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작가: WDAdaire
last update 게시일: 2026-06-06 20:47:30

Dehors, Paris s’enfonçait dans une nuit d’encre, mais les néons de la façade de Valmont Luxury brillaient encore d’un éclat que je savais, au fond de mes tripes, profondément menacé.

Je fixai l’écran de mon ordinateur portable. Rien. Toujours rien.

Error 404. Server not found.

Ces quatre mots maudits me narguaient depuis des heures. La sueur qui perlait sur mon front n’était plus le produit de la colère, c’était le premier suintement de la panique. Une panique brute, viscérale.

« Impossible, murmurai-je, la voix brisée par l’alcool et l’incompréhension. Elle n’a pas pu faire ça. Pas elle. »

Elara. Ma petite souris domestique. La femme insignifiante qui passait ses journées en robe de coton informe, parfumée à l’ail et aux produits ménagers, venait de me porter un coup de poignard invisible. Elle n’était qu’une ombre dans mon grand manoir, une présence beige que je tolérais à peine et que je refusais d’afficher au bras de mon costume sur mesure. Et pourtant, depuis qu'elle avait franchi le seuil de la maison avec sa pauvre valise en carton, le cœur créatif de mon empire s’était arrêté de battre.

Marcus, mon chef de l’informatique, m’avait juré au téléphone que les serveurs de X-Anonymous avaient été purgés de l’intérieur. Une suppression systématique, définitive, chirurgicale. Toutes les archives, tous les croquis qui faisaient de moi le roi de la haute couture parisienne avaient disparu dans le néant électronique.

Je refusais d'y croire. C'était forcément une coïncidence. Elara était trop stupide, trop provinciale pour orchestrer un piratage de cette envergure. Ce n'était qu'une coïncidence. La vérité, je la connaissais : c'était Marcello D’Angelo. Ce foutu aristocrate italien avait utilisé ma stupide ex-femme comme un cheval de Troie pour s'infiltrer chez moi, voler mes secrets et détruire Valmont. Oui, c’était forcément ça. Elle s’était vendue à lui, elle lui avait offert les clés de mon royaume pour se venger d’avoir été jetée comme un vieux chiffon.

Je me levai brusquement, envoyant valser mon fauteuil en cuir. Je devais réagir. Un Valmont ne plie pas. Un Valmont écrase.

J'attrapai mon téléphone fixe et composai le numéro direct de Jean-Louis, le directeur du plus grand conglomérat de presse people et mode de France. Nous avions déjeuné ensemble la semaine dernière. Il me devait d'innombrables faveurs.

— Jean-Louis ! Enfin. J'ai une exclusivité pour toi, dis-je d’un ton que je m’efforçai de rendre conquérant, presque badin. Une affaire de plagiat et d'espionnage industriel. Une petite marque de pacotille qui essaie de faire le buzz en se faisant appeler Ferragni. Ils ont volé des concepts de Valmont Luxury. Je veux que tu tues cette histoire dans l'œuf. Sors un article demain matin. Traîne-les dans la boue. Dis que ce sont des voleurs, des parasites.

Il y eut un long silence à l’autre bout du fil. Un silence lourd, gêné, qui me fit froid dans le dos.

— Jean-Louis ? Tu m'entends ?

— Julian... commença-t-il, sa voix d'ordinaire si mielleuse semblait soudain distante. Je ne peux pas faire ça.

— Qu'est-ce que tu veux dire par "tu ne peux pas" ? Je te paierai le double s'il le faut !

— Ce n'est pas une question d'argent, Julian, soupira-t-il. Tu ne comprends pas à qui tu t'attaques. L'information sur le litige de propriété intellectuelle est déjà tombée sur les téléscripteurs des agences mondiales. Et pour ce qui est de salir le nom de Ferragni... aucun grand patron de presse à Paris ne prendra ce risque. Madame Vionnet elle-même a bloqué toutes les lignes éditoriales. Elle a placé cette nouvelle marque sous sa protection personnelle. Quiconque écrit un mot de travers sur Ferragni sera banni des défilés et verra ses contrats publicitaires annulés d'ici demain midi. Je suis désolé, Julian. Ne me rappelle plus pour cette affaire.

Le bip sonore de la fin de communication résonna dans mon oreille comme une gifle. Mon téléphone me glissa des doigts.

Madame Vionnet. La papesse de la mode, celle devant qui même les ministres s'agenouillaient, protégeait ma dinde d'ex-femme? Non, pas Elara. Elle protégeait la structure financière derrière elle.

Je sentis mes jambes fléchir et je me laissai retomber sur le canapé. Les mots d'Elara au Ritz me revinrent en mémoire, murmurés comme un poison à action lente : « Tu ne sais même pas qui tu as épousé pendant trois ans. » Je secouai la tête pour chasser cette pensée ridicule. C’était impossible. Elle essayait juste de me faire perdre la tête. Elle jouait la comédie, drapée dans les milliards de D’Angelo.

C’est à ce moment-là que la porte de mon bureau s'ouvrit à la volée. Chloé entra, ses talons hauts claquant furieusement sur le parquet. Elle n'avait même pas pris la peine d'enlever son maquillage de la soirée, et sous la lumière crue des lampes, ses traits semblaient durcis par la rage.

— Julian ! C'est un cauchemar ! Regarde ce qu'ils disent sur TikTok et I*******m ! On m'insulte dans les commentaires ! On dit que je porte une contrefaçon ratée !

Elle brandit son téléphone sous mes yeux. Des milliers de partages. Des vidéos de modeuses analysant la robe rouge qu'elle portait le soir de notre rupture, pointant du doigt la couture asymétrique du flanc gauche. « Un désastre technique », disait un célèbre critique. « Comment Valmont a-t-il pu laisser passer une telle horreur ? »

Je revis le visage d'Elara, ce sourire presque imperceptible qu'elle avait eu en regardant Chloé dans notre salle à manger : « La couture est de biais. C'est un prototype raté. »

— Tais-toi, Chloé, grognai-je, la tête entre les mains.

— Comment ça, tais-toi ?! C'est ma réputation qui est en jeu ! Je suis une supermodel, Julian! Je ne peux pas être associée à une marque qui coule! Tu dois faire quelque chose ! Attaque-les ! Appelle tes avocats!

— J'ai dit : TAIS-TOI ! hurlai-je en frappant du poing sur la table.

Elle sursauta, les yeux écarquillés par la surprise et l'indignation. Jamais je ne lui avais parlé sur ce ton. Elle qui était habituée à ce que je rampe devant ses caprices de diva, elle comprit immédiatement que l'atmosphère avait changé. Elle serra les dents, rangea son téléphone et me jeta un regard noir avant de tourner les talons, me laissant à nouveau seul avec mes démons.

Pendant ce temps, à l'autre bout de la ville, dans la suite présidentielle de l'Hôtel Ritz, l'ambiance devait être radicalement différente. Je pouvais presque imaginer Elara, débarrassée de ses lunettes ridicules et de son chignon mal fait, assise comme une reine devant une armée de stylistes et d'avocats. Elle devait rire de moi. Elle et son cher Duc italien devaient trinquer à ma ruine.

La colère, noire et brûlante, remplaça peu à peu la peur. Ils croyaient m'avoir acculé ? Ils croyaient que Valmont Luxury allait s'effondrer juste parce qu'un serveur avait été effacé?

J'ouvris le tiroir secret de mon bureau. Tout au fond, protégée dans une pochette plastifiée, se trouvait la feuille froissée que j'avais sauvée de la corbeille à papier le matin même. Le croquis de la robe du soir noire. Une ligne pure, agressive, magistrale. Le véritable testament de X-Anonymous.

Je lissai le papier du bout des doigts. Mes techniciens m'avaient dit que la structure au niveau de la taille semblait risquée, que le tissu ne tiendrait pas si la découpe était faite ainsi. Mais qu'en savaient-ils ? Ce n'étaient que des exécutants, des médiocres. X-Anonymous n'avait jamais fait d'erreur en trois ans. Chaque ligne tracée par cette entité mystique s'était transformée en millions d'euros sur mes comptes bancaires. Ce croquis était parfait. Il devait l'être. C'était ma seule bouée de sauvetage.

« Tu penses m'avoir vaincu, Elara ? chuchotai-je à la pièce vide en serrant le dessin contre mon torse. Tu penses que je vais ramper ? »

Je n'avais plus de serveurs, plus de drafs, plus de soutien médiatique immédiat. Mais j'avais cette robe. J'allais lancer sa production dès demain matin, quitte à épuiser mes dernières réserves de trésorerie. J'allais montrer au monde entier, lors de la Fashion Week, que le génie créatif de cette entreprise résidait en moi, et non dans les caprices d'une épouse ingrate qui avait choisi de me trahir.

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