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Chapitre 5 — Sous tension 5

Penulis: Eternel
last update Terakhir Diperbarui: 2025-08-08 23:09:49

MARCUS

Je ne dors pas.

Je n’ai pas vraiment dormi depuis… elle.

Depuis ses ongles dans mon dos , sa bouche haletante , son regard, planté dans le mien quand elle a joui sur moi comme si le monde allait s’effondrer.

Et depuis sa gifle , celle qui m’a réveillé plus brutalement que tout le reste.

Elle m’a frappé , puis elle est partie .

Et moi, je suis resté là, à la regarder partir.

Comme un con.

Je fais tourner le verre dans ma main le mauvais whisky tiède ,  ou peut-être juste inutile. La nuit est tombée depuis longtemps. Le chantier est vide. Il n’y a que les halogènes blafards qui clignotent au loin. J’aime ces heures-là. Quand tout est silence, ciment et poussière. Quand je redeviens anonyme.

Mais depuis elle, je ne suis plus rien de ça.

Je me lève, fais les cent pas entre les casiers et la baie vitrée crasseuse du bureau. Mes bottes martèlent le sol. J’ai l’impression d’être en cage. D’avoir le feu aux tripes et aucun exutoire.

Je repense à son corps , à sa voix. À la manière dont elle a gémi mon prénom comme une défaite. Ou une victoire, je ne sais plus.

Je repense surtout à ce qu’elle a dit.

« Tu m’as prise quand j’étais faible. Tu m’as utilisée. »

Et ça, ça me ronge.

Parce que c’est faux.

Elle n’était pas faible. Elle était en feu. Une reine déchue, furieuse, affamée, et magnifique dans sa chute. Elle a planté ses griffes dans ma nuque, m’a hurlé de ne pas m’arrêter, a serré mes hanches avec une telle rage que j’en porte encore la trace.

Et pourtant, elle m’accuse. Et je la laisse faire.

Je me masse la mâchoire.

Moi, je l’ai vue , vraiment vue.

Pas comme la fille à papa. Pas comme la chef de chantier parachutée pour faire joli sur le CV familial. Non. Je l’ai vue telle qu’elle est : une femme à fleur de nerfs, écartelée entre ce qu’elle veut et ce qu’elle croit devoir être.

Et bordel… elle est belle, comme ça.

Pas jolie , non belle , brute , humaine et si vivante.

Je me laisse tomber sur la chaise en métal. Le vieux ventilateur bourdonne dans un coin. Ça sent l’huile, la sueur, la peinture fraîche. Et elle, toujours, là, dans ma tête. Comme une brûlure qui ne guérit pas.

Elle va revenir. Je le sais.

Pas tout de suite. Elle a trop de fierté pour ça. Trop de colère en elle, aussi. Mais elle reviendra. Pas parce qu’elle m’aime. Pas encore. Mais parce que moi, je suis l’endroit où elle perd le contrôle. Et elle a besoin de ça, même si ça la dévore.

Et moi ?

Moi, je devrais en avoir rien à foutre.

Je suis pas fait pour elle. Je l’ai su dès le premier regard. Elle est née dans le marbre, moi dans la poussière. Elle cite Baudelaire, moi j’empile des parpaings. Elle va dans des galas où les serveurs portent des gants. Moi, je bois mon café dans une tasse fendue à côté d’un sac de plâtre éventré.

Alors pourquoi je pense à elle comme ça ?

Pourquoi je me rappelle la courbe de ses hanches, la façon qu’elle a de retenir un cri, comme si même le plaisir devait être digne ?

Pourquoi je me surprends à vouloir plus que ses griffures dans mon dos ?

Je grogne. Je me lève, furieux contre moi-même.

Je ne veux pas de ça.

Je ne veux pas de complications. Pas de sentiments. Pas de regards blessés, de silences tendus, de « ce n’est pas de ton monde ».

Mais elle est là. Partout. Dans mes veines. Sous mes ongles. Dans mes rêves.

Et je sens que si elle revient… je ne saurai pas dire non.

Même si je devrais.

Parce qu’elle est du genre à t’habiter.

Et à ne jamais te laisser tranquille.

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