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Chapitre 2

last update Terakhir Diperbarui: 2026-02-23 02:13:35

POV : JEFFREY, 9 ANS

    Il pleuvait fort sur Londres. Les gouttes tombaient en rideau, comme si le ciel cherchait à effacer la nuit qui s'annonçait.

Je me souviens de ce trajet comme d'une marche vers l'inconnu.

Dans la voiture noire, l'odeur du cuir se mêlait au parfum âpre de mon père. À ses côtés, droit et immobile, je me sentais minuscule. Je portais un costume spécialement choisi :

 chemise blanche au col serré, veston sombre qui m'écrasait les épaules, chaussures cirées reflétant la moindre lumière.

Je ressemblais moins à un enfant qu'à une poupée de porcelaine déguisée en héritier.

— «Tiens-toi droit, Jeffrey», dit mon père d'une voix grave.« Ce soir, tu représentes plus que toi-même.»

Je hochai la tête, mes mains serrées sur mes genoux, essayant d'imiter son air sérieux.

Ma grand-mère, assise en face de nous, me fixait avec ses yeux d'acier. Vêtue de noir, ses bijoux d'argent scintillaient sous les lumières tamisées.

—« L'enfant apprend»,

 dit-elle comme si elle s'adressait au destin lui-même. Ce soir, il verra. Ce soir, il comprendra.

Je ne sus jamais si ses mots étaient une promesse ou une malédiction.

  La voiture s'arrêta devant un bâtiment ancien dissimulé derrière de hautes grilles. Une ancienne église transformée en salle de réunion secrète. Ses vitraux brisés laissaient filtrer une lumière malade.

Nous franchîmes les portes massives.

La salle m'apparut comme une cathédrale souterraine. Une longue table de bois sombre occupait le centre. Des torches fixées aux murs diffusaient une lumière dorée dansante. L'air sentait le bois brûlé, la sueur et quelque chose d'indéfinissable... comme une odeur de fer et de sang.

Les clans étaient déjà là.

Les Carlozzi d'Italie, costumes élégants, regards froids et calculés.

Les O'Riley d'Irlande, hommes massifs aux mains calleuses, sentant le whisky et la poudre.

Et les Fristson.

William Fristson dominait la table par sa seule présence. Son costume noir semblait taillé dans l'ombre elle-même, sa chemise écarlate tranchait comme une blessure. Ses cheveux blonds brillaient sous les torches. Ses yeux bleu pâle étaient les plus glacials que j'aie jamais vus : 

deux morceaux de glace plantés dans un visage qui souriait sans chaleur.

Je m'accrochai à la main de mon père en le voyant.

— «Le clan KINGBOY», annonça une voix.

Tous les regards se tournèrent vers nous. Mon cœur s'arrêta.

Je marchai aux côtés de mon père, refusant de baisser les yeux. Ma grand-mère avançait derrière, sa canne résonnant comme un glas.

Nous prîmes place à la table. Mon père s'assit face à William. Moi, à ses côtés, sur une chaise trop grande. Mes pieds ne touchaient même pas le sol.

Mais je relevai le menton, comme il me l'avait appris.

La réunion commença.

Les clans parlèrent de territoires, de contrats, de traités secrets. Les voix se croisaient, s'opposaient, s'envenimaient. Je ne comprenais pas tous les mots, mais je sentais la tension monter comme une marée.

Chaque phrase sonnait comme une menace. Chaque sourire cachait une dague.

William Fristson parlait peu. Mais chaque fois qu'il ouvrait la bouche, le silence se faisait.

— «Les Kingboy ont eu leur règne», dit-il d'une voix posée, presque douce. «Londres les a respectés. Mais le temps change. Et quand le temps change, ceux qui refusent de plier... sont brisés».

Son regard glissa vers mon père, puis vers moi.

— «Même les héritiers».

Mon père se redressa. Dans ses yeux noirs brilla une étincelle dangereuse.

— «Tu parles trop, William. Les loups n'aboient pas. Ils mordent.»

Un frisson parcourut la salle.

Je me souviens encore du sourire de William. Lent. Cruel.

  Puis tout bascula. Un geste. Trop rapide pour que je le comprenne.

Une arme surgit.

BANG !

Le coup de feu claqua, résonnant sous les voûtes comme une explosion.

Je sursautai, mes oreilles bourdonnant.

Mon père chancela. Son corps massif se plia comme un géant fauché par la foudre.

Le sang jaillit.

Éclaboussant la table.

Mes mains.

Mon visage.

—« PAPA »!

Je hurlai. Je tombai à genoux près de lui.

Ses yeux noirs, si puissants, vacillaient déjà. Il tenta de lever une main vers moi, mais elle retomba, lourde, tremblante. Ses lèvres bougèrent, mais aucun son n'en sortit.

Je le pris dans mes bras. Je sentis sa chaleur quitter son corps, remplacée par une froideur terrifiante.

Autour de nous, la salle était silencieuse. Personne n'osait bouger.

William Fristson rangea calmement son arme. Son sourire s'élargit.

—« Voilà. Le règne des Kingboy s'achève ce soir. Londres n'a plus besoin de rois fatigués.»

Mon cœur éclata en mille morceaux. Les larmes brouillèrent ma vue.

Mais dans ma poitrine, quelque chose naissait.

Une flamme noire. Brûlante. Incontrôlable.

Je me redressai, les mains couvertes du sang de mon père. Ma voix tremblait, mais chaque mot claqua comme un serment :

—« Je te tuerai, William Fristson... Toi et toute ta famille.»

Un silence de plomb s'abattit.

William... éclata de rire.

— «Toi ? Un gamin fragile ? Tu crois pouvoir défier un homme comme moi?»

Il se pencha vers moi, ses yeux glacés plantés dans les miens.

— «Je t'attendrai, petit roi. Si tu survis assez longtemps pour me rejoindre.»

Ses mots me transpercèrent.

Mon corps tremblait, mais mes yeux restèrent accrochés aux siens.

Et pour la première fois, je sentis quelque chose mourir en moi.

Mon innocence.

Mon enfance.

Tout s'éteignit avec le dernier souffle de mon père.

Je n'étais plus un enfant.

J'étais un héritier brisé, façonné par le sang.

Et dans ce silence funèbre, je compris la prophétie de ma grand-mère.

"J'étais né pour devenir un roi.

ou un monstre."

Cette nuit-là, je jurai d'être les deux.

Mais ce que j'ignorais... c'est que dix ans plus tard, William m'enverrait l'arme parfaite pour achever ce qu'il avait commencé.

Une arme aux yeux de velours et au cœur de glace.

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