LOGINLEILA
Le champagne est tiède dans mon verre. Les bulles ont déserté depuis longtemps, abandonnant un liquide plat et amer qui colle à mes lèvres. La musique n'est plus qu'un bourdonnement lointain, étouffée sous le poids des conversations feutrées, des rires hypocrites, des regards en coin. Je suis assise à cette table d'honneur comme une poupée de porcelaine qu'on expose, qu'on admire, qu'on envie , sa
LEILALa confiance est brisée.Nous avons beau nous aimer, nous pardonner, nous réconcilier... quelque chose s'est cassé entre nous. Quelque chose de profond, d'essentiel, de vital. La confiance absolue que nous avions l'un envers l'autre, cette certitude inébranlable que rien ne pourrait jamais nous séparer... elle n'existe plus.La réconciliation est un champ de mines.Chaque geste est suspect. Chaque parole est analysée. Chaque silence est interprété. Nous marchons sur des œufs, terrifiés à l'idée de commettre un faux pas, de rouvrir une blessure, de déclencher une explosion.Yanis est devenu maladivement jaloux.Il me surveille sans cesse. Il vérifie mon téléphone, mes messages, mes appels. Il veut savoir où je suis, avec qui je suis, ce que je fais, à chaque instant de la journée. Il a
LEILALa nuit est mon alliée. Mon manteau d'ombre, mon bouclier de ténèbres, ma complice silencieuse. Je me faufile hors de la demeure paternelle comme une voleuse, évitant les caméras de surveillance, contournant les gardes qui patrouillent dans le jardin. J'ai passé des années dans cette maison. J'en connais chaque recoin, chaque passage secret, chaque angle mort. Mon père a beau avoir renforcé la sécurité, il ne peut rien contre la connaissance intime que j'ai de ce lieu.Le portail est gardé, évidemment. Deux hommes en faction, armés jusqu'aux dents, qui discutent à voix basse en fumant des cigarettes. Mais je sais qu'il existe un autre passage. Un vieux portillon rouillé, à l'arrière du jardin, qui donne sur une ruelle déserte. Il était condamné quand j'étais adolescente, mais je l'ai rouvert une nu
LEILAJe retourne chez mon père comme un chien battu, la queue entre les jambes, le cœur en miettes. Je n'ai nulle part où aller. Ma mère est prisonnière, mon mari m'a répudiée, mes amis n'existent pas. Je n'ai que mon père. Mon père, ce monstre qui m'a manipulée, qui m'a forcée à trahir l'homme que j'aime, qui a détruit mon mariage et ma vie.Il m'accueille avec un sourire triomphant, ce sourire que je déteste, ce sourire qui me donne la nausée.— Alors, ma fille, il t'a chassée ? Je te l'avais dit. Il ne t'a jamais aimée. Tu n'étais qu'un trophée pour lui, un objet qu'on possède, qu'on exhibe, qu'on jette quand il ne sert plus à rien.— Tais-toi.— Pardon ?— Tais-toi. Tu as eu ce que tu voulais. Mon mariage est détruit. Ma vie est finie. Alors tais-to
Je hoche la tête, incapable de parler.— Bien. Très bien. Je savais que tu serais raisonnable. Maintenant, rentre chez toi. Et souviens-toi : si tu parles à ton mari, ta mère meurt. Si tu essaies de la sauver sans mon autorisation, ta mère meurt. Si tu ne me donnes pas les informations que je veux, ta mère meurt. C'est clair ?— C'est clair.Je sors du bureau comme une somnambule, traverse le hall en titubant, franchis le seuil de la demeure familiale. La lumière du soleil me fait cligner des yeux, crue et aveuglante après la pénombre du bureau. Matteo est toujours là, adossé à la voiture, et il se redresse brusquement en me voyant approcher.— Signora ? Que s'est-il passé ? Votre visage...Ma joue est rouge et enflée là où mon père m'a frappée. Un filet de sang coule au coin de ma lèvre
Je hoche la tête, incapable de parler, la gorge nouée par l'émotion. Yanis se lève, contourne son bureau, s'approche de moi. Ses mains se posent sur mes épaules, ses yeux plongent dans les miens avec une intensité presque douloureuse.— Mais ne te fais pas d'illusions, Leila. Ton père est un danger pour nous. Pour toi autant que pour moi. S'il refuse ma proposition, s'il continue à comploter, s'il représente la moindre menace... je n'aurai pas le choix.— Je comprends.— J'espère que tu comprends vraiment. Parce que si tu dois choisir entre lui et moi, j'ai besoin de savoir que tu me choisiras.— Je te choisis, Yanis. Je t'ai choisi le jour où j'ai dit oui, le jour où j'ai posé mes lèvres sur les tiennes, le jour où j'ai décidé de rester. Je te choisis aujourd'hui. Je te choisirai toujours.Il h
LEILALa paix est de courte durée.Trois jours. Trois jours seulement de bonheur retrouvé, de caresses échangées, de sourires complices. Trois jours à nous redécouvrir, à nous réapprivoiser, à panser les plaies de notre séparation. Trois jours à rattraper le temps perdu, à nous aimer comme si chaque étreinte était la dernière, à nous parler comme si chaque mot était une confession.Trois jours. C'est tout ce que le destin nous accorde.Le quatrième jour, Yanis reçoit un appel qui fait basculer notre monde.Je suis dans le salon, installée sur le canapé avec un livre que je ne lis pas vraiment, quand je l'entends crier dans son bureau. Pas un cri de colère, pas un rugissement de fureur. Un cri de douleur. Un hurlement déchirant, bestial, qui me glace le sang et me fait bondir s
ILS S'ARRACHENT LES VÊTEMENTSSes mains s'immobilisent sur la boucle de sa ceinture. Ses doigts se crispent sur le cuir. Son regard change, s'assombrit, se trouble.Quelque chose est en train de se passer en lui. Quelque chose de profond, de viscéral, de dé
LEILALes portes se referment avec un chuintement doux, presque imperceptible. Le mécanisme s'enclenche, l'ascenseur commence sa lente montée vers l'étage.Et Yanis est sur moi.Il ne dit rien. Pas un mot, pas un murmure, pas un avertissement. Ses mains a
LEILAYanis se tourne vers moi. Le monstre froid a disparu, envolé, effacé. À sa place, il y a l'homme qui me tient la main depuis le début de la soirée, l'homme qui dansait avec moi sous les étoiles, l'homme qui me regarde avec une i
LEILALa danse s'achève. Mon cœur bat encore au rythme de la musique, mes doigts sont entrelacés à ceux de Yanis, et l'espace d'un instant, je me sens invincible. Puis Matteo s'approche, murmure quelques mots à l'oreille de mon mari, et Yanis







