تسجيل الدخولLe réveil de Juliette sonna à cinq heures trente du matin.
Elle avait à peine dormi. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle revoyait le visage impassible de Théodore. Elle entendait encore la voix de sa mère se briser lorsqu’elle l’avait appelée la veille pour demander s’il y avait du progrès.
« Rien pour le moment, maman », avait-elle répondu. « Mais je m’en occupe. »
Le mensonge avait eu le goût de cendre.
À présent, assise dans sa voiture devant le penthouse de Théodore Roosevelt à sept heures du matin, Juliette n’avait qu’une mission.
Le séduire.
Même dans son esprit, les mots lui semblaient absurdes. Mais quel choix avait-elle ? L’argent ne fonctionnerait pas : il possédait de quoi acheter des générations entières. La culpabilité ne fonctionnerait pas : il n’avait clairement aucun souvenir d’elle. La fierté ne fonctionnerait pas non plus : la sienne était déjà en miettes.
Il ne lui restait qu’une chose.
Son corps.
Ce corps qu’il avait autrefois adoré. Ce corps qu’il avait supplié. Ces courbes qu’elle avait utilisées comme une arme avant de les lui retirer, juste pour le regarder se briser.
Elle pouvait recommencer. Sauf que cette fois, elle lui donnerait ce qu’il voulait. Une nuit. Peut-être deux. Peu importait, tant qu’elle obtenait l’argent et sauvait Tristan.
Son estomac se serra à cette pensée, mais elle la repoussa.
Les grilles du penthouse se dressaient devant elle. Massives. En fer noir. Aucun interphone. Aucune loge de sécurité. Rien.
Seulement un scanner intégré dans le pilier de béton.
Elle avait tenté de s’approcher plus tôt. Les grilles n’avaient pas bougé.
Évidemment. C’était la forteresse de Théodore. Seules les voitures qu’il autorisait pouvaient entrer. Les autres pouvaient pourrir dehors sans qu’il s’en soucie.
Alors elle avait garé sa Lamborghini juste devant et avait attendu.
Sept heures quinze. Sept heures vingt. Sept heures vingt-cinq.
Et s’il n’était même pas là ? S’il était resté à l’hôtel ou avait quitté le pays dans la nuit ? Elle avait simplement trouvé son adresse sur Internet et était venue comme une folle. Aucun plan. Aucune solution de secours. Rien.
Ses mains tremblaient. Elle serra plus fort le volant.
À sept heures trente, les grilles commencèrent à s’ouvrir.
Le cœur de Juliette bondit dans sa gorge.
Un convoi apparut. Quatre SUV noirs encadrant une Mercedes noire au centre. Vitres teintées. Formation parfaite, militaire.
Elle ouvrit sa portière et courut au milieu de l’allée. Se planta juste devant le premier véhicule. Les bras écartés.
Les voitures freinèrent brutalement.
Pendant une seconde insensée, elle crut qu’ils allaient lui rouler dessus. Que Théodore verrait son corps sur le bitume et ne ressentirait rien.
Mais la portière du SUV de tête s’ouvrit.
Un homme en sortit. Immense. Taillé comme une armoire. Le costume tendu sur des muscles capables de la briser en deux.
« Écartez-vous, mademoiselle », lança-t-il d’une voix froide, sans appel.
« Non », répondit Juliette. Sa voix était plus stable qu’elle ne l’aurait cru. « Je dois parler à Théodore… enfin, à Monsieur Roosevelt. C’est urgent. »
Le garde la fixa comme si elle avait perdu l’esprit.
Peut-être que c’était le cas. Et elle s’en fichait.
Il toucha son oreillette, écouta quelques secondes puis hocha la tête. Il remonta dans le véhicule.
Tout le convoi recula.
Juliette se mit à courir derrière eux, ses talons claquant sur le béton, le souffle court. Les grilles commençaient déjà à se refermer, mais elle se faufila à l’intérieur juste avant qu’elles ne se referment dans un bruit métallique.
La portière de la Mercedes s’ouvrit.
Théodore en sortit.
Juliette oublia immédiatement comment respirer.
Tout en noir. Pantalon noir. Chemise noire entrouverte laissant entrevoir un fragment de torse tatoué. Montre sombre au poignet. Cheveux impeccables. Mâchoire tranchante comme du verre.
Il ressemblait à un péché habillé en luxe.
Elle fit un pas vers lui, mais une main l’agrippa et la tira en arrière.
« Laisse-la, Remo. »
La voix de Théodore était d’un calme absolu. D’un ennui presque cruel. Comme si elle n’était qu’un détail insignifiant.
Mais ses yeux…
Mon Dieu, ses yeux.
Ils se posèrent sur elle et la frappèrent de plein fouet. Sombres. Insondables. Dévorants.
Le garde la relâcha.
« Merci de… »
« Vous avez une minute », coupa Théodore.
« Hein ? » Juliette cligna des yeux. « Une minute. D’accord. Oui. »
Elle déglutit. Essaya d’ordonner le chaos de son esprit.
Théodore ne bougeait pas. Il ne clignait pas des yeux. Il la fixait simplement.
« J’ai besoin de votre aide », lâcha-t-elle rapidement. « Non… ma famille est en grave difficulté et je ne sais plus vers qui me tourner. »
« Et pourquoi devrais-je vous aider ? »
La question était posée avec un calme presque cruel.
Juliette inspira.
« Il n’y a aucune raison, mais je peux vous offrir quelque chose en échange. »
« Et selon vous, que me manque-t-il, Mademoiselle Valmont ? »
Le formalisme lui serra le ventre. Mademoiselle Valmont. Comme s’ils étaient des inconnus. Comme s’il ne lui avait jamais murmuré son prénom contre sa peau dans l’obscurité.
« Je peux vous donner moi », dit-elle, surprise elle-même par son assurance.
Aucune réaction.
« Et je fais quoi de vous, Juliette Valmont ? Soyez précise. Il vous reste trente secondes. »
Trente secondes.
Son esprit s’emballa.
« Je passerai la nuit avec vous ! »
Les mots jaillirent avant qu’elle puisse les retenir.
Elle crut voir ses yeux s’assombrir légèrement. Sa mâchoire se contracta à peine.
Son regard glissa sur elle. Lentement. Délibérément. De son visage jusqu’à son corps, comme une caresse physique. La robe choisie ce matin, serrée, coûteuse, pensée pour être regardée. Les talons qui allongeaient ses jambes. Ce corps qu’il connaissait autrefois mieux que le sien.
« Et vous pensez que je manque de sexe ? » Son rire fut bas. Moqueur. « Si j’en voulais, pensez-vous vraiment être capable de me donner ce que je cherche ? »
La chaleur monta aux joues de Juliette. Colère. Honte. Et autre chose qu’elle refusait de nommer.
« Oui », répondit-elle, plus fermement qu’elle ne se sentait. « Je sais ce que vous voulez et comment vous le voulez, Théodore. »
À l’instant où elle prononça son prénom, tout changea.
« Monsieur Roosevelt. »
Juliette se figea. « Pardon ? »
« Vous m’appelez Monsieur Roosevelt », dit-il plus bas. Plus dangereux. « Pas Théodore. »
L’air devint électrique.
« Très bien… Monsieur Roosevelt. Qu’en dites-vous ? »
Il la regarda longuement. Comme s’il cherchait une fissure. Une faiblesse. Une faille à exploiter.
Puis un sourire infime étira ses lèvres.
« Venez. On va voir ce que vous avez à offrir. »
Juliette cligna des yeux. « Maintenant ? »
« Oui, Juliette », répondit-il. Son accent français enroula son prénom comme de la soie et des lames. « Maintenant. »
Son cœur s’arrêta.
Ce n’était pas ce qui était prévu.
Elle avait imaginé autre chose. Le séduire ailleurs. Un hôtel. Un plan. N’importe quoi.
Pas ça.
Pas lui qui l’invitait dans son penthouse à sept heures trente du matin, avec ce regard qui promettait des choses dangereuses.
« Je… » Sa voix se brisa. « J’ai des choses à faire après. »
« Annulez. »
« Je n’ai pas apporté… je veux dire, je ne suis pas prête… »
« Vous venez de proposer de passer la nuit avec moi », dit-il en s’approchant. Trop près. Son parfum la frappa. Sombre. Luxueux. Intoxicant. « Vous reculez déjà ? Ou vous n’avez plus besoin de mon aide, Mademoiselle Valmont ? »
Le défi dans sa voix fit se tordre quelque chose en elle.
Elle releva le menton. Soutint son regard.
« Non. Je ne recule pas. »
« Bien. »
Il se retourna et marcha vers l’entrée.
« Alors cessez de me faire perdre mon temps et suivez-moi. »
Ses jambes bougèrent avant même qu’elle réfléchisse.
Elle le suivit à travers les portes immenses, dans un hall de marbre digne d’un palais, puis dans un escalier monumental.
Son cœur battait trop fort.
Qu’est-ce qu’elle était en train de faire ?
Mais le visage de Tristan s’imposa à elle.
Elle continua.
Théodore la guida dans un couloir, ouvrit une porte et s’écarta.
« Après vous », dit-il.
Elle entra.
Salon luxueux. Canapés profonds. Baies vitrées donnant sur Paris. Bar rempli de bouteilles hors de prix.
La porte se referma derrière elle.
Elle se retourna.
Théodore était adossé contre celle-ci, les bras croisés, le regard fixé sur elle comme celui d’un prédateur.
« Alors », dit-il doucement. « Montrez-moi ce que vous avez à offrir. »
Le réveil de Juliette sonna à cinq heures trente du matin.Elle avait à peine dormi. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle revoyait le visage impassible de Théodore. Elle entendait encore la voix de sa mère se briser lorsqu’elle l’avait appelée la veille pour demander s’il y avait du progrès.« Rien pour le moment, maman », avait-elle répondu. « Mais je m’en occupe. »Le mensonge avait eu le goût de cendre.À présent, assise dans sa voiture devant le penthouse de Théodore Roosevelt à sept heures du matin, Juliette n’avait qu’une mission.Le séduire.Même dans son esprit, les mots lui semblaient absurdes. Mais quel choix avait-elle ? L’argent ne fonctionnerait pas : il possédait de quoi acheter des générations entières. La culpabilité ne fonctionnerait pas : il n’avait clairement aucun souvenir d’elle. La fierté ne fonctionnerait pas non plus : la sienne était déjà en miettes.Il ne lui restait qu’une chose.Son corps.Ce corps qu’il avait autrefois adoré. Ce corps qu’il avait sup
Son nom est sorti plus fort qu'elle ne le ressentait. Il a traversé le bourdonnement du hall, net et clair.Il s'est arrêté.Les gardes du corps se sont arrêtés avec lui, leurs mains se portant à leurs côtés en un mouvement synchronisé, prêts, vigilants, attendant une menace.Et Théodore a tourné la tête. Ses yeux ont trouvé les siens.Juliette a oublié de respirer.Ces yeux. Sombres, intenses, indéchiffrables. Ils ont balayé son visage une fois, lentement et délibérément, comme s'il cataloguait chaque trait. Puis ils sont descendus plus bas, le long de son corps, prenant la robe de soie, les courbes, les jambes qui s'étaient autrefois enroulées autour de lui dans l'obscurité.Quand son regard est revenu à son visage, il était vide.Complètement vide.Comme s'il regardait une étrangère.« Est-ce que je te connais ? » demanda-t-il.Sa voix était différente. Plus grave. Froide d'une manière qui faisait picoter et chauffer sa peau à la fois.La gorge de Juliette s'est serrée. Elle s'étai
Les mains de Juliette tremblaient sur le volant.La Lamborghini dévorait les rues parisiennes tandis que le moteur rugissait sous la pression qu’elle lui imposait. Elle roulait bien trop vite.Et elle s’en fichait.La vitesse lui faisait du bien.Mieux encore, elle lui semblait nécessaire.Comme si, en roulant assez vite, elle pouvait distancer la panique qui lui lacérait la gorge.Son téléphone s’illumina sur le siège passager.Camille : Hé, salope, qu’est-ce qu’elle avait, ta mère ? Encore son obsession du mariage ?Juliette jeta un coup d’œil au message sans répondre.Ses pouces flottèrent un instant au-dessus de l’écran avant qu’elle ne repose le téléphone.Comment était-elle censée expliquer ça ?« Salut Cam, ma famille est ruinée, mon frère va probablement finir en prison et je suis sur le point d’aller implorer la pitié de l’homme dont j’ai détruit la vie il y a cinq ans. »Oui.Cette conversation pouvait attendre.Son esprit refusait de se taire.Les questions se succédaient s
✿ CAMILLE MASION ✿Juliette se tenait devant la fenêtre et contemplait les rues scintillantes de Paris, vêtue d’une minuscule nuisette en dentelle qui ne laissait absolument rien à l’imagination. Une tasse de café à la main, son téléphone dans l’autre, elle attendait un appel de son petit ami.« Tu n’as toujours pas appelé Lucien ? » demanda Camille en entrant dans la chambre avec sa propre tasse de café.Elle portait un ensemble de nuit en coton qui criait Barbie à des kilomètres. Ses cheveux blonds étaient rassemblés en un chignon négligé.« Comment tu veux que ce soit moi qui l’appelle alors que c’est lui qui me ghoste ? » rétorqua Juliette en se tournant vers sa meilleure amie, laquelle semblait prendre un malin plaisir à sa frustration. « Je suis rentrée de Suisse il y a trois jours et il n’a même pas pris la peine de venir me chercher à l’aéroport. Il n’a même pas répondu à mon message. Quel genre d’homme fait ça à sa copine qu’il n’a pas vue depuis un mois ? »Elle prit une gor







