เข้าสู่ระบบIl ne répond pas. Il baisse la tête, fixe le sol comme s'il espérait qu'il s'ouvre sous ses pieds et l'engloutisse.
— Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? je demande, la voix soudain plus douce, plus triste. Pourquoi tu as fouillé dans mon téléphone au lieu de me poser la question ? Si tu avais des doutes, des inquiétudes, pourquoi tu ne m'as pas dit : "Élisa, j'ai peur, est-ce que tu as des nouvelles de Th
Je lis ces messages dans mon studio, écrasée sur mon canapé, mon téléphone vibrant entre mes doigts. Chaque notification est une lame. Chaque commentaire est une gifle. Je devrais m’arrêter, poser le téléphone, fermer les réseaux. Mais je n’y arrive pas. Je défile, je lis, je relis, je m’enfonce. Je repense à ce que Caroline disait, il y a des mois. Le talent sert souvent de blanchiment moral. C’est exactement ça. On lave le prédateur dans le génie. On rince la cruauté dans la complexité. On essore la vérité dans la passion artistique. Et ce qui reste, c’est une réputation intacte, un monstre blanchi, des victimes éclaboussées par l’eau sale de la rumeur.Clara m’appelle ce soir-là. Elle a vu les messages. Elle est furieuse, plus que moi. Elle veut que je réponde,
Caroline pleure. Des larmes silencieuses qui coulent sur ses joues, qu’elle n’essuie pas. Elle fixe le carnet comme on fixe une vieille blessure qui se rouvre. Moi, je ne pleure pas. Je regarde Lefèvre droit dans les yeux et je demande, d’une voix que je veux calme et qui tremble malgré tout :— Mon nom y figure-t-il ?Il hésite. Ce n’est pas bon signe.— Nous n’avons pas trouvé votre nom complet dans le fragment. Mais il y a des initiales. Et des fiches séparées dans des dossiers. On a retrouvé un classeur avec des sous-parties, des dates, des étapes. Votre prénom apparaît dans un planning, pas dans le carnet lui-même. Pas encore.Pas encore. Ces deux mots me glacent. Il y a peut-être un autre carnet. Une autre boîte. Un autre box. Il a tout fragmenté, comme un collectionneur qui disperse ses pièces
— ÉlisaLe box se trouve dans une zone industrielle, au nord de Paris, à la lisière d’une ville de banlieue que je n’ai jamais traversée autrement qu’en voiture. Un rectangle de tôle grise aligné parmi des dizaines d’autres, derrière un portail automatique que la police a fait ouvrir par le gardien. Je ne devrais pas être là. Lefèvre me l’a répété trois fois au téléphone. Les parties civiles n’assistent pas aux perquisitions. Ma présence sur les lieux pourrait compromettre la procédure, offrir à la défense un argument de partialité. Mais Caroline a insisté, Caroline a plaidé, Caroline a fini par obtenir une faveur. Pas une présence. Une information. Un inventaire. Et moi, je l’attends dans la voiture, garée sur le parking, à cinquante mètres du box.
Je n’ai pas bougé. Je n’ai pas crié. Je n’ai pas fui. Je suis restée debout, les pieds dans l’herbe mouillée, les yeux fixés sur le téléphone comme si c’était une bête venimeuse. La voix d’Adrien était calme, posée, presque tendre. C’était ça, le pire. Cette tendresse insupportable qui s’infiltrait sous la peau comme une écharde. Il ne menaçait pas. Il n’insultait pas. Il constatait. Tu me cherches autant que je te cherche. Et c’était vrai. C’était d’une vérité atroce qui me coupait le souffle. Je le cherchais. Dans chaque silhouette, dans chaque lettre, dans chaque silence. Je passais mes journées à remonter sa trace, à fouiller sa mémoire, à déterrer ses archives. Je le traquais. Je le poursuivais. Je ne pouvais pas le nier.
Le lendemain matin, j’ai appelé Élisa. Je n’ai pas tout raconté. Pas le détail des mains. Pas la honte. Juste l’essentiel. La femme, le café, le message. Et le fait que j’avais compris, un peu tard, que j’avais été suivie. Depuis combien de temps ? Je ne savais pas. Depuis mon premier geste maladroit, depuis que j’avais commencé à fouiller de mon côté, depuis que j’avais contacté une ancienne galeriste, un ancien collectionneur, un ancien modèle. Clara, qu’est-ce que tu as fait ? La voix d’Élisa était blanche, au bord de la rupture. Je n’ai pas pu répondre. J’ai raccroché. Je suis restée debout dans ma cuisine, le téléphone serré dans la main, à fixer le mur blanc comme s’il allait me répondre. Quelqu’un me suivait. Quelqu’un m’observait. Et je venais de l’apprendre par la bouche d’un fantôme.— ÉlisaLa femme s’appelait Nadège. C’est le nom qu’elle m’a donné au téléphone, d’une voix douce, hésitante, avec ce léger accent des quartiers nord de Marseille qui m’a tout de suite semblé fa
— ClaraJe n’aurais jamais dû répondre à ce message. Je le sais maintenant, je le sais avec une clarté qui me brûle la nuque, mais sur le moment, je me suis dit que c’était la bonne chose à faire. La seule chose à faire. Élisa ne me disait plus rien, pas tout, pas assez, et je la voyais s’enfoncer dans une solitude qui ressemblait à un tombeau. Alors j’ai voulu l’aider. À ma manière. Une manière que je croyais efficace, méthodique, presque professionnelle. Je me suis trompée. Sur toute la ligne.Le message venait d’une femme qui se présentait comme une ancienne collaboratrice d’Adrien. Elle disait avoir travaillé avec lui sur un projet d’exposition, il y a quatre ans, dans une galerie du onzième arrondissement. Elle disait avoir vu des choses. Des choses qu’elle n’avait jamais osé raconter. Elle disait qu’elle était prête à parler, mais pas à la police. Pas encore. Elle voulait d’abord me rencontrer, moi, la sœur. Elle avait trouvé mon nom sur un vieil article qui mentionnait Élisa. E
ÉlisaJe devrais m’éloigner de lui.Cette pensée tourne en boucle dans mon esprit alors que je reste plantée devant Adrien, incapable de rompre ce fil invisible qui nous relie. Il ne me touche pas. Il ne me retient pas. Pourtant, j’ai la sensation étrange d’être déjà prise au piège de quelque chose
ÉlisaJe ne crois pas au destin.Je crois aux coïncidences mal placées, aux hasards ironiques, aux rencontres qui arrivent toujours au mauvais moment. Je crois aux histoires qui commencent trop vite et finissent encore plus vite. L’amour, pour moi, a toujours eu le goût d’un au revoir murmuré trop
Il hoche la tête, lentement. Ses yeux sont brillants, mais il ne pleure pas. Il lutte, comme toujours, contre cette vulnérabilité qu'il refuse de montrer.— Je vais devenir cet homme. Je te le promets. Je vais me battre contre moi-même, contre
Je m'étire, attrape mon téléphone machinalement sur la table de nuit. L'écran s'allume. Et là, un détail me frappe, me percute de plein fouet.La conversation avec Thomas est ouverte.Je ne l'avais pas laissée ouverte. J







