LOGINAgathe
Je sais qu'elle me cache quelque chose.
Je le sais depuis des jours, depuis qu'elle a les traits tirés et le teint pâle et les yeux cernés. Depuis qu'elle refuse le café que je lui propose en faisant la grimace, depuis qu'elle détourne la tête quand j'ouvre une bouteille de vin, depuis qu'elle pose sa main sur son ventre avec un geste protecteur, instinctif, un geste qu'elle ne se connaissait pas et qu'elle essaie de r
Maître Morel soupire, ôte ses lunettes, les essuie avec un mouchoir taché de nicotine. Il se lève, se dirige vers l'étagère du fond, et en sort un classeur rouge, épais, poussiéreux, qu'il pose sur le bureau avec un bruit sourd.— Le dossier Moretti. Je l'ai exhumé des archives du tribunal de commerce la semaine dernière, à votre demande. J'ai passé trois nuits à le lire, monsieur Orsini, et je dois dire que c'est une des histoires les plus sordides que j'aie jamais vues. Votre grand-père n'était pas seulement un homme d'affaires impitoyable. C'était un criminel. Un escroc. Un meurtrier, probablement.Il ouvre le classeur, en sort des documents jaunis, des coupures de presse, des procès-verbaux.— Giovanni Orsini avait signé une promesse d'achat pour le complexe immobilier du Cap d'Ail, le projet le plus ambitieux
Elle ne répond pas, elle pose sa tête sur mon épaule, et elle pleure longtemps, silencieusement, comme si toutes les larmes qu'elle avait retenues depuis des semaines, depuis des mois, depuis des années, se libéraient enfin dans un torrent intarissable. Je la berce doucement, je lui caresse les cheveux, je lui murmure des mots que ma propre mère me disait quand j'étais petite, des mots de réconfort et d'espoir qui ne résolvent rien mais qui font du bien, qui pansent les blessures à défaut de les guérir.Mais je sais que ma mission n'est pas terminée. Il faut que Valerio sache. Il faut que je trouve un moyen de le contacter, de lui parler, de lui annoncer cette nouvelle qui va bouleverser sa vie. Même si Calista refuse de le faire elle-même, même si elle m'en veut, même si elle me déteste pour ça. Parce que cet enfant mérite d'avo
AgatheJe sais qu'elle me cache quelque chose.Je le sais depuis des jours, depuis qu'elle a les traits tirés et le teint pâle et les yeux cernés. Depuis qu'elle refuse le café que je lui propose en faisant la grimace, depuis qu'elle détourne la tête quand j'ouvre une bouteille de vin, depuis qu'elle pose sa main sur son ventre avec un geste protecteur, instinctif, un geste qu'elle ne se connaissait pas et qu'elle essaie de réprimer quand elle se rend compte que je la regarde. Calista est enceinte. J'en mettrais ma main au feu, j'en mettrais ma tête à couper, j'en mettrais tout ce que j'ai de plus cher au monde — et Dieu sait que je n'ai pas grand-chose.Mais elle ne me dit rien. Elle se tait, elle sourit, elle fait semblant. Elle détourne la conversation, elle change de sujet, elle trouve des excuses pour s'éclipser. Et ce silence me tue, me ronge, me dévore de
CalistaJe suis enceinte.Je le sais avant même de faire le test, avant même de rater mes règles, avant même de sentir les premiers symptômes. Je le sais parce que mon corps me le dit, parce que quelque chose a changé en moi, parce qu'une présence minuscule et immense à la fois a pris racine dans mon ventre. Une présence qui n'est pas seulement la mienne, qui n'est pas seulement la sienne, qui est la fusion de nos deux chairs, de nos deux âmes, de nos deux amours brisés.Je le sens dans la fatigue qui m'écrase le matin, dans les nausées qui me prennent à l'odeur du café, dans cette sensibilité nouvelle qui rend ma peau plus réactive, mon odorat plus fin, mes émotions plus intenses. Je le sens dans cette chaleur qui pulse au creux de mon ventre, comme une petite flamme qui refuse de s'éteindre, comme une bougie qu'on prot&e
CalistaIl est parti.Il est parti une deuxième fois, il a franchi cette porte sans se retourner, et cette fois, c'est définitif. Je le sais, je le sens, je le vis dans chaque fibre de mon être, dans chaque battement de mon cœur, dans chaque respiration qui me brûle les poumons. Il n'y aura pas de troisième chance, pas de troisième retour, pas de troisième réconciliation. Nous avons épuisé notre lot de miracles, dilapidé notre capital de pardon, brûlé toutes nos cartes de rédemption. Il ne reste plus que les cendres, et les cendres ne se recollent pas.Je reste debout contre le mur de la boutique, les bras ballants, les yeux fixés sur la porte close, et j'attends. J'attends qu'il revienne, qu'il pousse à nouveau cette porte, qu'il traverse l'allée centrale en courant, qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me dise qu'il m'aime, qu
Les mots claquent comme un fouet, et elle se fige, les bras ballants, le visage livide. Je vois la douleur qui passe dans ses yeux, cette douleur que j'ai moi-même infligée, cette blessure que je rouvre délibérément. Et je me hais pour ça, je me hais de tout mon être, mais je continue. Parce que je ne sais pas faire autrement. Parce que la glace que j'ai érigée autour de mon cœur est la seule chose qui me protège encore.— Alors pourquoi ? demande-t-elle d'une voix blanche, une voix sans timbre, sans émotion, comme si elle avait déjà accepté le pire. Pourquoi es-tu revenu ?— Parce que j'ai des questions. Et tu vas y répondre.Je sors une enveloppe de la poche intérieure de ma veste, une enveloppe en papier kraft remplie de documents que mon détective a rassemblés pendant mon absence. Des relevés banca







