ANMELDENNous restons silencieux un instant. Je n'écris plus. Lui non plus. J'entends juste sa respiration au téléphone. Lente. Régulière. Apaisante. Il a dû poser le téléphone près de lui, comme moi sur l'oreiller.— J'ai peur, j'écris finalement.— De quoi ?— De tout. De demain. De ne pas être à la hauteur. De ce que les gens vont penser. De rater un pas en entrant dans l'atrium. De pleurer trop. De ne pas pleurer assez. De ne pas trouver les mots pour te dire tout ce que je ressens. De bafouiller. De décevoir ma mère. De décevoir la tienne. De ne pas être assez belle. De ne pas être assez… tout.
Alors, je fais quelque chose que je n'ai jamais fait. Pas même sur sa tombe, les rares fois où j'y suis allé. Je pose ma main à plat sur le miroir central, juste en face de mon visage. Comme on pose sa main sur une épaule. Comme on touche un fantôme.— Repose en paix, je murmure. J'ai repris ton nom. Mais j'en ai changé le sens. Thorne, ce ne sera plus le nom du pouvoir. Ce sera le nom de l'amour.Je retire ma main. Je reboutonne le col de ma chemise. Je replace la veste bien droite sur mes épaules. Je lisse le tissu. Je me recompose un visage.Puis je sors de la cabine.Monsieur Francesco et son assista
Ma voix résonne étrangement dans l'espace capitonné. Elle est mate, sans écho. Elle reste là, suspendue dans l'air lourd.— Je me marie.Le silence est la seule réponse. Évidemment. Qu'est-ce que j'attendais ? Un coup de tonnerre ? Le miroir qui se fêle ?— Elle s'appelle Sofia. Sofia Morel. Tu ne l'aurais pas aimée. Enfin, au début. Tu l'aurais regardée avec ce mépris poli que tu réservais aux gens qui n'avaient pas de nom, pas de fortune, pas de réseau. Elle vient de rien, comme tu disais. Elle était femme de ménage. Dans ma tour.
La soirée se termine tard, très tard. Le bar se vide. Les lampions s'éteignent. Nous nous séparons sur le trottoir, dans la fraîcheur de la nuit parisienne. Chacune repart de son côté. Chacune retourne à sa vie. Chloé, Léa et Julie hèlent un taxi. L'équipe de nettoyage descend vers la station de métro Faidherbe-Chaligny, pour prendre le premier train du matin.Je rentre à pied. Lentement. L'album photo serré contre ma poitrine. Paris est silencieuse, belle, apaisée. Mon téléphone vibre. Un message de Marcus.— Alors, cette soirée ?Je m'assois sur un banc, face à la Seine. Je prends une photo de l'album ouvert sur mes genoux. Je la lui envoie.Il répond presque immédiatement.
Un silence incrédule. Puis Maria explose :— Sérieux ? Le grand patron, là, avec ses tours et ses costumes, il fait la vaisselle ?— Oui. Et il ne la range pas forcément bien. Les verres à l'envers sur l'égouttoir, ça l'énerve. Mais il le fait. Il essaie.Fatima hoche la tête, sentencieuse. Elle lève son verre.— Alors c'est un bon. Un homme qui fait la vaisselle, c'est un homme qui sait ce que c'est que la vie. Un homme qui n'a pas peur de se salir les mains. Tu peux l'épouser les yeux fermés.Nous trinquons à ça.
SOFIA— Tu es prête ?Chloé se tient dans l'encadrement de la porte de mon bureau à l'agence. Elle porte une robe courte à paillettes, des bottines en cuir noir, et elle a mis du rouge à lèvres écarlate. Ses yeux brillent d'une excitation malicieuse. Derrière elle, j'aperçois Léa, ma comptable, engoncée dans une robe de cocktail trop serrée, et Julie, la stagiaire, qui a gardé son jean mais troqué ses baskets contre des escarpins vertigineux qu'elle ne sait visiblement pas porter.— Prête pour quoi ? je demande, méfiante. J'ai une réunion dans une heure avec le client de la rue de Rivoli. Et les plans pour la piscin
MARCUSTrois jours.Trois jours sans elle.Après cette nuit, après le dîner, après mes promesses, j'ai merdé. Pas une grande faute. Une petite lâcheté. Un collègue qui m'a demandé "comment va ta petite
MARCUSL'ascenseur monte. Les chiffres défilent, lumineux, indifférents. 43. 44. 45. Chaque étage qui s'éloigne du sien me paraît une trahison de plus. Je regarde mon reflet dans l'acier brossé de la cabine. L'homme qui me fait face a tout. Le pouvoir. L'argent. La tour. Il a même, ce matin, écrasé
SOFIALa paix ne dure qu’un souffle.À peine son corps s’est-il alourdi contre le mien, à peine la pulsation de sa peau commence-t-elle à ralentir, que les pensées reviennent. Elles frappent, sourdes et insistantes, contre la paroi de notre bulle. Tu es dans un lit d’hôtel avec ton PDG. Tu viens de
LéaLe réveil n’a pas encore sonné, mais mon corps s’en moque. Il me tire vers la conscience comme si la nuit n’avait été qu’un songe, un mirage fiévreux… sauf que chaque muscle, chaque frisson laissé dans ma peau raconte l’inverse.Ethan dort encore.Ou fait semblant.Je le sens dans la façon dont







