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Milan est une ville qui ne ressemble à rien de ce que j'ai connu. Elle n'a pas la douceur paresseuse d'Avignon, ni la majesté écrasante de Paris. Milan est verticale, pressée, élégante sans effort. Les immeubles ont des cours intérieures cachées, des jardins secrets derrière des portes cochères anonymes. Les femmes portent des tailleurs aux coupes impeccables, les hommes des costumes gris anthracite et des lune
LydiaMilan est une ville qui ne ressemble à rien de ce que j'ai connu. Elle n'a pas la douceur paresseuse d'Avignon, ni la majesté écrasante de Paris. Milan est verticale, pressée, élégante sans effort. Les immeubles ont des cours intérieures cachées, des jardins secrets derrière des portes cochères anonymes. Les femmes portent des tailleurs aux coupes impeccables, les hommes des costumes gris anthracite et des lunettes noires même en hiver. Les tramways glissent dans les rues pavées avec un bruit de ferraille mélancolique. Et partout, partout, il y a cette lumière italienne, dorée même sous la neige, qui donne aux façades ocre et aux toits de tuiles un éclat de peinture Renaissance.Mon appartement de fonction se trouve dans le quartier de Brera, au troisième étage d'un immeuble du XVIIIe siècle. Deux pièces, un balco
LydiaL'appel d'Alexander Vance me parvient par une matinée glaciale de janvier, alors que je suis assise près de la fenêtre de la petite chambre que ma tante m'a prêtée, à Avignon. Je regarde la neige tomber sur les toits de tuiles, sur les platanes dénudés de la place de l'Horloge, sur le palais des Papes qui se découpe dans le ciel gris. La Provence sous la neige, c'est un spectacle rare et beau, un anachronisme presque poétique. Ma grand-mère disait que la neige en Provence était une bénédiction, un signe que le ciel n'oubliait pas le Sud.Le téléphone sonne, un vieux combiné en bakélite que ma tante refuse de changer parce qu'il appartenait à sa propre mère. Je décroche, m'attendant à entendre la voix de ma tante, qui fait ses courses au marché. Mais c'est une voix d'homme, grave, posée, avec un l&eac
Il sort, laissant derrière lui une odeur de champagne et de triomphe. La porte se referme. Le silence retombe.Je reste assis dans le salon, la flûte de champagne intacte à la main. Charles a raison, bien sûr. Il a raison sur toute la ligne. Le testament de mon père est clair. Pour conserver le contrôle de l'entreprise, je dois avoir un héritier. Un enfant. Un Sterling de plus, pour perpétuer la dynastie.C'était la raison pour laquelle j'ai épousé Lydia. C'était la raison pour laquelle j'ai accompli mon devoir conjugal, mois après mois, jusqu'à ce qu'elle tombe enceinte. Et c'était la raison pour laquelle, quand elle a perdu le bébé, j'ai ressenti non pas du chagrin, mais de la contrariété. Une clause du testament qui s'éloignait. Une obligation qui restait à remplir.Aujourd'hui, Lydia est partie. Victori
EthanCharles Sterling refait surface par un matin pluvieux de janvier, comme la moisissure qui réapparaît sur un mur mal séché.Je ne l'ai pas vu depuis des mois. Il a cette habitude agaçante de disparaître quand tout va bien et de réapparaître quand il sent le sang. C'est un instinct de charognard, un talent familial que mon père maîtrisait à la perfection et que Charles a hérité sans effort. Il a trente-huit ans, deux divorces à son actif, une réputation de playboy notoire, et une jalousie féroce envers moi qu'il n'a jamais pris la peine de dissimuler.Il débarque au manoir sans prévenir, un samedi matin, vêtu d'un costume en velours côtelé bleu électrique , une faute de goût qu'il assume avec un sourire trop large et des yeux trop brillants. Il tient à la main une bouteille de champagne mill&ea
Le prénom m'échappe avant que je puisse le retenir. Victoria se fige, ses yeux verts s'étrécissent.— Lydia, répète-t-elle. Encore Lydia.— Elle aimait cette bibliothèque. Elle y passait des heures. Elle disait que c'était la seule pièce du manoir où elle se sentait bien.— Et tu veux la garder en l'état pour préserver son souvenir ?— Je veux la garder parce que c'est une bibliothèque. Parce que ces livres sont là depuis des générations. Parce qu'on ne détruit pas des livres pour installer des machines de fitness.Victoria me regarde longuement, intensément. Je soutiens son regard. Je ne céderai pas. Pas sur la bibliothèque. Pas sur les livres. Pas sur ce qui reste de Lydia dans cette maison.— Très bien, dit-elle enfin. Garde ta bibliothèque. Ma
EthanDeux semaines après le départ de Lydia, Victoria emménage officiellement au manoir.C'est elle qui l'a voulu. Elle qui a insisté, qui a argumenté, qui a déployé toute sa force de persuasion. Après tout, c'est ce que nous avions prévu. C'est ce que nous avions attendu pendant dix ans. Vivre ensemble, dormir ensemble, nous réveiller ensemble. Partager la même maison, le même lit, la même vie. Le rêve de toute une décennie, sur le point de se réaliser.Mais l'installation ne se passe pas comme prévu.Dès le premier jour, Victoria déteste le manoir. Elle le déteste avec une intensité qui me surprend, qui me blesse presque, comme si elle insultait un membre de ma famille. Elle trouve tout sinistre, glacial, hanté. Elle frissonne dans les couloirs, se plaint de l'obscurité, allume toutes les lam
Lydia Le petit salon est une pièce immense. Petit est une ironie. Il pourrait contenir tout l'appartement où j'ai grandi. Plafond à caissons peints de scènes mythologiques que je n'ai pas le temps de déchiffrer. Cheminée monumentale en marbre noir où crépite un feu qui ne réchauffe pas, qui éclair
Lydia Nous traversons Paris sous la pluie. Les essuie-glaces battent la mesure. Un rythme lent, régulier, hypnotique. Le chauffeur allume la radio. Une chanson d'amour triste. Il la chante à mi-voix, faux, sans s'en rendre compte.— Vous êtes mariée aujourd'hui ?Je sursaute. Il me regarde dans le
Le juge est pressé. Il consulte sa montre toutes les trente secondes. Une petite montre en or qui brille à son poignet. Il a un autre mariage après le nôtre. Un vrai mariage, peut-être, avec une robe blanche et des fleurs et des gens qui pleurent de joie.— Bien. Procédons.Ethan se tient à ma gauc
Lydia Le notaire est parti. Ma mère est partie. Ethan parle à une autre femme le jour de son mariage.Je suis seule dans l'étude qui sent le cuir et la naphtaline.Je suis mariée.Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, immobile, à regarder le bois de la table. C'est la voix d'Ethan qui me







