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Chapitre 2 — Le réveil de la Luna oubliée 2

ผู้เขียน: Les plumes de Jenn ink
last update วันที่เผยแพร่: 2026-07-08 04:26:52

Alessia 

La porte s'ouvre. Un bruit léger. Le glissement d'une semelle en caoutchouc sur du linoléum. Je rouvre les yeux et je la vois entrer.

Une femme. Jeune, peut-être trente ans. Un uniforme bleu clair. Une tablette dans les mains. Des cheveux châtains attachés en une queue-de-cheval stricte. Elle regarde son écran d'abord, puis elle lève la tête vers moi machinalement, comme on lève la tête vers un meuble familier.

Et elle se fige.

Sa main se serre sur la tablette. Ses lèvres s'entrouvrent. Sa poitrine se soulève d'un coup, comme si elle venait d'oublier comment respirer.

— Vous... vous êtes réveillée, murmure-t-elle.

Sa voix tremble. Ce n'est pas un tremblement de fatigue. C'est un tremblement d'effroi. De sacré. Elle me regarde comme on regarderait une statue qui vient de se mettre à respirer.

J'essaie de parler. Un souffle sort d'entre mes dents, à peine audible.

— Où... suis-je ?

Elle avance d'un pas. Puis recule d'un pas. Puis avance à nouveau, comme si son corps ne parvenait pas à décider s'il devait me servir ou me fuir. Ses yeux vont de mon visage à un point au-dessus de ma tête, sur le mur, où doit être fixé quelque chose que je ne vois pas — un moniteur, un signal, un témoin.

— Ne bougez pas, dit-elle en secouant la tête. Ne bougez pas, s'il vous plaît. Je... je vais chercher... Il faut que...

Elle bafouille. Elle avale sa salive. Puis elle se tient debout au pied de mon lit, ses deux mains crispées sur sa tablette comme sur un bouclier, et elle me regarde. Vraiment. Longuement. Comme si elle voulait s'assurer que je ne vais pas disparaître à la seconde où elle clignera des yeux.

— Vous... vous étiez une légende, souffle-t-elle enfin.

Le mot me frappe en plein ventre.

Légende.

On ne dit pas ça d'une vivante. On dit ça de celles qu'on raconte le soir, à voix basse, dans les cercles autour du feu. De celles dont on grave le nom dans la pierre parce qu'on n'a plus la chance de le prononcer devant elles. On dit ça des mortes.

Je veux poser mille questions. Je veux hurler. Je veux lui demander où sont Lorenzo, mon père, ma mère, ma meute. Je veux lui demander pourquoi cette pièce sent le vide. Je veux lui demander pourquoi ma peau ne me reconnaît plus.

Mais tout ce que je réussis à articuler, avec une lenteur d'agonisante, c'est un seul mot :

— Combien ?

Elle comprend. Je le vois à la manière dont son visage se décompose. Ce n'est pas une question anodine. Ce n'est pas combien de temps depuis le petit déjeuner, ce n'est pas combien de temps depuis mon opération. C'est une question de louve. C'est la question qui compte.

Combien de temps ai-je manqué au monde.

Elle ouvre la bouche. La referme. Recule d'un pas. Et je vois, dans ses yeux, cette petite lumière de peur, cette lumière qu'ont les humains quand ils comprennent, sans savoir pourquoi, qu'ils se trouvent devant quelque chose de plus vieux et de plus dangereux qu'eux.

— Je... je vais chercher le médecin, murmure-t-elle. Et... et lui. Il faut le prévenir. Il a demandé qu'on le prévienne. Tout de suite. Toujours.

Lui.

Elle ne dit pas son nom. Elle ne dit pas votre mari. Elle ne dit pas l'Alpha. Elle dit lui. Avec un tremblement, comme si prononcer ce nom, ici, dans cette chambre trop blanche, allait faire s'écrouler le plafond.

Elle sort. La porte se referme derrière elle avec un claquement sec.

Je reste seule. Seule avec ce corps que je ne reconnais pas. Seule avec cette odeur qui n'est pas la mienne. Seule avec cette phrase absurde qui tourne en boucle dans mes tempes : vous étiez une légende, vous étiez une légende, vous étiez.

Étiez.

Au passé.

Je ferme les yeux. Une larme roule sur ma tempe et se perd dans mes cheveux. Je ne sais pas encore ce que je vais apprendre. Je ne sais pas encore ce qu'on va me faire porter. Mais quelque part, tout au fond de moi, une louve ouvre un œil dans le noir. Une louve qui dormait depuis longtemps.

Une louve qui, elle, se souvient.

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