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Chapitre 6

last update publish date: 2025-08-07 15:19:52

Chapitre 6 

LE POINT DE VUE DE Damien MONTBRUN 

« Je te jure que je ne l’ai plus revue depuis ce jour-là. »

Elle a dit ça, le premier jour, la voix rauque, presque cassée. Depuis… plus rien.

Trois jours que je la tiens enfermée ici. Trois putains de jours. Pas un cri. Pas une larme. Pas même un regard vers moi. Christine Belmont… la princesse intouchable, silencieuse comme une tombe.

Elle est là, assise sur cette chaise en cuir usé, les poignets attachés juste assez fort pour lui faire sentir qu’elle n’est plus en contrôle. Ses jambes croisées, les chevilles liées. La robe noire qu’elle portait le soir où je l’ai enlevée est froissée, glissée sur son épaule, dévoilant une parcelle de peau.

Sa nuque, ses clavicules.

Je m’approche. Lentement. J’entends son souffle s’accélérer. Elle reste droite, la tête haute, mais ses doigts tremblent à peine. Je la connais maintenant, je sais reconnaître ses minuscules failles. Elle est douée pour les masquer, mais je les traque.

Je les savoure.

Je m’agenouille devant elle. Nos regards se croisent enfin. Ses yeux, d’un vert profond, me transpercent avec autant de haine que de défi.

— Rien à dire, Christine ? Rien du tout ?

Elle baisse les yeux. Silence.

— Ton silence commence à me gonfler. Tu penses que je vais lâcher l’affaire juste parce que tu la joues martyre? Tu crois que ton petit jeu me touche?

J’ai tout essayé. La douleur, la honte. Rien. Elle ne parle plus et ne crie plus. Même pas une supplication.

J’aurais jamais cru qu’une femme qui dit rien, ça pouvait frapper aussi fort.

Au début, elle était en feu. Elle gueulais, fière, presque provocante . Ces yeux me défiaient. Et même à moitié crevée, elle se redressais. Comme si elle avais encore le dessus.

J’avais rêvé de la voir comme ça. Brisée . 

Je me souviens quand elle a fermé sa gueule pour de bon. C’était la nuit. Elle gelait. Les lèvres violettes, les bras croisés, à peine en train de respirer. Mais pas un mot. Pas une plainte.

Je lui ai mis une gifle. Doucement. Juste pour voir si y’avait encore un peu de feu en elle . Une réaction. 

Mais elle a juste éteint son regard. Elle était là, mais déjà partie. Comme si j’existais plus.

Et depuis, rien. Juste ce silence qui me ronge. Qui me fout la rage.

Je pourrais la fouetter. L’attacher plus fort. La forcer à ramper. Mais à quoi bon, si même la peur a déserté ses traits ? Ce n’est plus une question de vengeance. C’est devenu personnel. Intime.

Chaque nuit, je me tiens debout devant elle. Parfois, je l’observe dormir. Parfois je m’assois juste là, sur la chaise en face, et je la regarde respirer.

Je me hais de ressentir ça.

Je devrais vouloir la briser. Je devrais ne voir en elle qu’une voleuse arrogante. Une fille de bonne famille qui s’est accrochée à ce collier sans savoir ce qu’il cache.

Ce collier…

Je serre les poings.

Ce foutu collier.Elle n’a jamais su qu’il appartenait à ma mère. Qu’il est tout ce qu’il me reste d’elle.

Et ce n’est pas qu’un bijou. Il renferme quelque chose. Une puce. Un indice. Une vérité que personne ne veut que je découvre. Ce n’est pas un bijou, c’est une clé. Une clé pour comprendre pourquoi elle est morte comme un chien dans cette foutue villa. 

Elle ne le quittait jamais. Pas même pour dormir.

Elle le caressait parfois, machinalement, comme si c’était un talisman. Une armure contre ses propres démons. Et puis un jour… elle est morte. Brutalement.

Et le collier a disparu.

Volatilisé. Avec elle. Avec ses secrets.

Peut-être même que ce collier renferme la vérité sur ce qui est arrivé à ma mère. Les vraies raisons de sa mort. Des aveux. Des documents. Une liste. Un testament caché. Je ne sais pas encore.

Damien Montbrun. Voilà mon nom. Voilà l’homme que je suis devenu : un homme prêt à enfermer, faire souffrir, plonger dans l’ombre… pour un bijou qui cache peut-être toute la vérité sur la mort de celle qui m’a donné la vie.

Jusqu’à ce que je le retrouve. Sur elle.

 La fille des gens qui ont tout. L’héritière parfaite.

Le dernier maillon du mensonge.

Je me lève, encore une fois. Mes pas résonnent dans la pièce comme des coups de marteau dans le silence.

Je m’approche. Je la vois se raidir. Même là, elle refuse de reculer.

— Regarde-moi, je dis.

Elle ne bouge pas.

Je tends la main. Je lui attrape le menton. Doucement, presque tendrement. Sa peau est tiède. Tremblante. Elle fronce à peine les sourcils, mais ses yeux restent vides.

— Christine…

Ma voix se fait plus basse, rauque, presque suppliante sans que je le veuille.

— Tu vas parler. Tu dois parler.

Elle cligne lentement des yeux. Je sens ses cils effleurer mes doigts. Mon souffle cogne contre sa joue.

— Dis-moi où se trouve ce collier . A qui tu l’as donné. Ce que tu sais.

Rien.

Le silence, encore.

Je me penche plus près, jusqu’à ce que ma bouche effleure sa peau.

— Parle. Ou je recommence.

Un frisson la traverse. Elle détourne le visage, à peine. C’est la seule réponse que j’obtiens.

Mais c’est suffisant.

Car je sais qu’elle m’entend.

Et moi… je ne suis pas encore prêt à abandonner.

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