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Chapitre 98— La Porte

Autor: Déesse
last update Data de publicação: 2026-05-28 08:13:00

Éabha

La poignée est froide sous ma paume. Le métal usé, poli par des décennies de mains qui l'ont saisie avant la mienne. Je reste figée, le front presque appuyé contre le bois, et j'écoute le silence de l'autre côté. Mon cœur bat si fort que je suis certaine qu'il l'entend, qu'il perçoit chaque pulsation affolée à travers l'épaisseur de la porte.

Rien. Aucun bru

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  • La revanche d'Éabha   Chapitre 99— Le Premier Baiser

    ÉabhaIl se penche vers moi.Le mouvement est si lent, si doux, que j'ai l'impression de rêver les yeux ouverts. Son visage se rapproche du mien, centimètre par centimètre, et je vois chaque détail de ses traits comme si je les découvrais pour la première fois. Les petites rides au coin de ses yeux, creusées par des années de pouvoir et de solitude. Les paillettes dorées dans le gris de ses iris, qui dansent à la lueur du feu. La courbe de sa bouche entrouverte, ces lèvres que j'ai regardées tant de soirs sans oser les désirer.Son souffle caresse mes lèvres. Chaud, irrégulier, chargé de l'odeur du vin et de quelque chose de plus profond, de plus animal. Son parfum m'enveloppe, m'envahit, et mon oméga intérieure se débat, hurle, réclame.— Éabha.Mon prénom. Rien que mon

  • La revanche d'Éabha   Chapitre 98— La Porte

    ÉabhaLa poignée est froide sous ma paume. Le métal usé, poli par des décennies de mains qui l'ont saisie avant la mienne. Je reste figée, le front presque appuyé contre le bois, et j'écoute le silence de l'autre côté. Mon cœur bat si fort que je suis certaine qu'il l'entend, qu'il perçoit chaque pulsation affolée à travers l'épaisseur de la porte.Rien. Aucun bruit. Mais je le sens.Cette chaleur animale qui émane de lui, cette présence massive qui fait vibrer l'air et réveille quelque chose de profond, de primitif, dans le creux de mon ventre. Mon oméga intérieure s'agite, gémit, tire sur sa laisse invisible avec une force désespérée. Elle le reconnaît. Elle l'a reconnu dès le premier regard, dès la première odeur, et depuis, elle ne cesse de hurler en sile

  • La revanche d'Éabha   Chapitre 97 — Le Mot

    ÉabhaLe quatrième jour, je trouve le message.Il est glissé sous ma porte, un petit morceau de parchemin plié en deux. Je le vois dès que je me réveille, ce rectangle blanc sur le plancher sombre, et mon cœur s'arrête.Je sais que c'est lui. Personne d'autre ne m'écrirait. Personne d'autre n'oserait glisser un mot sous la porte d'une domestique à l'aube.Je reste assise dans mon lit, les yeux fixés sur le parchemin, incapable de me lever, incapable de le ramasser. J'ai peur de ce qu'il contient. Peur de ce qu'il va me dire. Peur de ce que je vais ressentir en le lisant.Finalement, je me lève. Mes pieds nus touchent le plancher froid, et je me baisse pour ramasser le message. Mes doigts tremblent quand je le déplie.L'écriture est fine, élégante, régulière. Celle d'un homme qui a l'habitude d'écrire, qui a passé des années à rédiger des ordres, des traités, des lettres. Et pourtant, il n'y a que quelques mots.Ce soir. Bibliothèque. N'aie pas peur.Je relis la phrase trois fois. Quat

  • La revanche d'Éabha   Chapitre 96 — La Panique

    ÉabhaJe ne descends pas dîner le lendemain soir. Ni le surlendemain. Ni le jour d'après.Je fais dire à Maud que je suis malade, que j'ai mal à la tête, que je préfère manger dans ma chambre. Elle me regarde avec un mélange de suspicion et d'inquiétude, mais elle ne pose pas de questions. Elle se contente de hocher la tête et de faire monter un plateau.Je reste enfermée trois jours entiers. Je ne mets pas le pied dans la bibliothèque. Je n'emprunte pas les couloirs qui mènent à son bureau. J'évite la grande salle, la roseraie, tous les endroits où je pourrais le croiser. Quand je sors de ma chambre, c'est par les escaliers de service, et je longe les murs comme une ombre, la tête baissée, le cœur en alerte.Je fuis. Je le sais. Et je me déteste pour ça.Mais ce regard soutenu, cette caresse sur ma joue, cette vérité que nous avons échangée sans mots dans la pénombre de la bibliothèque, tout cela est trop intense, trop réel, trop dangereux. J'ai l'impression d'être au bord d'un préci

  • La revanche d'Éabha   Chapitre 95 — Le Regard Soutenu

    ÉabhaCela arrive un matin, sans prévenir.Je suis dans la bibliothèque, en train de ranger les livres que j'ai sortis la veille. La pièce est vide, ou du moins je le crois, et je me suis permis de fredonner une vieille chanson que ma mère chantait quand j'étais enfant. Une chanson triste, une chanson de perte et d'espoir, qui parle d'une louve qui attend le retour de son compagnon.Je ne l'entends pas entrer. Je ne l'entends pas s'approcher. C'est seulement quand je me retourne, un livre à la main, que je le découvre debout à un mètre de moi.Je sursaute, manque de lâcher le livre. Il le rattrape au vol, ses doigts effleurant les miens, et me le tend.— Tu as une belle voix, dit-il.— Je croyais être seule.— Je sais. Je n'aurais pas dû t'écouter sans te prévenir. Pardonne-moi.Sa voix est douce, un peu rauque, et il ne recule pas. Il reste là, tout près, et je sens sa chaleur, son odeur, sa présence qui emplit tout l'espace autour de moi.Je devrais m'écarter. Je devrais dire quelqu

  • La revanche d'Éabha   Chapitre 94 — Les Regards

    ÉabhaIl me regarde partout.Je ne m'en étais pas rendu compte, au début. Je croyais que c'était le hasard, la coïncidence, le simple fait que nous vivons sous le même toit. Mais maintenant que je sais, maintenant que j'ai rêvé de lui, maintenant que mon corps entier s'embrase dès qu'il entre dans une pièce, je ne vois plus que ça.Ses regards.Au conseil, d'abord. Je suis chargée, depuis quelques jours, de porter les messages et de ravitailler en encre et en papier les chefs qui siègent autour de la grande table. Une tâche subalterne, invisible, qui me permet d'assister aux réunions sans y participer. Et à chaque séance, à chaque débat, à chaque vote, ses yeux me cherchent.Il est assis au bout de la table, le siège du maître, le trône de bois sombre. Il écoute les rapports, les disputes, les revendications. Il hoche la tête, prend des notes, donne des ordres. Mais de temps à autre, son regard se lève, traverse la pièce, et se pose sur moi.Juste une seconde. Juste un éclair gris dan

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