로그인Il sort, laissant derrière lui une odeur de champagne et de triomphe. La porte se referme. Le silence retombe.
Je reste assis dans le salon, la flûte de champagne intacte à la main. Charles a raison, bien sûr. Il a raison sur toute la ligne. Le testament de mon père est clair. Pour conserver le contrôle de l'entreprise, je dois avoir un héritier. Un enfant. Un Sterling de plus, pour perpétuer la dynastie.
C'&eacu
Elle rit. D'un rire amer, cassé, qui me fait mal.— Une soirée. Comme si une soirée pouvait effacer trois ans.— Non. Rien ne peut effacer trois ans. Mais peut-être qu'une soirée peut commencer à construire quelque chose d'autre.Elle détourne le regard. Elle contemple la rue mouillée, les phares des voitures qui allument des flaques d'or dans les caniveaux. Puis elle dit, d'une voix qu'elle veut ferme mais qui vacille :— Alexander m'a demandé de l'épouser.Le sol se dérobe sous mes pieds. Je m'y attendais. Je ne m'y attendais pas. Je savais. Je ne savais pas. Il y a une différence énorme entre imaginer quelque chose et l'entendre. Je serre les dents pour ne pas vaciller physiquement.— Et qu'est-ce que tu as répondu ?— Je n'ai pas encore répondu.— Pourquoi ?Elle re
EthanJe descends du train à la gare centrale de Milan avec pour seul bagage un sac de voyage en cuir usé et un cœur qui bat trop fort. Il pleut. Une pluie fine, tiède, italienne, qui ne ressemble en rien aux averses glaciales de Paris. Je lève les yeux vers la verrière monumentale de la Stazione Centrale, ces arches de fer noir et de verre qui semblent vouloir écraser les voyageurs sous leur majesté fasciste, et je me sens minuscule. Je suis Ethan Sterling. J'ai dirigé un empire. J'ai fait plier des conseils d'administration, des ministres, des rivaux. Et me voilà, à quarante ans passés, tremblant comme un adolescent à l'idée de sonner à la porte d'une femme.Je n'ai pas prévenu. Je ne sais même pas ce que je vais lui dire. J'ai répété mille discours dans le train, entre Chiasso et Milan, entre les Alpes et la plaine d
Il se lève. Il fait quelques pas dans la pièce. Il tourne le dos à la table couverte de lettres. Il regarde par la fenêtre les toits de Milan dans la nuit.— Je vais te dire une chose, Lydia. Et tu ne dois pas me remercier, parce que ce que je vais te dire ne me coûte pas ou plutôt, ça me coûte, mais c'est ma vérité et je te la dois.— Alexander.— Tais-toi. Écoute.Il se retourne. Ses yeux bleus sont mouillés maintenant.— Je pourrais te forcer à rester. Pas par la violence, non , jamais je ne ferai ça. Mais par le confort. Je pourrais t'installer dans une vie confortable, douce, prévisible. Tu serais bien. Tu serais heureuse à moitié. Tu m'aimerais tendrement toute ta vie. Et moi, je saurais toujours qu'il y avait, dans un coin de ton cœur, une pièce fermée dans laquelle je n'aurais jamais accès. Une pièce où il vivrait encore, lui. Ethan. Je ne veux pas de cette vie, Lydia. Ni pour toi, ni pour moi.— Qu'est-ce que tu me dis ?— Je te dis que tu dois y aller.— Où ?— À Paris. Aupr
Je sursaute. Je regarde l'heure. Il est vingt-et-une heures dix. Alexander. Je l'avais oublié.Je vais à l'interphone. Je décroche.— Alexander ?— Oui. Je peux monter ?— Attends.Silence.— Lydia, ça va ?— Oui. Non. Je... donne-moi une minute.Je pose l'interphone. Je regarde la table couverte de lettres ouvertes. Je regarde mon reflet dans le miroir de l'entrée , les yeux gonflés, les joues zébrées de larmes séchées, les cheveux en désordre.Je ne peux pas cacher.Je reprends l'interphone.— Monte, Alexander.Je lui ouvre. J'entends ses pas dans l'escalier , un pas lent, régulier, tranquille. Alexander ne se presse jamais. Alexander est un homme qui a le temps. Alexander est tout ce qu'Ethan n'est pas. Ou tout ce qu'Ethan n'était pas.Il apparaît sur le palier. Il porte un bouquet de pivoines blanches. Il tient une bouteille de vin. Il sourit , puis son sourire s'efface quand il voit mon visage.— Lydia. Qu'est-ce qui se passe ?— Entre.Il entre. Il pose les fleurs et le vin sur
LydiaLe colis est devant ma porte quand je rentre du travail.Il fait presque nuit. Milan est baignée dans une lumière rose et grise, cette lumière particulière des soirs de printemps italiens, quand le ciel semble hésiter entre l'orage et la douceur. J'ai passé la journée à préparer le gala , trois mois avant l'événement, il y a déjà mille détails à régler. Les traiteurs, les fleuristes, les invitations, le programme, les discours, les artistes.Je monte les trois étages sans ascenseur , j'aime ça, j'aime cette légère fatigue physique, cette impression de mériter mon appartement en le gagnant marche par marche. Sur le palier, il y a ce colis. Rectangulaire. Enveloppé de papier kraft. Sans expéditeur au dos.Je le ramasse. Il est lourd. Je devine, avant même de l'ouvrir. Je devine sans savoir comment. Peut-être à l'écriture , je ne connais pas cette écriture, mais elle a quelque chose de familier, une pente vers la droite, une main de femme âgée. Marthe. Ce ne peut être que Marthe.J
Elle ne répond pas tout de suite. Elle me regarde. Ses yeux sont mouillés.— Vous les emportez avec vous à Milan. Vous les lui donnez. En main propre. Ou vous les faites poster depuis Milan, si vous n'osez pas les lui donner. Mais elle doit les lire. Vous m'entendez ? Elle doit les lire.— Marthe, elle n'a peut-être pas envie de les lire.— Alors elle ne les lira pas. Mais au moins, elle aura le choix. En ce moment, elle n'a pas le choix. Elle croit peut-être que vous l'avez oubliée. Que Victoria vous suffit. Que vous n'avez jamais pensé à elle. Elle croit peut-être toutes sortes de choses fausses. Elle a le droit de savoir. Après, elle décide.Je regarde Marthe. Cette petite femme ronde, aux mains couvertes de farine, qui vaut à elle seule tous les psychiatres et tous les livres de philosophie du monde.— Vous avez raison, Marthe.— Bien sûr que j'ai raison. Maintenant, laissez-moi faire ma tarte. J'ai promis à Madame Lefort de lui en apporter une part.Je souris. Je remonte dans mon
Lydia Nous traversons Paris sous la pluie. Les essuie-glaces battent la mesure. Un rythme lent, régulier, hypnotique. Le chauffeur allume la radio. Une chanson d'amour triste. Il la chante à mi-voix, faux, sans s'en rendre compte.— Vous êtes mariée aujourd'hui ?Je sursaute. Il me regarde dans le
Le juge est pressé. Il consulte sa montre toutes les trente secondes. Une petite montre en or qui brille à son poignet. Il a un autre mariage après le nôtre. Un vrai mariage, peut-être, avec une robe blanche et des fleurs et des gens qui pleurent de joie.— Bien. Procédons.Ethan se tient à ma gauc
Lydia Le notaire est parti. Ma mère est partie. Ethan parle à une autre femme le jour de son mariage.Je suis seule dans l'étude qui sent le cuir et la naphtaline.Je suis mariée.Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, immobile, à regarder le bois de la table. C'est la voix d'Ethan qui me
LydiaLa plume pèse trois tonnes entre mes doigts. Je fixe la ligne en bas de la page sans voir les mots qui la précèdent. Des clauses. Des conditions. Des renonciations. Ma vie réduite à un contrat de vingt-sept pages que personne ne m'a laissé lire.Le notaire toussote. Un petit bruit sec qui ric







