LOGINChapitre 53
Vaelys
Le miracle ne viendra pas. Ce qui vient, c’est la violence.
Deux jours ont passé depuis cette nuit maudite. Kaïren n’est pas revenu. J’ai repris mes travaux, mes dossiers, mes plans, avec une mécanique glacée. Dorian m’a informée que les hommes de Lord Ashford se faisaient plus discrets, comme s’ils préparaient quelque chose. Je
Chapitre 109VaelysLe soleil pénètre par les hauts vitraux de la petite chapelle Saint-Michel, cette chapelle discrète que les familles nobles de Noctharis utilisent pour leurs baptêmes depuis des générations, et ses rayons, traversant les verres rouges, bleus, jaunes et verts, se décomposent en une myriade de couleurs qui dansent sur les dalles de marbre blanc comme des lucioles égarées dans l'église. Les piliers de pierre grise, couverts de fines moulures, s'élèvent vers la voûte en berceau, et les bougies, alignées sur l'autel de marbre noir, brûlent d'une flamme douce et vacillante, leur lumière ambrée contrastant avec l'éclat cru du soleil. L'odeur de la cire d'abeille, chaude et sucrée, se mêle à celle, plus délicate et plus discrète, des lys blancs disposés dans les vases
Chapitre 108VaelysLa salle d'accouchement baigne dans une lumière blanche et crue, celle des néons du plafond, qui contraste violemment avec l'atmosphère intime et feutrée de la chambre d'hôpital où j'ai passé les derniers jours à attendre ce moment. Les murs sont d'un vert pâle, si pâle qu'il tire presque sur le gris, cette teinte qu'on croit apaisante mais qui n'est que clinique, aseptisée, vide de toute âme, comme si l'hôpital lui-même avait peur de laisser trop de chaleur humaine s'installer entre ses murs. Le carrelage gris, lustré par des années de nettoyages répétés au produit décapant, reflète faiblement les formes allongées des machines qui m'entourent, ces moniteurs aux écrans verts qui tracent des courbes mystérieuses, ces perfusions qui gouttent leur liquide transparen
Chapitre 107VaelysLe docteur Alvaro est formel : cette grossesse sera à risque. Il le dit d'une voix calme et posée, ses doigts parcourant les résultats des examens étalés sur son bureau, ses lunettes à monture d'argent glissant sur son nez. Il le dit en regardant Kaïren, puis moi, puis Kaïren à nouveau, comme s'il voulait s'assurer que nous comprenions bien la gravité de la situation. La fragilité de mon utérus, les adhérences laissées par la fausse couche précédente, les complications qui avaient nécessité une intervention chirurgicale, mon âge, tout cela impose des précautions drastiques. Des mesures que je dois suivre à la lettre, sans faiblir, sans tricher, sans négliger le moindre détail.Alitement strict. Pas d'effort. Pas de stress. Pas de longues stations d
Chapitre 106VaelysLa nausée arrive un matin de novembre, alors que les premières gelées blanchissent les vitres de la chambre et que le feu, que Kaïren a ravivé avant l'aube, crépite doucement dans l'âtre de marbre blanc. Le monde extérieur est encore plongé dans l'obscurité, et seules les flammes et les bougies, alignées sur la cheminée, éclairent la pièce d'une lumière vacillante et chaude. L'air sent le bois brûlé, la cire d'abeille, et cette fraîcheur particulière des matins d'hiver, quand l'humidité se condense sur les vitres et forme des fleurs de givre éphémères.Je suis seule, pour la première fois depuis des jours, car Kaïren est descendu chercher mon petit-déjeuner, refusant obstinément de laisser Aldric s'en charger. Je l'entends
Chapitre 105VaelysLes jours qui suivent ma blessure sont une lente marée de silence et de présence, une convalescence que je passe allongée sur le lit de notre chambre, les draps de soie ivoire remontés jusqu'à ma poitrine, leur tissu frais et lisse caressant ma peau comme une caresse. Mon épaule gauche est enveloppée de bandages blancs, épais et rigides, qui sentent l'antiseptique et la camomille, cette odeur clinique qui m'est devenue familière après tant de séjours à l'hôpital, et un fin tube de drainage relie ma chair à une poche en plastique posée sur la table de chevet, transparente, inquiétante, témoin silencieux de ce qui aurait pu être bien pire. La chambre baigne dans une lumière tamisée par les rideaux de lin blanc que Kaïren a tirés pour me protéger du soleil
Chapitre 104VaelysJe n'avais jamais vu Kaïren comme cela. Jamais, dans toutes nos années ensemble, dans tous nos combats, dans toutes nos disputes, dans toutes nos épreuves, je ne l'avais vu perdre ainsi le contrôle, laisser tomber le masque de l'homme civilisé, du patriarche respecté, du mari attentionné, pour révéler ce qui se cachait en dessous, dans les profondeurs les plus sombres de son âme.Il s'élance.Son manteau noir vole derrière lui comme une cape, ses cheveux décoiffés par le vent, ses poings déjà serrés, ses mâchoires déjà crispées. Il n'a pas d'arme. Il n'a pas besoin d'arme. Lui-même est une arme, un projectile vivant chargé de toute la fureur du monde.L'homme, qui avait déjà fait quelques mètres, est rattrapé en trois enjambées. Kaïren l'attrape par le col de son manteau, le soulève presque du sol, et le plaque contre le mur de pierre de l'immeuble voisin, un mur gris, humide, suintant la pluie et le temps. L'impact est brutal, terrible, un bruit sourd de chair con
Chapitre 8VaelysOnze ans plus tôt.Le printemps éclate dans les jardins des Serhan comme une symphonie de couleurs et de parfums. Les glycines qui courent le long de la pergola sont en pleine floraison, leurs grappes mauves et blanches cascadant jusqu'au sol en rideaux vaporeux. Les rosiers ancie
Chapitre 7VaelysLe cimetière de Noctharis est un jardin de pierre et de silence perché sur la colline Ouest, loin du fracas des canaux et des bruits de la cité. Les cyprès montent la garde le long des allées de gravier, leurs silhouettes sombres se découpant sur le ciel lavé de novembre. Un vent
Chapitre 6KaïrenLa journée qui suit mon appel à Madame Nyx est une lente agonie. Je me surprends à regarder l'horloge toutes les cinq minutes, à oublier ce que je dis aux domestiques, à laisser refroidir mon café sans le boire, à fixer le vide en pensant à elle. J'ai conscience du ridicule de ma
Chapitre 5VaelysLa limousine file dans les rues désertes de Noctharis. Derrière la vitre teintée, les façades de marbre défilent, éclairées par la lune et les réverbères. Je suis assise, droite, les mains croisées sur mes genoux, mais à l'intérieur, je suis un champ de bataille. La soirée au palai







