l’ampleur de la situation. Et pourtant, à cet instant précis, un mélange de soulagement et de déception la traversa. Soulagement parce qu’elle allait enfin entendre sa voix, déception parce que, malgré tout ce qu’elle lui avait dit, il ne l’avait pas prise au sérieux.
— Allô ? répondit-elle calmement, mais son ton trahissait sa contrariété. — Julia ! hurla Damien de l’autre côté du fil, la voix pleine de colère. Où es‑tu ? À quoi tu joues ? Rentre immédiatement ! Julia inspira profondément, serrant son téléphone contre elle. — Je t’avais prévenu, Damien… J’ai dit que je voulais divorcer. Je ne joue à rien. Je suis juste partie… c’est tout. — Juste partie ? répéta-t-il, la rage dans la voix. Tu ne peux pas me laisser comme ça ! Tu ne peux pas… — Si tu veux vraiment nous retrouver, Lucas et moi, je ne doute pas que tu le pourrais, coupa Julia avec une froide détermination. Mais il fallait que ce soit clair : je veux divorcer. Il y eut un silence, lourd, sur la ligne. Damien respirait fort, la colère et l’incrédulité se mêlant dans chaque souffle. — Julia… je… murmura-t-il enfin, plus bas, presque à lui-même. Elle raccrocha doucement, laissant un silence apaisant s’installer autour d’elle. Son esprit dériva alors sur le reste de sa matinée. Après avoir quitté la maison familiale, elle avait continué son déménagement. L’appartement que Damien lui avait offert pour son anniversaire après leur mariage lui revenait en mémoire. Il était spacieux, lumineux, avec de grandes fenêtres donnant sur une petite rue calme. Les murs étaient d’un blanc cassé, contrastant avec le parquet sombre, et la cuisine ouverte sur le salon offrait un espace chaleureux. Elle se souvenait de la joie qu’elle avait ressentie ce jour-là, voyant ce geste comme la preuve d’un amour qu’elle avait fini par remettre en question. Elle avait transporté ses affaires avec soin, rangé les premières valises et organisé ses vêtements et objets personnels. Chaque tiroir, chaque étagère semblait lui murmurer un nouveau départ, une promesse silencieuse de liberté. Puis, avec un peu de retard, elle avait été chercher Lucas à l’école. — Maman ! demanda-t-il en la voyant, étonné de la voir si différente, un peu essoufflée mais souriante. Papa ne sera pas fâché ? Julia lui avait souri, caressant sa joue avec tendresse. — Non, mon ange, ne t’inquiète pas. Nous allons commencer quelque chose de nouveau, et je m’occuperai de tout. Tout ira bien, tu verras. En le ramenant à leur nouveau foyer, elle avait senti un poids se lever de ses épaules. Ce lieu, cet appartement, ce déménagement, tout cela marquait un vrai départ pour eux deux. Elle s’était promis de faire en sorte que Lucas se sente heureux et en sécurité, que leur vie reprenne son cours loin de la maison qui lui avait tant rappelé la solitude et la trahison. Des coups secs et pressants résonnèrent contre la porte, interrompant Julia en pleine préparation du petit déjeuner. Surprise par l’insistance, elle essuya ses mains sur un torchon et jeta un coup d’œil à sa montre : à peine sept heures. Le café commençait tout juste à embaumer la pièce. En fronçant les sourcils, elle essuya ses mains sur son tablier, quitta la cuisine et se dirigea vers l'entrée. En ouvrant, elle se retrouvera face à Damien son point était encore levé prêt à frapper à nouveau. Son regard sombre accrocha le sien chargé d'une fureur qu'il ne prit même pas la peine de masquer. Sans un mot il franchit le seuil, comme s'il était chez lui. Julia renferma la porte avec lenteur la gorge sèche. -Damien… qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle d'une voix plus ferme qu'elle ne le pensait. Il la fixa sans détour, ses mâchoires crispées, ses épaules tendues comme un arc. - Ce que je fais ici ? répéta-t-il, un rire amer au bord des lèvres. Tu pensais pouvoir te cacher de moi ? Tu croyais partir avec mon fils comme si de rien n'était ? Il fit un pas vers elle. -C'est fini, Julia. Rassemble tes affaires, celles du petit, et viens. Maintenant. Julien soutint son regard même si ses doigts serraient nerveusement contre le tissu de son tablier. -Tu crois que je joue à cache-cache ? demanda-t-elle d’un ton amer. Tu te trompes lourdement. Je suis très sérieuse. Je t'avais prévenu : je veux divorcer. Et Lucas restera avec moi.Certains fuient pour oublier. D’autres fuient pour ne pas choisir. Damien s’enfonçait dans le cuir moelleux du carré VIP du club, le verre de whisky à moitié vide serré dans sa main. Autour de lui, la musique vibrait dans les murs, basse et pulsation rapide, un rythme qui aurait dû le distraire, mais qui au contraire accentuait chaque battement de son cœur. La fumée des cigares flottait comme une brume épaisse, s’entremêlant aux éclats de voix, aux rires forcés de ses amis. Il laissait ses pensées vagabonder, encore incapable de croire ce qui se passait. « Divorce », le mot résonnait dans sa tête comme une alerte, chaque répétition plus douloureuse que la précédente. Il avala le reste de son verre d’un trait, le goût brûlant de l’alcool se mêlant à l’amertume qu’il ne voulait pas admettre. Les amis parlaient, racontaient des anecdotes, mais Damien n’écoutait pas. Il fixait le fond de son verre, le liquide ambré reflétant ses traits crispés, la mâchoire serrée, les yeux fuyants.
« Elle rentrait légère, il l’attendait chargé. » Pendant ce temps, Julia était à son nouveau poste d’assistante. Le bureau était lumineux, les grandes baies vitrées laissant entrer le soleil de l’après-midi, et une légère odeur de café flottait dans l’air. Elle tapotait sur le clavier avec concentration, mais ses pensées étaient légères, comme si elle flottait au-dessus de ses tâches. — « Julia, pourriez-vous préparer ces dossiers pour la réunion de demain ? » demanda son patron avec un sourire chaleureux. — « Bien sûr, monsieur », répondit-elle, ses doigts glissant rapidement sur le clavier. Elle sourit intérieurement en se rendant compte qu’elle se sentait à sa place ici, que pour la première fois depuis longtemps, elle était juste… elle-même, loin des tensions et des attentes de Damien. Elle leva les yeux et engagea une petite conversation avec son patron, échangeant des anecdotes professionnelles avec un enthousiasme discret, ponctué de rires légers. Chaque geste, chaque s
« Parfois, la fin d’une histoire est le début d’une autre. » Le bureau de Damien baignait dans une lumière douce d’après-midi. Les dossiers s’étalaient devant lui sur le bureau, et la conversation avec Marc était concentrée, ponctuée de chiffres, de plans et de décisions à prendre. Damien avait l’habitude de contrôler chaque détail, mais une tension sourde crispait ses épaules. Un léger coup frappa à la porte. — Monsieur, excusez-moi de vous déranger, mais vous avez une visite, annonça la secrétaire, la voix calme mais ferme. Damien fronça les sourcils, surpris. — Il me semblait que tous mes rendez-vous étaient terminés, murmura-t-il, un peu irrité. — Oui… mais il s’agit d’un certain monsieur Bernard, avocat. Il vient pour une affaire très importante, précisa-t-elle. Intrigué, Damien se redressa et fit signe à l’homme d’entrer. Maître Bernard, un homme d’une cinquantaine d’années, entra d’un pas mesuré. Il portait un costume sombre impeccablement ajusté et tenait un doss
« Il n’est de cage plus solide que celle que l’on croit faite d’amour. » La nuit avait déjà enveloppé la ville lorsque Damien gara sa voiture dans l’allée pavée de sa demeure. La façade immaculée, illuminée par des lampadaires discrets, se dressait devant lui comme un rappel silencieux de tout ce qu’il possédait… et de tout ce qu’il risquait de perdre. Il entra, traversa le vaste hall au marbre glacé et monta l’escalier en colimaçon menant à sa chambre. Ses pas résonnaient dans le vide de la maison. Pas de rires d’enfants, pas de voix pour briser le silence. Dans sa chambre, il posa sa veste sur le dossier d’un fauteuil, décrocha sa montre et la laissa tomber sur la table de chevet. Avant de se diriger vers la salle de bain, il sortit son téléphone. L’écran s’illumina, affichant une série de notifications. Des appels manqués. Des messages non lus. Et surtout… une longue liste d’alertes de sa banque. Damien fronça les sourcils et s’assit au bord du lit. Les chiffres défilèrent.
Damien tenait le volant d’une main ferme, les yeux fixés sur la route, mais son esprit était loin devant. Les lumières orangées du soleil couchant se reflétaient sur le pare-brise, et le ronronnement régulier du moteur emplissait l’habitacle d’un fond sonore apaisant. Sur la banquette arrière, Lucas, attaché dans son siège, était tout l’inverse de son père : débordant d’énergie. Il tenait sa peluche-dinosaure contre lui comme si c’était un trésor. Le petit animal en tissu vert semblait déjà avoir trouvé sa place dans ses bras. — Tu sais, papa, je vais jamais le lâcher… Parce que c’est toi qui l’as gagné pour moi. — Ah bon ? Même pour dormir ? — Même pour dormir. Et à l’école, j’vais le montrer à tout le monde ! Damien esquissa un sourire dans le rétroviseur. Ce n’était qu’une peluche bon marché, mais pour Lucas, c’était le trophée d’un père qui, pour une fois, avait été là. Le petit enchaîna, la voix animée : — Et le manège qui tourne super vite… beurk, j’aime pas du tou
« Le passé est un invité qui ne frappe jamais à la porte. Il se glisse dans les pièces et s’installe sans prévenir. » Julia fit claquer la porte de son appartement. Les sacs de shopping glissèrent sur le canapé, un à un, comme des trophées silencieux. Elle retira ses lunettes de soleil, jeta un coup d’œil autour d’elle… et se surprit à sourire. Sa journée avait été… intense. Elle venait tout juste de rentrer d’une virée en ville avec Cécile. Le parfum discret d’un café pris en terrasse lui revenait encore, mêlé à celui des vitrines fraîchement cirées des boutiques qu’elles avaient longées. Elle avait reçu un message de Cécile ce matin. Habille-toi. Talons obligatoires. Je t’emmène voir quelque chose et l'avait rejoint tôt, presque surexcitée. Elles s’étaient retrouvées au volant de la berline noire de Cécile, filant vers le centre-ville huppé. Les immeubles semblaient s’incliner à leur passage. Et puis… la vitrine. Une façade d’un blanc parfait, encadrée de colonnes, surmont







