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LE BAISER DE LA TRAÎTRESSE
LE BAISER DE LA TRAÎTRESSE
Autor: PLUME LUMINEUSE

Chapitre 1

last update Fecha de publicación: 2026-02-23 02:12:53

     Le manoir Kingboy n'était pas une maison. C'était une cathédrale de secrets, un tombeau vivant où chaque pierre portait le poids des serments brisés et des trahisons séculaires. Ses murs noirs défiaient le soleil londonien, absorbant la lumière comme une plaie absorbe le poison.

On racontait que ce manoir n'appartenait pas aux Kingboy, mais que les Kingboy lui appartenaient. Une cage de velours tissée de dettes, de rancunes et de non-dits.

Moi, Jeffrey, à neuf ans, je n'y voyais qu'un terrain de jeu immense. Je courais à travers les couloirs tapissés de rouge, mon revolver en bois serré dans ma main droite. Ce n'était qu'un jouet d'anniversaire, mais pour moi, il pesait comme une véritable arme. J'étais un cow-boy solitaire traversant un monde sauvage, un justicier défiant des ennemis invisibles.

—« Pan ! Pan ! » criai-je en visant une immense peinture représentant l'un de nos ancêtres.

Mon rire éclatait, clair et franc, défiant le silence solennel qui régnait sur la maison. À neuf ans, j'étais encore capable de rire.

J'ignorais que ce rire deviendrait bientôt un souvenir lointain.

Dans le grand salon, mon père m'observait. Assis dans son fauteuil de cuir qui avalait sa silhouette massive, ses yeux noirs brillaient d'une intensité glaciale. Cet homme n'était pas seulement mon père : il était le chef devant lequel Londres tout entière s'inclinait.

Pourtant, face à moi, ses yeux s'adoucissaient. Comme si j'étais la seule créature capable de calmer la bête qui grondait en lui.

— Jeffrey, dit-il d'une voix qui roulait comme un tonnerre lointain, n'oublie jamais ceci : une arme n'est jamais un jouet. Chaque balle tirée change un destin.

Je m'arrêtai net. Ses paroles me dépassaient, mais elles s'accrochèrent à moi comme des griffes invisibles. Une balle, un destin... Les mots semblaient trop grands pour mon âge, mais ils s'incrustèrent dans ma mémoire comme une cicatrice qui ne s'effacerait jamais.

Mon père se leva, imposant silence et respect par sa seule présence. Il posa une main lourde sur mon épaule, un poids de pierre doublé de la chaleur d'un rempart protecteur.

— Un jour, tu comprendras, ajouta-t-il. Et ce jour-là, tu seras prêt.

Je levai mes yeux d'enfant vers lui, persuadé que rien ne pouvait m'arriver tant que son regard se posait sur moi.La porte s'ouvrit dans un long grincement. Mon cœur se serra instinctivement.

Elle entra.

Ma grand-mère. La matriarche des Kingboy.

Elle avançait comme une reine dont le royaume était fait de silence et de peur. Sa robe noire absorbait toute lumière. Ses cheveux argentés, tirés en chignon sévère, ressemblaient à des cicatrices du temps dompté.

Mais ce qui glaçait vraiment, c'étaient ses yeux. D'un gris tranchant, impitoyables, ils donnaient l'impression de traverser la chair pour sonder directement l'âme. Même mon père ne pouvait soutenir son regard trop longtemps.

Elle me fixa. Longuement. Comme si elle mesurait déjà l'homme que je deviendrais.

— Ce garçon sera plus fort que toi, dit-elle d'une voix ferme.

Ses mots claquèrent comme une vérité indiscutable.

Mon père haussa un sourcil, une lueur ironique dans les yeux.

— Plus fort que moi ? Tu crois vraiment qu'un enfant peut dépasser l'homme que je suis ?

Ma grand-mère s'avança, sa canne frappant le sol de marbre à chaque pas. Toc. Toc. Toc. Comme les battements d'une horloge annonçant une sentence inévitable.

Elle s'accroupit près de moi et posa une main ridée sur ma joue. Son contact était glacé. Ce n'était pas le geste tendre d'une grand-mère : c'était celui d'une prophétesse prononçant un verdict.

— «Oui,» murmura-t-elle. «Parce qu'il est né dans le sang. Et les enfants qui grandissent dans le sang deviennent toujours soit des rois... soit des monstres.»

Un silence épais s'abattit. Ses mots, lourds comme une malédiction, semblèrent s'imprimer dans les murs du manoir.

Mon père soupira profondément.

— «Alors il devra être les deux. Un roi et un monstre, si c'est le prix à payer pour protéger notre nom.»

Je ne comprenais pas vraiment. Pour moi, mon père était déjà un roi, et il n'avait rien d'un monstre... du moins, pas lorsqu'il me souriait.

    La porte du bureau s'ouvrit brusquement. Un homme essoufflé entra, le front perlé de sueur.

— «Chef...» annonça-t-il, la voix basse. Les clans ont confirmé. La grande réunion aura lieu demain soir.

Aussitôt, l'air changea. La tension s'épaissit, lourde comme un ciel d'orage. Mon père redressa son buste et tambourina de ses doigts sur le bois du bureau.

Je connaissais ce geste : c'était le prélude aux décisions qui changeaient des vies.

Derrière lui, ma grand-mère eut un sourire glacé.

— «Voilà l'orage. Un roi ne rit jamais longtemps.

Je levai les yeux vers mon père, fasciné et inquiet.»

— «Papa... c'est quoi, une réunion des clans ?»

Il s'agenouilla à ma hauteur et plongea ses yeux noirs dans les miens. J'y vis une flamme mystérieuse qui me fit trembler.

— «C'est le moment où les loups s'assoient à la même table. On y parle de paix... mais souvent, c'est là que naissent les guerres.»

Un frisson me parcourut l'échine.

— «Et tu vas y aller ?» soufflai-je, partagé entre peur et excitation.

Un sourire triste effleura ses lèvres.

— «Oui. J'y serai.»

.

Il m'embrassa sur le front. Je sentis son souffle contre ma peau, mais plus que tout, j'entendis son cœur battre violemment, comme un tambour de guerre.

Je m'accrochai à lui sans comprendre pourquoi une angoisse sourde naissait en moi. Comme si, dans mes os d'enfant, je pressentais que rien ne serait plus jamais pareil après demain.

Rassemblant mon courage, je murmurai :

— «Alors moi aussi... je veux venir.»

Le silence qui suivit fut presque sacré. Mon père se figea. Derrière lui, ma grand-mère esquissa un sourire énigmatique.

Mon père me regarda longtemps. Trop longtemps. Ses yeux semblaient chercher dans les miens un reflet de l'avenir.

Puis enfin, il hocha lentement la tête.

— «D'accord. Tu viendras.»

Ce simple mot, prononcé ce soir-là, scella mon destin.

Car demain soir, je ne serais plus un enfant.

Et demain soir, le monstre en moi naîtrait dans le sang.

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