LOGINSERSY
La rue était commerçante, animée, pleine de ces petites boutiques qui vendent des choses dont on n'a pas besoin mais qu'on veut quand même. Je marchais lentement, le cœur encore léger de mon entretien réussi, les doigts serrés autour du contrat que j'avais signé. Un premier pas. Une première victoire. Mais le chemin qui menait au métro passait devant une vitrine que je connaissais trop bien. Une vitrine que j'avais évitée pendant des annSERSY Je ne dormais pas. Pas vraiment. Depuis des semaines, mes nuits étaient peuplées de fragments de souvenirs, de scènes que je rejouais en boucle, de conversations que j'aurais voulu avoir, de silences que je n'aurais jamais dû accepter. Le lit était dur, les draps sentaient la lessive bon marché, et la cour intérieure était plongée dans une obscurité que la lune ne parvenait pas à percer. Mais ce soir, c'était différent. Un bruit. Une voiture qui s'arrête. Pas la première, pas la dernière. Les rues du dix-septième arrondissement ne dormaient jamais vraiment, et les moteurs ronronnaient en permanence, comme une respiration continue. Pourtant, ce bruit-là était différent. Il avait une résonance particulière, un écho qui me faisait tendre l'oreille sans savoir pourquoi. Je me suis levée, les pieds nus sur le sol froid, et je me suis approchée de la fenêtre. J'ai écarté le rideau, juste assez pour jeter un coup d'œil dans
VERSUS IILa voiture était garée à l'angle de la rue, moteur tournant, phares éteints. Je laissai le ralenti doux vibrer à travers le volant, mes doigts enserrant le cuir avec une intensité que je ne contrôlais pas. Dehors, la nuit était fraîche, presque froide, et les lampadaires découpaient des cercles de lumière jaune sur le trottoir mouillé.Je n'étais pas venu pour la voir. Pas vraiment. J'étais venu parce que je ne pouvais pas rester chez moi, parce que l'appartement était trop vide, parce que ses affaires n'y étaient plus et que les murs semblaient s'être rapprochés pour m'étouffer. J'étais venu parce que c'était le seul endroit où je me sentais encore connecté à elle, même si elle ne le savait pas, même si elle ne le saurait jamais.La façade de son immeuble était là, familière et pourtant étrangère. Des fenêtres éclairées, des silhouettes qui bougeaient derrière les rideaux, des vies qui continuaient. Je cherchais la sienne, cette petite fenêtre d
SERSYLe cabinet d'Ayden était baigné de cette lumière matinale que j'aimais tant, celle qui glissait à travers les persiennes et dessinait des rayures dorées sur le parquet. Les livres s'alignaient sur les étagères, les dossiers s'empilaient sur le bureau, et la ville bourdonnait doucement derrière les fenêtres.J'étais assise dans le fauteuil en cuir, les mains posées sur mes genoux, le dos droit. Pas de tremblements. Pas d'hésitations. Juste une certitude froide qui s'était installée en moi comme une épée plantée dans le roc.Ayden était en face de moi, les coudes posés sur son bureau, les doigts entrelacés. Il m'observait avec cette attention calme qui le caractérisait, cette manière qu'il avait de lire au-delà des mots, d'entendre ce que je ne disais pas.« Vous avez l'air différente, Sersy, a-t-il dit doucement. »« Je le suis. »« Qu'est-ce qui a changé ? »J'ai pris une inspiration, longue, profonde. Les mot
VERSUS II L'enveloppe était posée sur mon bureau. Lourde, épaisse, pleine de secrets que je n'avais jamais voulu connaître. Les documents qu'Elias m'avait donnés. Les preuves. Les formulaires. Les signatures falsifiées. Les échanges. Les montants. Et partout, en filigrane, le nom de Daria. Je l'avais ouverte une fois, chez moi, dans le silence de mon appartement vide. J'avais lu chaque page, chaque mot, chaque chiffre. Chaque document était une preuve de l'implication de ma mère. Chaque signature était une trahison. Chaque montant était un témoignage de la machination qui s'était refermée sur Sersy. Je n'avais pas dormi cette nuit-là. J'étais resté assis à regarder les papiers, à les toucher, à les retourner, comme si je pouvais leur faire dire autre chose. Comme si je pouvais les faire disparaître. M
SERSY Le studio était silencieux. Pas ce silence apaisant des nuits calmes, pas celui des heures où l'on peut enfin respirer. Un silence lourd, dense, comme un manteau de plomb posé sur mes épaules. Un silence qui n'était pas l'absence de bruit, mais la présence de tout ce que je refusais d'entendre. La nuit était tombée depuis longtemps. Dehors, la ville continuait de vivre, de vibrer, d'exister. Des voitures passaient, des gens parlaient, des portes claquaient. Mais moi, j'étais là, assise sur le bord de mon lit escamotable, les genoux remontés contre ma poitrine, les bras serrés autour de mes jambes. Les papiers étaient éparpillés sur la table. Les reçus. Les formulaires. Les preuves de tout ce qu'il m'avait fait. Je les avais lus et relus, cherchant un détail qui aurait pu tout changer, un mot qui aurait pu tout excuser. Mais il n'y avait rien. Juste des chiffres, des dates, des signatures qui n'étaient pas les miennes.
VERSUS Il La clinique du docteur Elias avait changé. Pas les murs, pas les plantes vertes, pas l'odeur de désinfectant et de fleurs artificielles. Mais quelque chose dans l'air, une tension que je n'avais jamais ressentie auparavant. Comme si les lieux eux-mêmes savaient que leur heure approchait. J'étais entré sans prévenir. La réceptionniste avait essayé de me faire patienter, de me dire que le docteur était en consultation, que je devais prendre rendez-vous comme tout le monde. Je l'avais regardée, un regard froid, et j'avais dit : « Dites-lui que Versus Delacroix est là. Il me recevra. » Elle avait hésité, puis elle avait composé un numéro, avait murmuré quelques mots. Quelques secondes plus tard, la porte du cabinet s'était ouverte, et Elias était apparu. Son visage était pâle, ses yeux fatigués. Il avait l'air d'un homme qui savait que le moment était venu de payer ses dettes. « Entre, Versus. » Je l'a
VERSUS II Je croyais tout maîtriser Quand Sersy m’a regardé comme ça, j’ai compris que quelque chose venait de se briser. Pas seulement dans cette cuisine. Pas seulement entre nous. En elle. Je l’ai vue dans la façon dont elle s’est tenue devant moi, les épaules droites malgré le choc, les ye
SERSY Elle est revenue Un silence.« Quand la situation aurait été différente.» Je me suis mise à rire. Un rire sec, presque méconnaissable. « Quelle situation ?» Il a serré la mâchoire. « La nôtre.» La phrase a frappé plus fort que tout le reste. La nôtre. Pas son travail. Pas ses inquié
SERSY Depuis le début Versus II est resté immobile sur le seuil. Son regard allait de mon visage à la table couverte de comprimés, puis revenait à moi avec ce calme insupportable que je lui connaissais si bien. À cet instant, j’aurais préféré le voir surpris, maladroit, même en colère. N’importe
SERSY « Depuis combien de temps ce traitement agit-il ? » Ma voix ne tremblait presque pas. J’ignore encore comment j’ai fait. Elle m’a expliqué. J’ai entendu quelques mots : régularité, efficacité, interruption, délai. Rien n’a vraiment imprimé dans mon esprit. Une seule vérité recouvrait to







