로그인Camille
Les semaines ont passé. Je ne suis plus retournée au cabinet en tant que patiente. Mais je suis revenue souvent à l'appartement secret, celui où personne ne savait qu'il allait. Notre refuge.
On y a construit des rituels. Le dimanche, il me préparait à déjeuner, nue, tablier seulement. Je devais rester dans la cuisine à le regarder cuisiner, sans bouger, sans parler, juste offerte à son regard. Parfois il s'a
Au bout de très longues minutes, elle relève la tête, renifle, s'essuie les joues d'un revers de manche. Son chignon s'est défait, des mèches folles collent à ses tempes.— Pardonnez-moi, dit-elle en hoquetant. Je suis désolée.— Ne vous excusez pas. Ne vous excusez jamais de pleurer.Elle respire profondément, retrouve un peu de contenance.— J'ai eu la même chose, lâche-t-elle soudain. Pendant deux ans. Deux ans. Avec mon psychanalyste. Il m'a fait croire que j'étais amoureuse de lui. Que c'était normal. Que ça f
Je lève la tête. Mon cou est nu. Ma tête est haute. Et je commence à parler d'une voix que je voudrais plus assurée, mais qui est claire, distincte, ma voix de journaliste, celle que j'ai appris à poser en des centaines d'interviews.— Bonsoir à toutes et à tous. Je m'appelle Camille. Merci de votre présence ce soir. Merci au Docteur Delorme et à Maître Karimi, sans qui je ne serais probablement pas là aujourd'hui. Merci à vous, dans le public, d'avoir choisi d'écouter plutôt que de détourner le regard.Le silence est total. Aucun toussotement, aucun froissement de papier. Juste des centaines d'yeux fixés sur moi.— P
Je prends mon sac, un cabas en toile rapporté du marché il y a des années. Je vérifie que j'ai mes clés, mon téléphone, mon porte-monnaie. Des gestes mécaniques, presque rituels. Et puis j'ouvre la porte, et je sors.L'escalier de mon immeuble sent la cire d'abeille et le pain grillé. La gardienne fait le ménage, fredonnant un air que je ne reconnais pas. Je la salue en passant, elle me répond par un sourire édenté. Avant, je ne la voyais pas. Je ne voyais personne. Le monde était réduit à un tunnel étroit, avec Franck à l'autre bout.Je pousse la porte cochère. La lumière du dehors m'éblouit. Je cligne des yeux, je respire. L'air sent le printemps, le ti
Je me souviens du jour où j'ai enlevé le collier pour la dernière fois. Je ne l'ai pas enlevé, en réalité. Je l'ai arraché. C'était la veille de la dernière séance, celle où j'ai enregistré ses aveux. Je l'ai détaché en tremblant, et la peau en dessous était à vif. Une ligne d'un rouge sombre, presque brun, creusée par des mois de frottement continu. Une plaie qui ne saignait pas mais qui suintait, parfois. Une marque de possession.Les semaines qui ont suivi, j'ai caché mon cou sous des foulards, des cols roulés. La peau a cicatrisé lentement, formant un bourrelet disgracieux, une ligne plus claire qui semblait ne jamais vouloir s'effacer. Je la touchais machinalement, vingt fois par jour, pour vérifier qu'elle
CamilleUn an. Cela fait un an aujourd'hui que la plainte a été déposée. Trois cent soixante-cinq jours exactement depuis que j'ai franchi les portes du commissariat, flanquée de Maître Karimi et de Marianne Delorme, le dictaphone serré dans mon sac comme une grenade dégoupillée.Je suis assise au bord de mon lit, les pieds nus sur le parquet frais, et je laisse cette réalité m'envahir. Un an. Le chiffre tourne dans ma tête comme une mélodie familière dont on redécouvre soudain le sens profond.Je regarde mes mains. Elles ne tremblent plus. Je me souviens de ces matins d'avant, quand mes doigts étaient agités de soubresauts inc
CamilleLe cabinet de Marianne Delorme est clair, chaleureux. Des plantes vertes un peu partout, des livres sur des étagères en bois clair, deux fauteuils confortables qui se font face. Pas de divan. Pas de bureau qui sépare. Juste deux femmes assises l'une en face de l'autre, à égalité.— Parlez-moi de vous, Camille. Pas de lui. De vous.Sa voix est douce, son regard attentif. Je suis assise, les mains croisées sur mes genoux, le dos un peu raide. Je ne sais pas par où commencer.— Je ne sais pas qui je suis, je finis par dire. Pendant des mois, j'ai été ce qu'il voulait que je sois. Sa patiente, sa chose, son chef-d'œuvre. Avant lui, j'étais... une journaliste. Une fille. Une femme. Mais je ne sais pas vraiment qui était cette femme.— Alors c'est ce que nous allons chercher ensemble. Qui vous êtes, Camille. Sans lui. Sa