LOGINAu premier carrefour, je hèle un taxi. Une vieille Mercedes noire, conduite par un homme aux cheveux gris qui me jauge dans son rétroviseur. Il voit ma robe, mes talons, mon visage déterminé, et ne pose pas de questions. Il a l'habitude, à Marseille, des femmes qui fuient quelque chose. Des femmes qui courent vers leur perte ou vers leur salut, c'est souvent la même direction.
— Où allez-vous ?
— Dans le quartier le plu
Je hoche la tête, incapable de parler, la gorge nouée par l'émotion. Yanis se lève, contourne son bureau, s'approche de moi. Ses mains se posent sur mes épaules, ses yeux plongent dans les miens avec une intensité presque douloureuse.— Mais ne te fais pas d'illusions, Leila. Ton père est un danger pour nous. Pour toi autant que pour moi. S'il refuse ma proposition, s'il continue à comploter, s'il représente la moindre menace... je n'aurai pas le choix.— Je comprends.— J'espère que tu comprends vraiment. Parce que si tu dois choisir entre lui et moi, j'ai besoin de savoir que tu me choisiras.— Je te choisis, Yanis. Je t'ai choisi le jour où j'ai dit oui, le jour où j'ai posé mes lèvres sur les tiennes, le jour où j'ai décidé de rester. Je te choisis aujourd'hui. Je te choisirai toujours.Il h
LEILALa paix est de courte durée.Trois jours. Trois jours seulement de bonheur retrouvé, de caresses échangées, de sourires complices. Trois jours à nous redécouvrir, à nous réapprivoiser, à panser les plaies de notre séparation. Trois jours à rattraper le temps perdu, à nous aimer comme si chaque étreinte était la dernière, à nous parler comme si chaque mot était une confession.Trois jours. C'est tout ce que le destin nous accorde.Le quatrième jour, Yanis reçoit un appel qui fait basculer notre monde.Je suis dans le salon, installée sur le canapé avec un livre que je ne lis pas vraiment, quand je l'entends crier dans son bureau. Pas un cri de colère, pas un rugissement de fureur. Un cri de douleur. Un hurlement déchirant, bestial, qui me glace le sang et me fait bondir s
Il dépose un baiser sur mon front, tendre et solennel, comme un sceau apposé sur notre réconciliation. Je sens son souffle chaud sur ma peau, ses lèvres qui s'attardent, ses doigts qui caressent ma nuque.— Il y a autre chose que je dois te dire, reprend-il après un silence. La femme que tu as vue à la villa, celle qui est venue me parler en pleine nuit quand tu nous as espionnés... ce n'était pas une maîtresse. C'était une informatrice. Une ancienne femme de main de Silvano qui a changé de camp. Elle m'a donné des informations cruciales sur les plans de Silvano, sur ses caches, sur ses alliés. Sans elle, je serais peut-être déjà mort.— C'est pour ça que tu ne voulais pas que je la voie. Que tu ne voulais pas m'en parler.— C'était trop dangereux. Si Silvano avait su qu'elle me parlait, il l'aurait tué
LEILALa lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux défraîchis, peignant des rayures pâles sur le papier peint à fleurs décollé. Je me réveille lentement, embrumée, désorientée, le corps endolori par les étreintes de la nuit, la peau moite de sueur, les cheveux emmêlés sur l'oreiller. Il me faut quelques secondes pour me souvenir où je suis, pour me rappeler les événements de la veille. L'entrepôt. Les hommes de main. Yanis qui surgit des ombres. Cette chambre d'hôtel miteuse. Nos retrouvailles bestiales et désespérées.Yanis est encore endormi à côté de moi, son bras passé autour de ma taille, son visage enfoui dans mon cou. Sa respiration est lente et profonde, ses traits sont détendus, paisibles, comme je ne les ai pas vus depuis des semaines. Il n'a plus
Je pose mes mains sur son visage, mes paumes contre ses joues, mes doigts caressant sa barbe naissante. Sa peau est chaude, rugueuse, vibrante d'émotion contenue. Ses yeux plongent dans les miens, ces yeux vert émeraude qui m'ont fait chavirer, qui m'ont fait fondre, qui m'ont fait l'aimer.— Je ne suis pas Elena. Je ne vais pas mourir. Je suis là. Vivante. Avec toi.— Tu as failli mourir aujourd'hui. Si j'étais arrivé cinq minutes plus tard...— Tu n'es pas arrivé cinq minutes plus tard. Tu es arrivé à temps. Tu m'as sauvée.— J'aurais pu ne pas être là. J'aurais pu être à l'autre bout de la ville, en train de traquer Silvano, et je ne l'aurais jamais su. Matteo m'a appelé. Il m'a dit que tu étais partie pour l'entrepôt. J'ai roulé comme un fou pour te rejoindre. J'ai grillé tous les feux rouges,
LEILALa voiture file à travers les rues de Marseille, silencieuse et rapide comme un prédateur nocturne en pleine journée. Matteo conduit, les yeux fixés sur la route, les mains crispées sur le volant, ignorant délibérément la scène qui se déroule sur la banquette arrière. Yanis ne m'a pas lâché la main depuis que nous avons quitté l'entrepôt. Ses doigts sont entrelacés aux miens, solides et chauds, mais sa mâchoire est contractée, ses yeux fixés droit devant lui, son corps tendu comme un arc prêt à décocher sa flèche.Il est furieux. Je le sens dans chacun de ses muscles, dans chacun de ses souffles, dans chacun de ses battements de cœur. Pas furieux contre Silvano, pas furieux contre les hommes qui m'ont attaquée. Furieux contre moi. Furieux que j'aie désobéi, que j'aie q
LEILALa réception a lieu dans un palace de Marseille, un de ces hôtels historiques qui surplombent le Vieux-Port comme des sentinelles de pierre et d'or. Les colonnes de marbre s'élèvent vers des plafonds peints de fresques allégoriques, des anges joufflus et des déesses antiques qui nous contempl
LEILACe n'est pas un baiser de désir.C'est un baiser de réponse. Un "oui" silencieux. Un "je reste". Un sceau sur un pacte d'amour et de damnation éternelle.Mes lèvres sont douces contre les siennes. Je goûte le sel de ses la
ILS S'ARRACHENT LES VÊTEMENTSSes mains s'immobilisent sur la boucle de sa ceinture. Ses doigts se crispent sur le cuir. Son regard change, s'assombrit, se trouble.Quelque chose est en train de se passer en lui. Quelque chose de profond, de viscéral, de dé
LEILALes portes se referment avec un chuintement doux, presque imperceptible. Le mécanisme s'enclenche, l'ascenseur commence sa lente montée vers l'étage.Et Yanis est sur moi.Il ne dit rien. Pas un mot, pas un murmure, pas un avertissement. Ses mains a







